‹ La comtesse de MonrionChapitre 54 sur 65 · NOUVEAU MALHEUR · texte numérisé non relu

NOUVEAU MALHEUR

a le cœur aussi noble que le nom ; il eût pu être votre ennemi , il s'est fait votre défenseur. Pour vous laisser souffrir, il lui suffisait de se taire; mais Montédain ne s'attaque ni aux faibles ni aux femmes ; il avait en main la preuve de votre innocence, la lettre de la fermière... c'est lui qui l'a montrée à ces messieurs, c'est lui que vous devez remercier en nous.

Julie écoutait i\ï. de Rudesgens, toute tremblante à la fois de joie et de crainte. Ainsi Montédain lui tenait la parole qu'il lui avait donnée, et elle en était heureuse ; mais en même temps il prenait sur le cœur de Julie des droits trop puissants à sa reconnaissance, et ces droits l'épouvantaient. Une autre pensée vint aussi se mêler à ce sentiment. Elle se souvint de la rencontre qu'elle avait faite le matin , des paroles mystérieuses de 3Iontéc]ain , et elle reprit d'une voix profondément émue :

— Je vous remercie , messieurs , de votre démarche et de l'empressement que vous avez mis à la faire; mais permettez-moi de vous demander quel est celui d'entre vous à qui 31. de Montédain avait confié la preuve de mon innocence?

— C'est le colonel Thomas Rien , répondit Champmortain.

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— Lui ! s'écria Julio en tressaillant ; c'est donc pour cela qu'on l'a assassiné?

— Assassiné ! répétèrent les trois hommes en se regardant entre eux avec terreur.

— Mais ce n'est donc pas lui qui est avec M. de Montéclain? dit M. de Rudesgens.

— Assassiné! reprit M. de Champraortain. Mais par qui...

— Par qui ? s'écria Brias avec colère ; par celui (jui , en supprimant la [)reuve de l'innocence de madame de Monrion , faisait disparaître en même temps la preuve de son infamie.

Au moment où Brias prononçait ces paroles , la porte de l'appartement de Julie s'ouvrit de nouveau avec violence, et M. de Montaleu suivi d'Hector entra rapidement.

M. de Montaleu était pâle, ses traits étaient bouleversés, il paraissait à la fois trembler de colère et d'horreur. Quant à Hector , une résolution sauvage et immobile animait ses traits. C'était celle d'un homme engagé dans une voie fatale, et qui, l'œil fixe et tendu devant lui, marche à son but sans oser regarder le chemin qu'il fait et les précipices fangeux qu'il traverse. L'aspect de l'oncle et du neveu était si étrange que Brias, M. de Rudesgens et Champmortain restèrent interdits. Julie frissonna 5 elle comprit

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qu'un nouveau malheur lui venait avec la présence d'Hector. Poussée encore une fois par le sentiment qui la dominait, elle jeta autour d'elle un regard désespéré comme pour chercher quelqu'un qui pût la protéger. Elle se rapprocha instinctivement de ceux qui venaient témoigner de son innocence , et elle attendit les paroles de M. de Montaleu qui s'était arrêté comme suffoqué par l'émotion qu'il éprouvait.

— Eh bien ! fit M. de Rudesgens plus étonné que personne de cette entrée impétueuse , qu'y a-t-il? que se passe-t-il ?

— Ce qu'il y a ? dit Hector en s'avançant avec ce courage furieux du crime poussé aux abois. Il y a...

— Silence! reprit M. de 3Iontaleu avec autorité ; silence , Hector ! vous ne devez votre justification qu'à moi seul; si les autres vous en demandent une , c'est à moi de juger si vous devez la leur donner.

Champmortain , Brias et M. de Rudesgens se regardèrent encore comme pour se demander ce que signifiaient l'emportement deM. de Montaleu et la justification d'Hector. Julie resta immobile sans savoir comment le malheur pouvait lui venir , sans deviner un seul des perfides calculs de Léona. Elle comprit seulement qu'un coup

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terrible la menaçait ; elle attacha un regard ardent sur Hector ; mais il ne baissa pas les yeux , il ne se troubla pas cette fois : son front comme son cœur s'étaient bronzés aux leçons de Léona.

— Dites-moi, messieurs, fit tout à coup M. de Montaleu en souriant amèrement , dites-moi ce que vous étiez venus faire dans cette maison? Parlez , je vous prie.

— Nous étions venus , répondit M. de Rudesgens d'un ton sec , nous étions venus porter à madame de Monrion le témoignage de nos regrets , de notre estime et de notre respect.

— Et en vertu de quoi , messieurs , avez-vous fait cette solennelle ovation à madame de Monrion ?

— En vertu d'une lettre que j'ai vue de mes propres yeux , dit Brias avec fermeté , que Chanipmortain a vue comme moi , et qui a été remise devant nous au colonel Thomas Rien.

— Vraiment ! dit M. de Montaleu avec le même ton plein de sarcasme , et par qui était écrite cette lettre?

— Par celle à qui appartient l'enfant recueilli à Saint-Faron , par la malheureuse femme du fermier Bricord.

— En vérité! reprit encore M. de Montaleu,

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et coanaisscz-vous l'écriture de cette malheureuse?

Brias et Champmortaiii se regardèrent, et Brias fut obligé de répondre :

- — Il est vrai que nous ne connaissons pas cette écriture , mais Montéclain nous a affirmé..,

— Ah! dit 31. de Montaleu avec dédain, Montéclain vous a affirmé... et sur l'affirmation de M. de Montéclain . de cet homme qui s'est fait toute sa vie un jeu de l'honneur des femmes, de cet homme qui n'a jamais rais de frein à ses passions, de cet homme dont j'ai dénoncé la vie à tous ses concitoyens , de cet homme qui m'a menacé devant vous de se venger de la justice que j'avais faite de lui , sur l'affirmation de cet homme vous avez cru à la véracité de cette lettre !

— Quoi ! s'écria Brias , devez-vous supposer que c'est une invention?

— Je l'affirme et je le jure, dit Hector de Montaleu d'une voix ferme et claire.

Cet homme n'avait plus ni trouble ni hésitation ; il avait été pour ainsi dire passé et trempé au feu de l'enfer !

— Ainsi, fit M. de Rudesgens , cette lettre serait fausse?

— Mais quel intérêt Montéclain avait-il à

perdre cette misérable femme? dit Champmortain.

— Ce n'est pas elle qu'il fallait perdre, reprit 31. de Montaleii, c'était le vicomte de Montaleu. c'était mon neveu, c'était l'héritier de mon nom, c'était lui qu'il fallait déshonorer à défaut de moi , c'était lui que Montéclain voulait frapper, dans son impuissance à m'atteindre.

— Mais à qui appartiendrait donc cet enfant? dit M. de Rudesgcns.

- — Demandez, repartit M. de Montaleu en jetant un regard plein d'indignation et de mépris du côté de Julie , demandez à celle qui l'a caché dans le hameau de Saint-Faron , à celle qui seule a été le voir, à celle que nous y avons rencontrée , à celle qui y retournait encore ce matin.

Et les yeux se tournèrent vers Julie. Elle était immobile, muette ; elle regardait et elle écoutait comme si tout ce qui se disait devant elle n'eût pas été sa condamnation. Il n'y avait pas de désespoir dans ce silence, il n'y avait qu'un étonnement inouï. A ce moment, Julie se demandait certainement si elle n'était pas en proie à un rêve abominable , ou si elle n'avait pas perdu tout d'un coup la mémoire et la raison.

— Mais, reprit M. de Rudesgcns avec le ton

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