LE MARI DE L.\ LIOIVNE
cliaiul ne vous réclame pas le montant tout entior de sa fourniture, vous voyez qu'il dit avoir reçu la moitié de la somme qui lui est due ; la fourniture a été faite au mois de février de l'année dernière, et dès le mois d'avril j'avais [Mwv la partie de ce mémoire qui me concerne. Amab poussa uu soupir furieux... Léona continua :
— Vous vouliez me parler sérieusement, Victor, et bien, moi aussi, je le voulais; mais en vérité , vous m'avez fait tellement redouter toute explication entre nous par vos colères , que j'hésite raème à vous donner de bons avis. Crovez-vous que je ne souffre pas cruellement de vous voir marcher ainsi à votre ruine et à la mienne? car si vous me méconnaissez assez pour croire que je vous laisserai dans l'embarras, moi j'estime trop l'honneur du nom dont j'ai fait le mien pour ne pas venir à votre aide. Vous manquez d'ordre et de prévoyance.
— Il me semble cependant , dit Amab , que mes dépenses personnelles entrent pour bien peu dans les sommes folles qui sont dévorées dans cette maison.
— Je ne veux pas m'irriter du ton dont vous me parlez, reprit Léona avec un calme dédaigneux; vous soulfrez , et j'ai pitié de ceux qui
souffrent ; vous vous plaignez des sommes folles dévorées dans cette maison ; n'a-t-il pas été convenu entre nous que nos dépenses seraient fixées à un chiffre précis? De ce chiffre, j'en prends une part, et vous l'autre. Vous ai-je jamais demandé rien au delà de ce qui était convenu , Est-ce ma faute si , en dehors de cette dépense fixe , vos caprices vous font semer l'argent avec une imprudence incroyable? Pourquoi ces diamants à ma fête? les ai-je demandés? Pourquoi cette voiture lorsque nous en avions déjà une? Pourquoi ce service d'argenterie auquel vous teniez tant ? C'est que vous avez vu votre camarade L*** donner des diamants à sa femme, cette voiture vous l'avez voulue parce que G*** en a deux; c'est en revenant de diner chez l'un de vos amis que vous m'avez tourmentée jusqu'à ce que j'aie consenti à la folle dépense de ce service d'argenterie.
— Eh ! mon Dieu, dit Amab, ne m'avez-vous pasvingt fois parlédes diamants demadameL***? N'étes-vous pas rentrée malade d'une course en fiacre, parce que je m'étais, par hasard, servi de votre voiture? Enfin, vous avez si amèrement critiqué la mesquinerie de notre service , que j'ai voulu satisfaire à vos désirs , et non pas à mes caprices , comme vous dites. Et la recon-