XI
LA LETTB.3.
Lorsque Léona et Thomas Rien se trouvèrent en présence , ils restèrent un moment silencieux.
— C'est vous, Léona? dit le colonel.
— C'est moi , répondit-elle. Eh bien ! avezvous réfléchi ?
— Oui , repartit Thomas , et mes réflexions m'ont fait persévérer dans la résolution que je vous ai manifestée, lors de l'entretien que nous avons eu à cette même place.
— Vraiment? reprit Léona d'un ton ironique .
194 t\ COMTESSE DE M0^R10P^.
Ainsi, !e doux rayon des beaux yeux de la chaste Julie a fondu en quelques jours ces ressentiments de fer qui devaient tout anéantir, tout briser autour de celui qui a perdu votre mère ?
— Non , Lcona , non ; mais ce n'est pas en vous aidant à perdre une femme par la calomnie que je prétends venger ma mère que la calomnie a perdue.
— Ceci est une sorte d'antithèse bonne pour un cours de rhétorique, mais passablement inutile au but que vous voulez atteindre.
— Je préférerais y renoncer que d'y arriver par des moyens indignes.
— Avez-vous de la mémoire, colonel?
— Pourquoi cette question?
■ — C'est que, lorsque je vous écrivis en Afrique pour vous apprendre que j'avais en mes mains un écrit qui prouvait l'innocence de votre mère , vous me répondîtes une lettre où il me sembla voir bondir toute la passion , toute la colère des lions du désert, u Ali ! me disiez-vous, l'homme qui a séduit ma mère, l'homme qui l'a abandonnée à sa misère et à son désespoir, l'homme que j'ai été implorer et qui m'a repoussé d'un pied dédaigneux, je peux donc enfin lui prouver qu'il a été ingrat , infâme et lâche. Oh ! cette preuve , que je la possède un jour,
une heure , et quand j'aurai acquis le droit de lui jeter toutes ces épitliètes à la Aicc, je l'insulterai partout. Je traînerai dans la boue l'insultante hypocrisie de sa fausse vertu ; je donnerai au peu de jours (jui lui restent à vivre toutes les douleurs souffertes par ma mère durant trente ans. » Voilà ce que vous m'écriviez, Thomas; car si vous manquez de mémoire, vous voyez que j'en ai pour nous deux ; voilà ce que vous m'écriviez! Je vous ai dit alors de venir; je vous attendais comme un compagnon de vengeance , vous qui avez été mon compagnon de misère et d'abandon ; vous êtes arrivé, et au lieu de ce vengeur terrible , de ce fils armé pour le châtiment , je vois un honnne qui discute jusqu'où peut aller son droit, (jui recule devant la tâche qu'il s'élait promise. Que s'est-il donc passé. Thomas, pour que vous soyez ainsi changé, si toutefois vous avez été jamais ce que vous vous vantiez d'être ?
Le colonel ne répondit pas. Léona reprit :
— Qui donc a détruit ces espérances menaçantes et brisé ces furieuses résolutions?
— Vous, Léona, lui dit sévèrement le colonel, vous seule, en mcltant pour condition à l'ajjjjui que vous in'ap|)()rtiez mon aide pour perdre madame de Monrion.
— Ne me demandez-vous pas la mienne pour perdre M. de Monlaleu ?
— Il est coupable, lui.
— Selon vous.
— Ne m'a-t-il pas voué à l'abandon?...
— Madame de Monrion, ou l'un des siens, m'a fait plus de mal que vous n'en avez jamais souffert.
— Je ne me fais pas le juge de vos griefs.
— • En ce cas je prétends ignorer les vôtres...
— Sachez bien une chose , Léona , c'est que je ne vous prêterai aucun appui contre madame de 3Ionrion.
— Soyez sûr de votre côté que je ne vous fournirai aucune arme contre 31. de Montaleu.
— Léona , dit le colonel avec colère , n'oubliez pas que ma mère vous a élevée et protégée.
— N'oubliez pas, colonel, qu'elle a été payée pour cela, et que c'est à la fortune qu'on m'avait assurée que vous devez l'éducation qui a fait de vous ce que vous êtes.
— Vous m'insultez, Léona...
— Je réponds à qui me provoque.
— il sidïït, dit le colonel , je trouverai peutêtre d'autres secours qui ne me coûteront pas si cher.
— Chez Moiitéclain, sans doute?...
— Peut-être.
