ÉTAT DU COEUR
d'un homme qui, elle en ëtail certaine, voulait spéculer sur le scandale d'une calomnie.
Alors elle avait rencontré une première fois Montéelain, celui auquel elle avait tant de fois rêvé dans le silence de ses nuits, celui dont l'indifférence l'avait si profondément blessée dans le salon de madame de Cliampmortain ; elle l'avait rencontré tel qu'elle se l'était imaginé : respectueux, grave, généreux. Ce qu'il lui avait dit à la ferme, dans un premier entretien, avait été pour Julie une singulière révélation de la puissance que cet homme exercaitsur elle. Il lui avait promis de la secourir, et elle était restée tranquille sur son honneur. Il s'était incliné en rendant hommage à son innocence, elle était remontée en elle-même à la place d'où M. de Montaleu l'avait laissée descendre. Elle le quitia lieureuse et fière.
Mais bientôt , durant la nuit qui suivit cette première rencontre, de cruelles réflexions vinrent troubler la joie et la confiance de Julie.
Cet homme si puissant sur elle , cet homme qui inconnu remplissait sa pensée, qui à peine connu la gouvernait déjà, cet homme n'était-il pas renommé pour l'infernale adresse avec laquelle il avait trompé mille femmes? Ne disaiton pas qu'il se faisait un jeu de leur déshonneur, 3. 4
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aussi bien que de leur désespoir? M. de Montaleu ne l'avait-il pas dépeint comme un de ces cœurs implacables qui ne reculent devant aucun moyen pour obtenir la vengeance qu'ils se sont promise? N'était-il pas de ceux qui , au besoin, frappent un père dans sa fdle, un mari dans sa femme, un frère dans sa sœur?
Le cœur de Julie démentait ces craintes, mais sa raison les lui représentait sans cesse sous mille formes. Où donc était la vérité ?
Voilà quelles pensées avaient tourmenté l'esprit de Jidie, et voilà pourquoi Montéclain l'avait rencontrée dans la forêt encore tout inondée des larmes que lui avait fait verser le pénible combat livré entre ses sentiments et ses terreurs. En ce qui la regardait personnellement, Julie ne s'était réservé qu'une seule protestation contre la calomnie dont on avait voulu la rendre victime : c'était de porter publiquement un dernier secours à l'enfant abandonné qu'elle avait si hardiment recueilli, et de montrer ainsi le mépris qu'elle faisait de l'accusation portée contre elle. A l'aspect de Montéclain , toutes les craintes de cette âme en peine s'étaient effacées ; l'hommage muet qu'il lui avait rendu, ce respect passionné qu'elle avait trouvé près de lui et près de ceux qui l'accompagnaient , avaient en-