L\ CHASSE
teuse. attisé par le souille patient et acharné de la jalousie, avait fini par resplendir et éclairer d'un jour sinistre ce passé traversé dans l'ombre. Tout ce qui avait été excusé par la bonne foi du mari confiant devenait une accusation dans l'esprit du mari jaloux.
La singulière coïncidence qui faisait que Léda avait été appelée près de madame de Monrion , le même jour où celle-ci était frappée d'une imputation déshonorante, avait d'abord tourné les soupçons de Bricord d'un autre côté. Il s'était dit un moment que Léda était peut-être la confidente de Julie , mais alors Bricord s'était rappelé mieux encore les paroles de Léda; il s'était souvenu qu'elle avait dit que Julie était victime de sa générosité. Bricord n'avait pas pu percer jusqu'au fond de cet abîme de perfidie, mais son regard s'y était attaché, et il voulait y voir tout à fait clair.
Aussi entier dans sa résolution de connaître la vérité qu'il l'avait été dans sa confiance, il était sorti du château de Montéclain pour aller interroger Léda.
En arrivant à la ferme, il rencontra le colonel et Aly Mnlcy qui en sortaient pour gagner le rendez-vous de chasse. Thomas l'arrêta pour lui demander s'il n'était pas de la partie.
— Tout à l'heure, colonel , repartit Bricord , il est probable que je vous rejoindrai , et vous aurez peut-être une plus belle chasse que vous ne pensez.
Il entra à la ferme.
— Où est Léda? dit le colonel à Aly.
— On est venu la chercher de la part de madame,de Monrion, et elle est partie depuis longtemps.
— Probablement la comtesse a tout préparé pour la fuite de la malheureuse, dit le colonel à Aly. Marchons doucement, pour voir ce que va faire Bricord.
Le fermier était monté tout droit à la petite chambre qu'occupait Léda. Ne l'ayant pas trouvée il redescendit , parcourut rapidement les communs, sans adresser une parole aux servantes ou aux valets qui travaillaient dans les cours. Sa recherche fut encore inutile.
Alors il regarda autour de lui de l'air d'un homme qui sent sa raison prête à lui échapper. Il appela l'une des servantes, mais d'une voix si rauque, si altérée, qu'elle se retourna en riant et en disant :
— Qui donc m'appelle de cette voix de l'autre monde?
— Moi ! dit Bricord.