— Ah ! tenez, dit Lcona avec une pitié dédaigneuse, retournez en Afrique, colonel, reprenez votre carrière de soldat; les champs de bataille tourbillonnant de cavaliers, les marches semées de trahisons et de dangers, les mêlées furieuses, les combats acharnés , les ficres victoires , voilti votre partage... Vous êtes jeune , vous êtes brave , vous avez au front et à la poitrine la pensée brûlante et le courage impassible qui font les grands capitaines ; allez, et vous serez un héros ; mais ne venez pas risquer votre fortune dans notre monde , ne tournez pas vos espérances vers ces labyrinthes inconnus où nous marchons ; vous y seriez plus maladroit que le plus obscur et le plus dédaigné de ceux que vous méprisez ; un sot d'esprit comme Brias vous étourdirait de sa parole vide et fanfaronne; une petite fdle blonde et languissante vous mettrait eu adoration à ses genoux, et , pour comble de misère, un 3Iontéclain, la nullité drapée d'insolence, le mensonge habillé de franchise, l'astuce toujours présente vêtue de nonchalance, vous ferait trahir l'amie de votre enfance, la compagne de vos misères ; il vous ferait renier la vengeance promise à votre mère... Allez, al-
198 I,A COMTESSE DE MONRlOPf.
lez , colonel , vous n'êtes pas assez fort pour la lutte où vous vous clés engagé. Abandonnez-la avant d'être vaincu, épargnez une honte à votre orgueil, et à mon amitié le regret de vous l'avoir attirée.
— Qu'est-ce à dire , Léona , et quel intérêt Montéclain a-t-il à me tromper?
— Vous avez causé une heure avec lui , et vous me le demandez!... Quoi! il a pu vous promettre de vous servir mieux que je ne puis le faire, et il ne vous a pas dit comment il le pourrait?
— Non, repartit Thomas, dont les sarcasmes de Léona commençaient à ébranler la foi qu'il avait en Montéclain.
— En ce cas , reprit Léona , que vous a-t-il donc donné pour tous vos secrets . que vous lui avez sans doute livrés?
Le colonel ne répondit pas. Un doute cruel s'éleva dans son esprit. En effet , il n'avait rien appris des projets de Montéclain, tandis que cet homme lui avait arraché tous les siens.
— Encore une fois, s'écria-t-il enfin, quel intérêt a-t-il à me tromper?
Léona laissa entendre un ricanement dédaigneux; puis, après un, moment de silence, elle reprit :
— Montéclain vous a dit beaucoup de mal de moi. je le sais; mais je suis convaincue qu'il ne vous a pas dit que je fusse assez maladroite pour livrer mes secrets à qui se pose comme mon ennemi.
— Votre ennemi , parce que je ne veux pas aider à une calomnie, inutile d'ailleurs; car, je vous en préviens, personne ne croit plus à cette prétendue faute de madame de Monrion.
— Et vous êtes de ceux qui sont convaincus (le son innocence?
— Hier , j'en étais convaincu , vous le savez, et la discussion que nous avons eue ensemble vous l'a prouvé; aujourd'hui, j'en suis certain.
— Je le crois sans peine, car je sais que vous en avez la preuve.
— Vous le savez...
— Preuve qui vous a été remise devant Cliampmortain, mon mari, Hector et Brias.
— Et lequel de ces messieurs vous a si bien informée?
— Mon mari peut-être qui a voulu m'humilier du triomphe de celle qu'il a aimée, et pour la- (|uellc il garde au fond de son àuie un culte peu liatleur pour moi.
— Ah ! c'est M. Amab?
— Ou peut-être Hector de iMontaleu, dont je
protège les prétentions à la main de la belle Julie.
— C'est une lâcheté dont il est capable.
— A moins que ce ne soit Brias, qui a peur que je ne raconte à Champmortain les rendezvous secrets qu'il obtient de sa femme.
— Il est assez indiscret pour cela. Mais il m'importe peu de savoir qui vous l'a appris, dit froidement le colonel. Seulement, vous devez comprendre que si hier j'ai refusé de me prêter à une machination dont j'avais deviné l'atrocité, malgré tout ce que vous m'avez dit pour me faire croire à la vérité de vos calomnies, vous devez comj)rendre , dis-je , qu'aujourd'hui je suis encore moins disposé à vous prêter les mains.
— Qu'étiez-vous donc venu faire ici ?
— Vous demander cet écrit que vous m'avez promis.
— A certaines conditions.
— Eh bien donc! dites-les-moi.
— Elles sont faciles à accomplir : donnez-moi la lettre que vous a remise Montéclain, et je vous donnerai celle que vous me demandez.
— Vous donner cette lettre!... s'écria le colonel, cette lettre de laquelle dépend l'honneur de madame de Monrion ! . . .
— Kii ci'li;iiii;c (le celle de laquelle dépend rhoinieiu- de votre mère... ce doit être le désir d'iiii 1)011 lils.
— Ce serait une lâcheté, dit Thomas avec une intlignation qu'il eut peine à contenir.
— La lâcheté serait peut-être à sacrifier l'honneur de votre mère à l'honneur d'une fenuue ([lie NOUS ne connaissez pas.
— Madame... madame..., reprit le coloïK'l d'une voix si altérée que Léona s'écarta doucement de lui . vous avez entre vos mains un écrit qui m'appartient... Je le veux... entendez-yous... j<' le veux...
