I.\ LEÇON
— Qui savail que vous éliez dans la forêt à cette heure? Personne, excepté moi.
— Et vous vous tairez ?
— Oui, mais à une condition... c'est que vous ferez tout ce que je vais vous prescrire.
La force manqua au coupable, et il répondit en baissant la tête, et sans même savoir ce qu'on allait lui demander :
— Je ne pourrai pas.
Léona frappa la terre du pied avec colère ; mais presque aussitôt elle redevint plus calme. Elle voulait relever cette énergie brisée, et pour cela elle sentait qu'il fallait faire comprendre à Hector les moyens de salut qui lui restaient, avec la patience que met une mère attentive à faire pénétrer des pensées compliquées dans l'intelligence paresseuse d'un enfant.
— Voyons, lui dit-elle, si vous ne m'aviez pas rencontrée dans la foret , si rien de ce qui s'est passé ne fut arrivé, n'auriez-vous pas, dès ce matin, envoyé une provocation à M. de 3Iontéclain qui vous a chassé comme un laquais?...
— C'est vrai , dit Hector ; mais je l'ai oublié , je ne l'ai pas fait.
— Eh bien ! puisque vous reconnaissez maintenant que vous eussiez du agir ainsi, il faut le faire.
— Mais, reprit Hector dont l'accablement ne lui permettait qu'à peine de comprendre le sens des paroles de Léona, s'il me refuse ?. ..
— Alors vous le traiterez devant tous de lâche et de calomniateur.
— De lâche !... dit Hector. Oh! non... non... On ne le croira pas ! Le traiter de calomniateur : pourquoi?
— Pour avoir voulu faire croire que vous étiez le père de cet enfant...
— Ah! fit Hector avec désespoir, l'appeler calomniateur... quand c'est la vérité... On ne me croira pas...
— Mais, reprit Léona en l'interrompant, n'avez-vous pas déjà dit en face à Montéclain qu'il en avait menti ?
— Oh ! oui, c'est vrai.
— C'est alors qu'il vous a chassé, et que vous lui avez juré de tirer raison de cet outrage ?
— Oui, c'est encore vrai...
— Eh bien! maintenant, ne devez-vous pas soutenir ce que vous avez dit?
— Oui, répondit Hector, que rien ne semblait pouvoir arracher à son accablement , je devrais !e faire.
— N'avez-vous pas tout à craindre, si vous ne le faites pas? Ne dira-t-on pas que vous recon-