‹ La comtesse de MonrionChapitre 35 sur 65 · LA CHASSE · texte numérisé non relu

LA CHASSE

— OÙ cours-tu doue aiusi ?... lui cria le colonel eu lançant son cheval à côté du sien.

— Au rendez-vous de chasse..., lui dit lîricord, et s'il n'y est pas, j'irai jusque chez lui.

— De qui veux-tu parler? dit le colonel.

— Laissez-moi", colonel, dit Ericord en faisant prendre à son cheval une allure effrayante.

3Iais le colonel était monté de manière à tenir tête avec aisance au douhlc poney de Bricord.

— Bricord ! lui cria-t-il , Bricord ! répondsmoi : à qui en as-tu?... que veux-tu?...

— Vous le verrez...

Ils arrivaient à ce moment à un carrefour où se divisaient les différentes routes qui perçaient la forêt, lorsqu'ils aperçurent tout à coup Hector de Montaleu chevauchant tranquillement à côté de Léona , pendant que madame de Champmortain les précédait d'une centaine de pas avec son mari et M. Amab.

L'air tranquille d'Hector arrêta un moment la fureur de Bricord , qui lui dit cependant d'une voix altérée :

— Comment, M. le vicomte, vous n'êtes pas encore au rendez-vous de chasse ?. . .

— C'est ma faute, dit Léona ; M. de Montaleu a l)ien voulu perdre son temps avec moi... Voilà plus d'une heure que je le retiens...

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Bricord baissa la tête ; son esprit s'était attaché à l'idée qu'Hector était dans sa propre maison avec Léda, et il le trouvait en compagnie d'une autre femme, avec laquelle il était depuis plus d'une lieure. Cette dernière circonstance dérangeait tous ses soupçons. Mais que pouvait être devenue Léda, puisqu'elle n'était pas chez madame de Monrion ? Le malheureux Bricord, se débattant dans ses incertitudes comme un fou dans les liens qui ne lui laissent que la faculté de faire quelques pas dans un cercle resserré, piqua droit devant lui, puis s'arrêta tout à coup, revint sur ses pas, alla à droite, puis à gauche, et enfin, ne sachant où prendre voie, il allait retourner chez lui, lorsque parurent tout à coup Montéclain et Brias.

L'aspect de celui-ci rappela à Bricord ce qu'avait dit la servante. En effet, Brias avait été demander Léda à la ferme. Cette démarche significative n'excita cependant dans l'esprit du fermier aucun soupçon personnel contre Brias. Seulement , le sentiment qui l'avait empêché de se confier à Montéclain, l'idée que les nobles et les riches se soutenaient et se cachaient entre eux pour le déshonneur d'un homme de rien, lui fit croire un moment que Brias pouvait êlre le confident de Montaleu.

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Bricord allait donc lui demander la raison pour laquelle il avait été à la ferme , lorsque Montéclain s'avança rapidement vers lui.

— A la bonne heure, Bricord, lui dit-il gaiement, tu ne m'abandonnes pas. En ce cas, plus de rancune, car, je dois te le dire , j'avais été si blessé de la façon dont tu m'as voulu quitter, (jue j'avais envoyé chercher Léda pour m'entendre avec elle pour régler nos affaires de façon à n'avoir plus aucun rapport ensemble. Heureusement , Brias ne l'a pas trouvée , et puisque te voilà, qu'il ne soit plus question de cette mésintelligence. Et maintenant, Bricord. tout à la chasse, et coupons l'berbc sous le pied à Montaleu ; je te confie mon honneur.

Bricord , éperdu et ne sachant que devenir , répondit au hasard , et promit de faire de son mieux.

La compagnie se trouvant réunie , on prit la route du hallier où l'on devait attaquer l'animal.

— Tirons-nous la bête au sortir de l'enceinte? dit Hector.

— Allons donc ! lui dit Montéclain , j'entends que nous ayons un hallali , il n'y a pas de belle chasse sans cela.

— Il fondrait, dit Hector, que nous fussions sûrs de détourner la bète, car il est fort possible

qu'elle ait délogé en entendant sonner les trompes. Vous savez que les sangliers n'aiment pas ces bruits-là.

— Les vôtres, dit Montéclain avec une assurance imperturbable ; mais les miens sont capables de tenir à la bauge pendant plus d'une heure.

— Auquel cas, dit Hector, il sera prudent de fusiller.

— Non, de par tous les diables! dit 3Iontéclain , dût-il charger à fond chiens et chevaux , j'entends le tuer de ma propre main.

— Avec cette aiguille que vous avez au côté? dit Hector en riant.

— Ne vous en alarmez pas, Montaleu, reprit Montéclain avec un sourire dédaigneux , les aiguilles que je manie font des trous que nulle autre aiguille ne pourrait raccommoder.

Bientôt la conversation devint générale, et l'on n'entendit plus que discussions sur les quartans, les pigaches, et les signes auxquels on reconnaît un sanglier, son âge, son sexe, sa trace, tout cela entremêlé des mots particuliers à la vénerie.

Cependant on entra bientôt en chasse ; les limiers furent lancés. Montéclain , s'exposant comme le dernier des i)iqueurs, les appuyait en criant d'une voix animée et retentissante :

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