— Un écrit qui n'appartient qu'à moi..., dit Léona railleusement... et vous le voulez... Vous êtes l'on. Thomas...
— Je le veux... Je l'aurai , reprit celui-ci exaspéré.
— Colonel, reprit Léona avec insolence, avezvous eu jamais d'autres maîtresses que les misérables Moresques d'Alger , pauvres femmes rompues au bâton et à l'esclavage? Si cela vous est arrivé, Thomas, vous avez dû en rencontrer quelques-unes qui vous ont ai)pris qu'une femme se relève et grandit sous la menace et meurt plutôt (juc de céder. C'est par là, monsieur, que les i)lus faibles sont puissantes... et je ne suis
T.t COMTESSE DE MONRION. 2. lij
202 l.A COMTESSE DE MONRION.
pas, ajouta-t-ellc avec liauteur, de celles qui n'ont de force que pour résister.
— Eh ! reprit Thomas dont la colère faisait vibrer la voix, il y a des femmes qui se plaignent de leur faiblesse ! ah ! elles en ont fait un bouclier qui les protège mieux que le courage le plus résolu .
— Et c'est juste , colonel ; il faut qu'il y ait dans ce monde des êtres assez protégés par le respect humain pour qu'il ne soit pas permis à des spadassins habiles, à d'insolents agresseurs, de les soumettre par la crainte à l'obéissance et au mépris. Si au lieu d'être une femme j'étais un homme, vous m'auriez souffletée, et je sortirais de cet entretien pour être tuée ou déshonorée. Trouvez-vous cela juste?
— Je trouve juste le droit qui permet à un homme d'honneur d'avoir raison de l'infamie que la loi ne peut punir.
— Mais ce droit appartient au dernier goujat comme à l'homme d'honneur. Vous voulez obtenir de moi la remise d'un écrit pour un but honorable, à ce que vous dites, et vous me menacez parce que je le refuse ; un misérable pourrait vouloir l'obtenir pour un crime , et il n'agirait pas autrement... Calmez donc ces fureurs inutiles et ridicules. Vous êtes venu ici pour
vt'iigor votre mère ; je vous y ni iippelc, moi, pour aider à ma vengeance. Vous avez déjà déserté ma cause. Je ne vous en veux point; mais je vous plains. Il peut peut-être vous convenir lie déserter la cause de votre mère pour celle de madame de Mourion . faites-le; mais ne me dejuandez pas (juel sentiment remplacera dans mon cœur la }>itié que vous m'inspirez.
— Ainsi, dit le colonel, vous me refusez cet écrit?
— II est à vous en échange de la lettre que vous a confiée Montéclain.
— Jamais... jamais, dit le colonel ; il en arrivera ce qui pourra... Adieu.
— Il en arrivera, dit Léona avec colère, que 3Iontéclain épousera madame de Monrion et recueillera pour elle la fortune qui vous appartient, et que vous étiez venu chercher ici...
— Quoi ! dit le colonel, c'est le but de Montéclain ?
— Voulez-vous me donner celte lettre? reprit Léona sans lui répondre.
— Il m'aurait joué à ce point...
— Cette lettre! celte lettre ! dit Léona.
— Lui qui sait tous mes secrets oserait s'en servir?...
— Polir vous faire chasser par le marquis de
3IontaleLi comme un intrigant subalterne... pour vous faire chasser par votre père comme un bâtard qu'il renie.
— Ah ! si je le croyais...
— Cette lettre, Thomas... cette lettre!
— Jamais... jamais... Ah ! je veux savoir jusqu'où peut aller la bassesse et la perfidie de ce monde; mais je ne veux pas la partager. Adieu, Léona, adieu.
— Colonel! lui cria-t-elle pendant qu'il s'éloignait : colonel ! . . . reprit-elle sans qu'il daignât lui répondre. Ali!... murmura-t-elle pendant que Thomas Rien reprenait son cheval, et s'élançait au loin , ah ! que Dieu le sauve , car il vient de se condamner.
Puis elle reprit d'une voix éclatante :
— Adieu, colonel, adieu !
Elle avait à peine prononcé ces paroles, qu'Hector de Montaleu était près d'elle.
— Quoi ! lui dit-il d'une voix acre et sifflante, cet homme est un fils de mon oncle?...
— Oui, et qui a droit à cet héritage que vous croyez vous appartenir...
— Et qu'il vient chercher ici?...
— Et qu'il enlèvera à l'héritier légitime le jour où l'on saura que celui-ci a laissé planer sur madame de Monrion une accusation qu'il pou-
L\ LKTTRE. 205
vait flcfriiiro d'un mot; car il a garde la lettre de Léda...
Hector poussa un cri sourd et terrible.
— - Dans une lieure, il l'aura remise à Bricord.
