‹ La comtesse de MonrionChapitre 60 sur 65 · CONFESSION · texte numérisé non relu

CONFESSION

et que j'ai cliassée aussi! Et pourquoi? parce qu'il y a autour de moi des gens sans cœur, sans probité, sans honneur...

— 3Iontaleu ! iMonlaleu ! s'écria madame deRudesgcns en interrompant la colère du marquis, vous viendrez ce soir avec moi chez Montéclain, il le faut, et vous déjouerez ainsi les perfides intentions de madame Amab.

— 3Iadame Amab ! ré])cta M. de Montaleu , Léona? Mais en quoi donc cette femme est-elle mêlée à tout ceci ?

— jNe vous l'ai-je donc pas dit? fit madame de Rudesgens; mais Léona, c'est cette enfant dont la naissance a été attribuée à Sophie 3Iuller... Léona est...

— Votre fille ! dit Montaleu.

— Oui , ma fille , répéta madame de Rudesgens en cachant sa tète dans ses mains.

M. de Montaleu la regarda un moment en silence, et lui dit d'une voix moins sévère :

— Oh! vous êtes assez cruellement punie... Léona est votre fille !

— Ma fille ! continua madame de Rudesgens à voix basse, et comme si le bruit de ses propres paroles l'eût épouvantée; ma fille, qui m'a menacée de tout révéler à mon mari si je ne l'aidais à perdre madame de Monrion.

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— Qui est innocente, n'est-ce pas ? s'écria avec transport M. de Montaleu, et qui pleure maintenant, qui souffre comme mon pauvre fils assassiné. Assassiné... mais par qui donc?

— Mon ami, reprit madame de Rudesgens, Montéclain m'attend ce soir chez lui. » Venez, m'a-t-il écrit, et toute preuve de ce qui peut vous compromettre sera anéantie ; venez et amenez M. de Montaleu; il faut que d'abord il vous pardonne, lui ; sans cela tous mes efforts seront inutiles; dites-lui que son fils le demande; diteslui que, puisque j'ai été jusque chez lui, il peut venir jusque chez moi ; seulement j'essayerai de lui montrer comment un gentilhomme ouvre sa maison à l'ennemi qui ne craint pas d'y pénétrer. i>

M. de Montaleu se taisait. Son orgueil hésitait encore contre les sentiments de son cœur; puis enfin, il s'écria tout à coup :

— Eh bien! soit, j'irai, et si j'ai eu des torts envers Montéclain, je ne craindrai pas de les réparer en les avouant devant tout le monde. A quelle heure devez-vous vous rendre chez Montéclain ?

— Il nous attend à huit heures, dit madame de Rudesgens. Vous viendrez, n'est-ce pas?

Au moment où M. de Montaleu allait répon-

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dre, on frappa à l'appartement de M. de Montaleu, et celui-ci ayant ôté les verrous qui fermaient la porte, le domestique lui annonça l'arrivée de madame Léona Amab.

— Cette femme chez moi!... s'écria M. de Montaleu.

— Elle a. dit-elle, répondit le domestique, un écrit important à vous remettre.

Madame de Rudesgens tremblante et éperdue, mais contenue par la présence du domestique, attachait sur M. de Montaleu des yeux égarés.

Le marquis eut pitié d'elle, et il lui dit tout bas :

— Faut-il la recevoir ?

— Je ne sais, repartit madame de Rudesgens d'une voix défaillante.

— Faut-il la chasser? reprit M. de Montaleu.

— Oh ! non, non! ceseraitpeut-étre me perdre.

— Faites entrer madame Amab, dit tout haut M. de Montaleu au domestique.

— Oh ! mon ami , s'écria Artémise dès que le domestique fut sorti , vous seul pouvez me sauver, vous seul...

On entendit presque aussitôt la voix de Léona, et madame de Rudesgens, épouvantée, se précipita dans un cabinet voisin. Léona parut.

Elle s'arrêta sur le seuil de la porte. M. de

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Montaleu l'avait vue plus éclatante et plus magnifique de beauté, mais jamais il ne l'avait vue si fière de regard, d'expression et de tenue. Son visage, d'une pâleur mate, était richement encadré dans les larges boucles de ses cheveux noirs. Ses yeux éclairés d'un feu sombre, ses lèvres pâles, frémissantes et dédaigneuses, lui donnaient quelque chose de la majesté de l'ange tombé. Le marquis de Montaleu lui fit signe d'approcher et lui montra un siège.

— C'est inutile, M. le marquis, dit Léona d'une voix calme ^ nous n'en sommes pas, l'un vis-à-vis de l'autre, à ces vaines formules de politesse; vous me haïssez et vous me méprisez, moi je vous hais et je vous estime.

M. de Montaleu s'inclina sans répondre.

Léona continua :

— La meilleure preuve que je puisse vous donner de cette estime, M. le marquis, c'est que, malgré les sentiments défavorables que vous avez pour moi , je viens à vous pour une chose à laquelle tient peut-être le salut de ma vie. C'est une question d'honneur, monsieur, et je la remets avec confiance entre vos mains ; veuillez lire cet écrit, ajouta-t-elle en lui tendant l'original de la lettre dont elle avait montré la copie à madame de Rudesgens, et veuillez me dire

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