‹ La comtesse de MonrionChapitre 56 sur 65 · LE CHATEAU DE MOMÉCLAIN · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE MOMÉCLAIN

— Mnis que prétendez-vous donc faire ? reprit Aly Muley.

— Le procureur du roi sera ici ce soir à neuf lieures ; si ceux à qui je vais écrire ne me répondent pas comme je le veux, sa mission sera terrible; s'ils obéissent encore à la voix de l'honneur, elle se bornera à punir ceux pour lesquels la justice humaine n'a pas de pardon; et maintenant, veillez près du colonel. Il est temps de prendre un parti.

Monléclain quitta la chambre après avoir serré la main au colonel, qui lui sourit avec confiance. 11 rentra chez lui, et, quelques instants après, deux domestiques partirent à cheval pour aller porter diverses lettres qu'il venait de leur remettre. Lui-même il prit la direction de la ferme de Bricord.

Durant la scène qui s'était passée chez M. de 3Iontaleu, Julie avait été soutenue par ce sentiment énergique que le malheur inspire aux innocents, et qui leur fait contempler avec un courage désespéré tout ce que la méchanceté humaine a de plus affreux. Dans de pareils moments, l'âme arrive à un degré d'exaltation qui lui fait éprouver une sorte de joie insensée à voir s'accumuler toutes les accusations, tous les mensonges... C'est comme une soif insatiable de

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douleurs qui en appelle sans cesse de plus cruelles; le cœur rempli de désespoir semble crier : <c Encore ! encore ! » et il arrive un instant où l'innocent, frappé de tous côtés, vient volontiers en aide aux agresseurs et leur montre l'endroit qu'ils ont épargné.

Mais quand ce violent éréthisme est passé, quand cet ardent besoin de mesurer dans toute leur horreur la bassesse et l'infamie des autres est apaisé, alors un abattement profond, un désespoir absolu succèdent à cette énergie d'un moment. Telle était la situation de Julie au moment où Montéclain l'avait conduite à la ferme en quittant le château de M. de Montaleu.

— Veuillez m'attendre là , lui avait-il dit, et bientôt je vous aurai donné, je l'espère, un asile digne de vous.

Julie n'avait pas répondu; tout ce qu'elle avait de force pour ne point succomber en présence de ses ennemis, l'avait abandonnée quand elle s'était trouvée seule avec celui qui la protégeait. Un reste de dignité l'avait empêchée de laisser éclater en sa présence ses larmes et ses cris. Elle ne voulait pas montrer à Montéclain toute la foibicssc de son âme. Une secrète pudeur avertit les femmes qu'il est trop dangereux de dire à celui qu'elles aiment les douleurs aux-

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