La respiration d'Hector devint oppressée et sifflante.
— Et une fois Léda convaincue du crime qui la perd, elle n'hésitera plus à nommer son coml)lice.
— Ah ! fit Hector d'une voix qui n'avait plus rien d'humain, j'aurai la lettre.
Aussitôt il s'élança à la poursuite du colonel. Léona, immobile, l'oreille tendue, écouta le bruit de la course d'Hector qui avait pris un sentier différent de la route que suivait Thomas. Un moment, elle entendit à la fois le bruit sonore de la marche du cheval du colonel et le bruit sourd de la marche d'Hector ; puis , peu à peu ces bruits s'affaiblirent et ne revinrent que par intervalles à son oreille , puis ils se perdirent l'un et l'autre dans le silence lugubre et solennel de la nuit. Léona écoutait toujours.
SOHB.ESPCMDAMCB.
De Mouléclain à Louis Villon.
« Ami Villon, dans une de mes précédentes lettres, je vous disais que nous allions tous entrer incessamment dans une mêlée abominable, où il y aurait probablement du sang versé. Toutefois à ce moment je ne prévoyais que quelques coups d'épée bonnêtement, sinon honorablement, échangés en duel : mes prévisions ont été dépassées ; le sang a coulé ; mais nous sommes en j)lein procureur du roi.
208 I,A COMTESSE DE M0!VRI01V.
« Voici le fait. Hier Bricord est venu chez moi pour me redemander la fameuse lettre de sa femme. Je l'avais remise au colonel Thomas, qiii avait un rendez-vous avec la Lëona. Je voulais préparer Bricord à son malheur et je comptais être présent à la lecture de cette fatale missive ; car, je vous l'avoue, je craignais tout de la colère et du désespoir de Bricord. Si quelque chose m'eût permis de lui dire le nomdel'hojnme qui l'a déshonoré, je n'eusse pas hésité à tout lui avouer... car cette colère et ce désespoir eussent eu un hut. Bricord eût tué Montaleu, et je crois que c'eût été un bienfait pour ce misérable; car Léda a disparu... Qu'en a-t-il fait?... l'a-t-il cachée ou tuée?... Je ne sais plus que penser. N'importe, Bricord eût attaqué Montaleu, comme un brave soldat qu'il est, et, sur mon âme! il eût bien fallu que le vicomte rendît raison au paysan, ou nous sommes ici quelquesuns qui lui eussions craché au visage jusqu'à la mort. 3Iais on ne joue pas un jeu pareil sans preuves éclatantes, et je prévoyais que Bricord, se trouvant seul en face de son déshonneur et de son désespoir, assouvirait peut-être sur luimême la fureur qui le dévore. Je voulais donc, puisqu'il fallait lui apprendre cette affreuse nou velle, qu'elle lui fût révélée en présence de Tho-
mas qu'il aime, et d'un de ses camarades dont l'autorité et les conseils eussent prévenu un suicide que je lisais dans l'égarement de ce malheureux.
« Durant une heure entière je le retins en discutant de mauvaise foi contre cet instinct jaloux et clairvoyant qui lui avait tout fait deviner. Seulement, je l'avais laissé s'accoutumer à l'idée que sa fenniic avait commis quelque grave imprudence; mais je lui avais aussi versé dans le cœur la possibilité d'un pardon... Je lui avais tant dit que Léda avait dû être entraînée par un moment de folie ou peut-être par une violence, que la colère de Bricord se tournait déjà presque tout entière du côté du séducteur. Lorsqu'il en fut là, je pensai qu'il était temps d'aller à la ferme, où nous devions rejoindre le colonel.
«' — Je te dirai tout devant lui, avais-je dit à Bricord et lui-même te dira tout ce qu'il y a à faire.
« — Oui..., m'avait-il répondu, je le croirai, lui, car il n'est ni noble ni riche, et il ne se mettra pas de moitié dans la trahison que tout le monde conspire ici contre moi.
te Nous partîmes avec Aly Muley, et nous gagnâmes la ferme. Thomas n'était pas rentré. Je
le savais aux prises avec la Léona, et je ne nvétonnai point de ce retard ; car elle sait prendre son temps pour égarer la raison des plus sages par ses théories astucieuses.
