I.A I.EÇOIV
cette ville où tout se perd dans le bruit et dans la multitude? Ne sont-ils pas revenus l'un et l'autre dans ce pays au mois d'octobre dernier ? A supposer qu'ils ne se connussent pas , comment auraient-ils pu si vite s'entendre pour cacher tous deux à Bricord la faute de sa femme, pour lire tous deux dans une lettre ce qui n'y était pas? Cette coïncidence est inexplicable. Et depuis, qui donc a été au village de Saint- Faron ?
— Julie... Julie seule...
— Julie et Montéclain!
— Vraiment?...
— MM. de Montaleu, Brias, Champmortain, de Rudesgens, n'ont-ils pas vu entrer Montéclain chez la nourrice, à l'instant où Julie en sortait?... Ils y étaient peut-être venus ensemble...
— La nourrice peut dire le contraire...
— La nourrice a disparu etsavez-vous où elle est cachée? Dans le château de Montéclain.
— Impossible...
— J'en suis sûre, ditLéona. Que cette femme dise tout ce qu'elle voudra... c'est Montéclain qui le lui aura dicté. Et maintenant encore, comment se fait-il que ces gens qui ne se connaissaient pas aient été surpris à la ferme de
Jjricord causant tête à tête, pendant que Montéclain nous tenait tous occupes à poursuivre un sanglier ? Comment ces gens qui ne se sont jamais vus se sont-ils précisément rencontres ce matin dans la forêt?...
— Vous avez raison, fit Hector. En effet, oui..., reprit-il comme s'il cherchait à résumer tout ce que venait de lui dire Léona. Oui, la lettre est fausse. Aujourd'hui , ils prétendent qu'elle contenait un aveu de Léda, et ils se sont donc entendus pour inventer cette fahle. En effet , il est impossible de croire que chacun de son côté eût eu la même pensée de mentir à Bricord. Ils ne lui ont donc pas menti alors, mais ils mentent à présent...
— C'est cela , dit Léona avec satisfaction ; et puis?... reprit-elle comme un maître qui fait répéter à un enfant la leçon qu'il vient de lui
enseigner
— Et puis , continua Hector , jamais ni moi , ni Léda nous n'avons été voir cet enfant, tandis que Montédain y est allé et Julie aussi...
— Très-bien, dit Léona, et puis?...
— Et puis , ils s'y sont rencontrés le lendemain du bal; et puis, ils se sont l'encontrés à la ferme pendant que Montéciain nous amusait à Ja chasse ; et puis, ce matin encore ; et la nour-
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rice est cachée chez Montëclain... Ah ! je comprends..., s'écria sourdement Hector, vous avez raison. VA. hii qui m'a chassé si insolemmeni . hii qui m'a insulté... Oii ! il me le payera cher! il...
Hector s'arrêta tout à coup , comme si tout cet enthousiasme féroce s'était hrisé contre un obstacle qui venait de surgir à l'instant devant lui.
— Mais qui expliquera la blessure du colonel, la soustraction de la lettre?
Léona reprit cette allure de serpent, cette voix acre et pénétrante avec laquelle elle faisait couler goutte à goutte dans l'épais cerveau d'Hector le poison subtil de ses infernales combinaisons :
— Ce qui expliquera l'assassinat du colonel et la disparition de la lettre, c'est l'intérêt des coupables ; si c'est pour conserver à Julie l'héritage de votre oncle que Montéclain n'a pas voulu avouer son intrigue avec elle . n'avait-il pas un intérêt réel à faire disparaître l'héritier qui venait réclamer cette immense fortune ?
— Mais la lettre?
— Si celle qu'il a montrée était fausse , comment se serait-il exposé à la faire démentir par Léda^
— La dénégation n'eût rien fait.
LA COMTESSE DE UOnRION. 5. 2
— 3Iais comprenez donc que cette lettre est fausse. Donc elle n'est jdos de l'écriture de Léda.
— Eh bien? dit Hector, qui ne comprenait pas.
— Puisque vous dites qu'elle est fausse, fit Lëona avec le geste et l'intonation de quelqu'un qui détaille à un esprit borné un raisonnement sublii , il est certain qu'elle ne doit pas être de l'écriture de Léda. Vous comprenez... la lettre est fausse, et c'est Montéclain qui l'a écrite ; or, s'il a pu la montrer à Champmortain et aux autres , qui ne connaissent pas l'écriture de Léda... il a dû craindre cependant qu'elle n'arrivât à l'examen de gens qui connaissent cette écriture, vous comprenez... donc il a dû tout faire pour la soustraire à ceux qui auraient déjoué sa supercherie en déclarant que cette lettre n'était pas de l'écriture de Léda. Si la lettre est fausse, il a eu intérêt à l'anéantir après s'en être servi... Comprenez-vous?...
— Oui, oui..., dit Hector qui écoutait avec attention.
— Eh bien donc ! reprit Léona avec un sourire cruel, vous comprenez aussi pourquoi 3Ionléclain a dû la remettre au colonel, dont il voulait se défaire , et auquel il était bien sûr de l'arracher.
Montaleu regarda Léona avec une singulière