LA CHARBONNIÈRE
Hector s'était écrié : <! Je la forcerai bien à se taire ! »
Lorsque Léda entra dans la charbonnière , elle était arrivée à ce degré de désespoir qui ne connaît plus la peur de certains dangers , tant l'âme est épouvantée d'un autre péril. Léda , qui tremblait de comparaître en coupable devant son mari , eût abordé sans crainte la mort et le suicide. L'âme qui garde une pareille terreur et qui ressent un pareil courage n'est pas tout à fait perdue. Hector, en voyant entrer Léda , eut un mouvement de satisfaction.
— Enfin , c'est vous, lui dit-il. Voilà une heure que je vous attends
— Je vous ai souvent attendu plus longtemps que cela , lui dit Léda , lorsqu'un sanglier à reconnaître ou une bouteille de vin à boire vous retenait quelque part.
— Allons-nous disputer , reprit le vicomte , lorsqu'un danger terrible nous menace?
— Quel danger? dit Léda.
— N'avez-vous pas entendu hier cet imbécile de soldat , et n'avez-vous pas remarqué la figure qu'a faite Bricord?
— Non , vraiment , dit Léda , je n'ai remarqué que la vôtre. Je n'ai jamais vu un homme si épouvanté.
Hector se retourna avec l'air de surprise d'un énorme bouledogue qui se sent mordu par un infime roquet. Le sang lui monta au visage.
— Écoutez , Léda , reprit-il durement , épargnez-moi les épigrammes et les reproches; je ne suis pas d'humeur à les entendre. D'ailleurs, il faut prendre un parti. Voyons, que comptezvous faire?
— Moi? que vous importe , M. le vicomte? N'avez- vous pas séparé votre vie de la mienne? En quoi le futur époux de la comtesse de Monrion a-t-il à s'occuper de ce que prétend faire la misérable femme du fermier Bricord ?
— Je vous comprends , Léda , voilà ce qui vous blesse ; voilà ce qui vous irrite. Mais raisonnons, Léda ; je ne puis pas être votre mari ; je ne puis pas tuer Bricord... il faut que je pense à mon avenir, à ma fortune...
— Et à madame de Monrion.
— Elle , dit Hector, que le diable m'emporte si je m'en soucie ! Ce que je veux , c'est que la fortune des Montaleu ne passe pas dans les mains de cette mijaurée.
■ — Et pour cela , vous l'épouserez ? C'est fort adroit. D'autant mieux que personne plus que vous n'est à même d'affirmer qu'elle est innocente du crime qu'on lui impute.