«c Nous attendîmes une heure ; l'absence de Thomas commença à nous inquiéter. Il me vint un doute sur son honneur. Léona l'avait-elle amené à se mettre de son parti ? Je ne savais que penser. Bricord, de son côté, soupçonnait le colonel ; mais il l'accusait de vouloir, comme moi, protéger les coupables par son silence. Aly Muley, lui seul, avait l'instinct de la vérité ; il prétendait que Thomas devait être en danger, il jurait et sacrait, et voulait aller à sa recherche. Je combattais ses craintes, mais il fallut bien enfin y céder, lorque près d'une heure se passa encore sans que Thomas reparût. Moi-même je commençais à m'étonner, mais je n'osais prévoir un crime : enfin nous partîmes et nous entrâmes dans la foret. Aly Muley avec une adresse incroyable nous conduisit dans les ténèbres jusqu'à la masure qu'on appelle la charbonnière. Cette cabane, que personne n'avait jamais vue ouverte, paraissait avoir été le théâtre de quelque événement : la porte en était brisée. Nous y entrâmes, Aly avait un briquet et une bougie, il alluma du feu, nous la visitâmes exactement;
CORUESPONDANCE. 211
Bricord découvrit sur le plancher quelques gouttes de sang.
tt — C'est ici qu'on a tué le colonel ! s'écriat-il.
« Aly Muley secoua la tête, et avec une expression qui me fit frémir il murmura :
« — Non... non... c'est du sang de femme...
(c — De femme!... s'écria Bricord, que veuxtu dire ?
<c — Ah ! reprit Aly Muley, que j'avais trop bien compris, mon colonel ! mon colonel ! qu'est-ce qu'ils en ont fait?... Oh ! je jure mon âme et ma vie que je tuerai celui qui l'a touché, homme ou femme, noble ou vilain ; je le brûlerai dans son château, si je ne puis l'atteindre...
<c Nous continuâmes nos recherches, nous interrogeâmes le sol. Des pas de différentes grandeurs se mêlaient autour de la cabane... des pieds d'homme et de femme avaient passé par là et s'éloignaient dans diverses directions. Nous arrivâmes enfin à un endroit où le sol était fraîchement creusé par le piétinement d'un cheval.
»t — Le colonel est venu là, dit Aly Muley. C'est là qu'il a attaché Mogador... 11 n'y a pas un second cheval au monde qui ait un sabot aussi fin.
212 I.A COMTESSE DE MONRION.
<i Aly consulta la trace, et reconnut qu'elle se dirigeait du côté qui menait chez Bricord.
II - — Tu vois, lui dis-je, il sera reparti d'ici, pendant que nous venions le chercher...
« — C'est possible, me répondit-il, retournons à la ferme.
<i — Ah çà ! reprit Bricord, qui, partagé entre les craintes que lui avait inspirées Aly Muley sur Thomas et toutes les colères qui murnmraieut en lui, revenait à ses propres soupçons, qu'astu voulu dire quand tout à l'heure tu m'as répondu : ti C'est du sang de femme? i>
« — Écoute, Bricord, lui répondit le spahi, je suis ici pour obéir au colonel ; nous allons le voir, il te dira ton affaire. Mais, si un malheur était arrivé, si ceux qui lui en veulent avaient osé... Mais ce n'est pas possible... il est à la ferme. Mais s'il n'y était pas, je te dirais mon idée à moi... et alors, Bricord, tu me comprends... ce serait à nous deux à faire justice...
*c — Ne comptez-vous pas sur moi ? dis-je à Aly.
<c — Pardon, M. le marquis, me répondit Aly, mais vous n'êtes pas des nôtres, vous... Il est possible que le colonel soit comme vous un fds de bonne maison... mais ce n'est pas ça qui lui a servi ; ce qui l'a fait ce qu'il est, c'est d'à-
voir tiré le meilleur de son sang au service de la France, c'est d'avoir été le camarade du soldat, de s'être battu eu avant de nous, c'est de s'être couché sous la pluie en prêtant son manteau aux malades... c'est d'avoir été un lion en se battant, et bon comme une mère pour le soldat... C'est... ah ! tonnerre!... reprit-il avec un accent déchirant... mon colonel, mon colonel ! Où est-il à présent, mon pau^re colonel?
<! Aly Sluley pleurait en parlant ainsi, et moi-même je sentais mes yeux se mouiller, lorsque tout à coup il nous sembla entendre un bruil lointain répondre à la douloureuse exclamation d'Aly. Il poussa un cri qui me fit tressaillir.
« — C'est Mogador s'écria-t-il.
«c — Mogador?...
« — Oui... c'est lui...
«( Nous écoutâmes encore, et celte fois nous distinguâmes parAutement le hennissement d'un cheval.
<i — Ah ! fit Muley, la pauvre bête se plaint, le colonel est mort...
« — Tu es fou, lui dit Bricord.
it — Ah! je l'ai entendu déjà... moi... un jour qu'il était par terre et que les Ai-abes l'enveloppaient pour lui couper la tête... ^Fogador a crié comme ça... Mais tu le sais bien, Jiricord, 2. la
214 L\ COMTESSE DE MONRtO\.
tu l'as entendu, toi qui l'as sauvé... Colonel! colonel ! se prit-il à crier avec un accent déchirant.
<c Le cheval répondit encore à cette voix dé- , solée. Nous nous dirigeâmes de ce côté, conduits par cet appel qui nous dirigeait vers l'endroit où était le noble animal.
