LE M\RI DE I.V I IÛ>NE
naissance que vous en avez nie paye bien des lournients (jue me donne mon en\ie de vous [ilaire.
— Des reproches ! dit Léona , je m'y attendais. Mais dites-moi, monsieur, n'est-il pas tout simple (prune l'eunne désire tout ce qui peut élever sa position nu.v yeux du monde ? J'ai désiré ce que je voyais à d'autres qui , îi mes yeux, ont moins de talent et de valeur que vous. Ce qu'ils faisaient pour leurs femmes , j'ai cru que vous pourriez le faire pour la vôtre . et lorsque je vous voyais me solliciter si vivement de l'accepter, n'ai-je pas dû croire que vous n'alliez pas au-dessus de vos ressources? Me suis-je trompée?... L'amour, oui, monsieur, l'amour qui m'a fait vous sacrifier ma liberté, m'aurail-il abusée?... N'avez-vous pas tout le talent (juejevous croyais?... Dois-jc reconnaître ([ue vingt artistes dont vous parlez avec dédain ont plus de succès, de popularité, de valeur ([ue vous?... Tout mon cœur se refuse à se l'avouer; mais enfin, si les preuves arrivent, je m'y soumettrai... il le faudra bien...
Uien ne peut rendre le sui)plice d'Amab à ces paroles dites du ton le plus doux et le plus sérieux. L'orgueil blessé dans ses fibres les'plus seuiriblcs, la conviction profonde (ju'on est le
L* cnsiri'-SL Di: mOnhion. 1. i
38 lA COMTESSE DE MOIVRION.
jouet d'une astuce supérieure sans qu'on puisse la saisir nulle part, torturaient Amab.
■ — Vous avez raison , dit-il les dents serrées. Je n'ai qu'un médiocre talent... un talent qui ne peut suffire aux dépenses d'une maison comme la vôtre.
— Nous la réduirons quand vous voudrez , dit Léona ; mais , en attendant , il faut répondre aux gens qui ne sont pas payés.
— Je n'ai point d'argent et je ne sais où en trouver.
— Ces quatre tableaux commencés, et qui peuvent être finis en quinze jours si vous y travailliez avec ardeur, sont une ressource.
— Ils sont vendus... et, s'il faut tout vous dire, j'en ai touché le prix d'avance...
— C'est fâcheux, car je crois que M. de Champmortain vous les eût achetés à un prix qui vous eût vite débarrassé de ces criailleries qui vous empêchent de vous livrer à vos travaux.
— M. de Champmortain, dit Amab d'un ton sombre, il me semble que ce n'est pas là un homme auquel vous puissiez me conseiller d'avoir recours.
— Je conçois votre juste susceptibihté, monsieur. En arrivant dans ce pays j'ai été faire une visite à madame de Champmortain, et cette