<c Nous arrivâmes enfin. A la clarté du jour qui commençait à poindre, nous vîmes de loin Mogador, la tête basse et penchée dans un fossé de la route ; il battait la terre du pied et hennissait en balançant sa tête : la noble béte semblait parler à quelqu'un. Nous courûmes, et au fond du fossé nous vîmes le colonel étendu par terre et la poitrine ensanglantée.
it Non ! Villon, non, sur mon âme, je n'ai jamais rien vu de pareil au désespoir d'Aly Muley ; il tomba à genoux à côté de ce cadavre immobile, pleurant et sanglotant comme un enfant ou comme une mère. Sainte douleur dont je n'avais pas d'idée, que celle de ce soldat dont les larmes coulaient sur sa mâle figure brunie au soleil d'Afrique, pendant qu'il priait les mains jointes et les yeux tournés au ciel !
'1 Quant à Bricord, il s'arrachait les cheveux ; il s'accusait de la mort du colonel ; il disait que si Thomas n'était pas venu dans ce pays maudit
r.ORRESl'0?ÏDA>CE. 215
pour voir son vieux soldat, il n'oùl pus t'ic ainsi làchcnicnl assassiné.
n lleurcuscuicnt j'avais gardé plus de sangfroid. Une simple observation m'avait dit, sinon le nom du meurtrier, du moins l'intenlion qui avait fait eonmietlrc le crime. L'habitude du colonel comme celle de beaucoup de militaires est de narder leurs habits exactement boutonnés... L'habit du colonel était défait : on avait dû rouiller dans la poche de côté où l'on place d'ordinaire les papiers qu'on porte sur soi. J'examinai cette poche, elle était vide. On avait soustrait la lettre de Léda (pic je lui avais remise. Deux misérables seuls avaient intérêt à la suppression de cette lettre : Léona ou Hector. C'était affreux à penser. Mais je n'eus pas le temps de jn'arréter à ces réflexions. Pendant que je cherchais à m'assurer de celle dispaiition, il me sembla sentir un léger tressaillement... J'écoulai le cœur, je me penchai sur les lèvres du colonel.
«( — 11 n'est pas mort! m'écriai-je.
« Ah ! Villon, mon cher Villon, (ju'il est bon et honorable d'être aimé ainsi ! Aux cris ([ue poussaient ces deux rudes soldats, aux larmes qui inondaient leur visage hàlé, succéda un moment de muette surprise, puis une joie folle, incroyable... Bricord l()nd)a à genoux en criant:
216 LA COMTESSE DE TtfOlNRION.
<c — Mon Dieu, mon Dieu, faites que cela soit vrai, et je pardonnerai à tout le monde.
«t Aly Muley m'embrassait... Les pauvres gens, ils auraient laissé mourir le colonel, tant ils étaient heureux qu'il ne fût pas mort. Je leur en fis l'observation... Alors nous le soulevâmes, nous le mîmes sur son séant. La balle l'avait frappé en pleine poitrine. Cependant un long soupir m'apprit que les organes de la respiration agissaient encore.
<t II y eut alors un moment de débat ; Bricord voulait le porter à !a ferme, et Aly 31uley était de cet avis ; mais nous étions plus près de chez moi que de la ferme ; cette considération décida la question en ma faveur. Le pauvre Aly Muley était si brisé par sa douleur et son espérance qu'il ne pouvait soulever le colonel ; je le pris avec Bricord pendant que le spahi montait ^Fogador et courait au château pour ramener un brancard. En attendant, nous nous mîmes en marche avec Bricord. Ah ! mon ami, que la mort a de saisissants aspects ! J'ai vu des champs de bataille, j'ai assisté à des duels désastreux, j'ai vu les victimes sanglantes et déchirées d'horribles assassinats et les cadavres blancs et calmes de gens morts dans leur lit, mais, à vrai dire, je n'avais jamais touché la mort. J'avais pris les
bras du colonel et je le soutenais, les miens passés sous ses épaules. Je ne puis vous dire quel frisson m'a saisi en sentant cette tète forte, intelligente, ambitieuse, promise à l'avenir, à la gloire, rouler inerte et abandonnée sur ma poitrine. Alors j'ai pensé que moi aussi j'étais pour quel(|ue cliose dans la mort de ce noble soldat, dans le malheur duquel mon père est pour une si large part, car... Mais, Villon, l'heure des confidences n'est pas arrivée... laissez-moi finir cet aflreux récit.
« Nous poursuivions lentement et paisiblement notre route, lorsque tout à coup, au détour d'une allée, nous fûmes coupés par une voiture ; elle allait nous dépasser, mais elle s'arrêta soudainement à un cri parti de l'intérieur ; la portière s'ouvrit, et je reconnus madame de 3Ionrion.
it C'était elle !
« Villon, cette femme est venue du ciel, elle a des allures qui ne touchent point à la terre ; elle vole quand elle court ; elle plane ([uand elle marche ; son regard est un rayon, sa voix une musique, sa parole une autorité. Elle s'est apj)rocliée. pâle, alarmée, tout inspirée de cette charité chrétienne, de cette charité sainte qui s'oublie à toute heure pour les autres.
<t Je ne vous dirai point comment elle s'est informée, comment je lui ai répondu ; mais pendant que Bricord et moi nous hésitions, elle avait couvert la blessure du colonel du mouchoir avec lequel elle venait d'essuyer ses larmes, car elle avait longtemps pleuré, la pauvre âme blessée ; et je lui expliquais encore que nous attendions un brancard et des hommes, que déjà elle avait fait placer le colonel dans sa voiture ; et tout cela, Villon, elle l'avait fait et ordonné avec cette chaste simplicité d'un cœur à qui le bien, la pitié, le dévouement sont naturels comme la lumière aux yeux, comme l'air à la poitrine ; et puis, pendant que son cocher conduisait au pas la voiture dans laquelle était monté Bricord près du colonel, elle se mit à marcher près de moi, qui suivais à pied, et elle me demanda seulement alors la cause de cette blessure. Était-ce un duel? était-ce un accident?
« — Non, madame, lui dis-je tristement, c'est un assassinat. ■
« — Un assassinat ! répéla-t-elle avec effroi. Dans ce pays. . . et pour quelque misérable somme d'argent...
<c — Non, madame, une vengeance... ou une précaution.
u Elle attacha sur moi un regard indicible
CORRESPONDAIVCE. 210
d'étonnenient . de curiosité et de douleur. Je ne sais (juoi d'inouï qui tient de la prévision divine semblait lui avoir fait comprendre qu'elle n'était pas tout à fait étrangère à ce malheur.
<! — Assassiné ! me dit-elle d'une voix qui me remua comme celle d'une mère qui s'inquiète de son enfant.
« — Oui, lui répondis-je, pour n'avoir pas, sans doute, voulu s'associer à un crime.
« Ce calme et saint courage, qui animait un instant avant cette douce et blanche créature de Dieu, se fondit à ce mot de crime ; elle pâlit et frissonna. '
<t — Quel crime? me dit-elle, et contre qui voulait-on le commettre ?
it — Vous le saurez un jour, madame; mais permettez-moi une question : où alliez-vous ainsi à cette heure ?
ic Elle rougit, mais elle ne parut point offensée; cependant, elle me répondit d'une voix tremblante :
'I — J'allais au village de Suint-Faron... Oh ! reprit-elle avec une indignation fébrile, je n'abandonnerai pasTorphchn... Je lutterai... J'irai tous les jours...
« — C'est inutile, lui dis-je; Jeanne Dromery
220 I.A COMTESSE DE iWONRIO>.
n'est plus à Saint-Faron ; l'enfant que vous protégez est parti avec elle...
it — On les a chassés ? s'écria-t-elle.
» — Non, madame, on les a recueillis ; on a voulu soustraire cette femme à des influences perfides, et cet enfant aux dangers dont peuvent le menacer la colère d'un mari trompé et la férocité d'un père coupable.
ic — Je vous remercie, monsieur, me répondit-elle doucement.
<•• Oh ! Villon, Villon, j'ai éprouvé dans ma vie de bien brûlantes passions, que j'ai crues heureuses ; j'ai eu des désirs immodérés que j'ai satisfaits; j'ai vu, après dés mois entiers de torture et d'attente, des femmes baisser la tète sous mon regard et laisser lond)er de leurs lèvres tremblantes l'aveu de leur amour... Eh bien ! jamais, sur mon âme ! jamais, rien, rien au monde ne m'a jeté au cœur une joie plus douce, plus puissante, plus étrange à la fois que ce mot si simple : « Je vous remercie. » Elle a donc compris tout de suite que c'était moi; elle m'a donc cru capable d'un peu de bien... Villon, je me suis senti les yeux humides ; je. . . Mais le vieil homme murmure encore en moi, car j'ai résisté à je ne sais quoi, qui me poussait à tomber à genoux devant elle.
CORRESPONDAIVCE. 221
«i Et cependant qui doit-on adorer, dites-moi, si ce n'est l'être qui porte en soi le don de l'aire tant de bien avec un mot? Ah ! mon ami Villon, que je me suis senti humilié, moi qui me crois un homme fort, moi qui, quelquefois, ai ftiit reculer le crime, ai démasqué l'hypocrisie, moi qui ai accepté le cartel de tout méchant et qui l'ai souvent vaincu, moi enfin qui pourrais au besoin punir impitoyablemefit et me venger avec éclat, que je me suis senti pauvre et petit devant cette femme ! J'emploierais ma vie, ma fortune, mes soins à vouloir être bon, que jamais je ne donnerais à personne la millième partie de la joie céleste dont elle m'a rempli. Oh ! la puissance du bien est la seule vraie, car il faut que vous me compreniez, Villon, ce n'est pas du bonheur qu'elle m'a donné, c'est du bien qu'elle jn'a fait !
Il Mais il faut que j'achève.
«( Quelques pas plus loin, nous rencontrâmes Aly Muley avec mes gens ; il regarda dans la voiture, il s'assura que le colonel était aussi bien qu'il pouvait l'être, il parla à Bricord, il recommanda au cocher d'éviter les ornières, et ce ne fut que lorsqu'il eut pris tous les soins qu'il s'apl)rocha de madame de Jlonrion pour la remercier, car Bricord lui avait dit ce qui venait de se
passer. Alors Aly Muley s'arrêta devant elle ; il se découvrit la tête, parut hésiter sur ce qu'il avait à faire et à dire, puis attachant sur Julie un regard humide, et halhutiant comme un homme à qui l'expression manque et qui parle au hasard, il lui dit tout à coup :
tt — Madame... oui, madame, c'est vrai... Si vous étiez née autrefois, vous auriez été la sainte Vierge.
Il Est-ce parce qu'il s'adressait à elle ? est-ce parce qu'il venait d'être dit par ce rude soldat, dont j'avais vu le désespoir? mais je trouvai ce mot sublime et touchant... Je pris les deux mains d'Aly Muley, je les pressai en silence sans pouvoir prononcer une parole,
«c — Eh bien ! oui..., me dit-il en sanglotant, c'est vrai... c'est...
it Puis, comme il pleurait, il m'a brusquement tourné le dos.
« Julie s'était arrêtée, je me tournai vers elle. Le mot d'Aly Muley avait été plus puissant que tout ce que j'aurais pu lui dire ; elle me parut heureuse et consolée. C'est que les cœurs naïfs ont le secret des âmes célestes.
(1 — Je suis déjà [bien loin de chez moi, me dit-elle, permettez que je m'éloigne.
« — Seule ? lui dis-je.
« — Je n'ai pas pciir.
u — Pcrmcllez que quelques-uns de mes gens vous suivent jusqu'à votre demeure.
« — Si l'un d'eux veut conduire ma voiture, mon cocher m'accompagnera.
» Elle s'inclina et allait me quitter.
« — Madame, lui dis-je, trois hommes devaient se rendre ce matin chez vous pour vous saluer avec respect et vous demander pardon, au nom de tout ce qui a de l'honneur, de ce que vous avez souffert depuis quelques jours. Ils ne seront plus que deux, le troisième est dans cette voiture. Un autre eût voulu se joindre à eux ; mais la haine de M. de Montaleu lui interdit tout accès près de vous... Laissez-lui profiter du hasard de celte rencontre pour vous dire...
« Connncnt se fait-il cjiie la \i)ix me man({ua ? C'est que le mot qui me venait aux lèvres, je ne devais pas le prononcer ; c'est que je voulais parler de res))ect et mon cccin^ (h'-hordait d'adoration. Julie était devant moi, les yeux haissés, heureuse, je le crois, non pas de mon trouhie qu'elle ne conq)rcnait pas. mais de la joie que donne la consid(''ration rcconcinise... Elle attendait la fin de ma phrase; je ne pus la trouver et je lui dis , tant j'étais ahsent de cette
22'l LA COMTESSE DE MONRION.
science du monde que je croyais si bien posséder :
« — Adieu, madame. Permettez-moi de penser à vous, comme je pense quelquefois à ma mère, qui était belle, qui était sainte, et qui est au ciel.
« Elle s'éloigna enfin, et nous arrivâmes bientôt au château. Déjà le médecin du pays était arrivé; un de mes gens était parti pour Nevers, afin d'en amener un autre. Le colonel a été saigné, mais la balle n'est pas extraite de la blessure. Cependant, il a prononcé quelques mots, et ces mots ont été : « Ma mère... ma mère î...» Un moment après, il a rouvert les yeux, et sa bouche a murmuré encore : " Ma mère ! ma « mère ! »
«t Villon, au reçu de cette lettre, vous courrez chez moi. Avec la clef que renferme ce paquet, vous ouvrirez un secrétaire en bois de rose placé dans ma chambre à coucher, à gauche de ma cheminée. Vous presserez la tablette du fond ; vous trouverez une cave. Dans cette cave, vous verrez entre autres papiers un paquet avec cette suscription : a mon fils. Vous le prendrez, et toutaussitôt, sans perdre une minute, vous monterez en voiture et vous viendrez. Crevez les chevaux, brisez la voiture, mais venez... venez. On
OMAESrOSB*3K3E. 325
m'annonce que le eolooei a eœare appdé sa. mère. Hâtez-vous. Villon... et pardonnez-moi- Oui, pardonnez-moi. car... oai, c'est vrai? je TOUS ai promis de la protéger et je raime!
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