‹ La comtesse de MonrionChapitre 62 sur 65 · CATASTROPHE · texte numérisé non relu

CATASTROPHE

plus adroit , plus prudent, il cherche à gagner le rivage... On lui jette une corde qu'il peut saisir, et on le ramène traînant après lui Bricord presque évanoui. Tous deux, couverts de longues herbes limoneuses, avaient dû s'arracher par des efforts désespérés à l'étreinte de ces mille libres flexibles qui les avaient enveloppés de leur pesant réseau.

Bricord l'ut bientôt revenu à lui , et son premier cri fut :

— Léda ! où est Léda ?

Un domestique de Bricord voulut se précipiter à son tour, mais Aly Mulcy le retint en lui disant d'une voix sourde :

— Ce n'est pas la peine d'exposer la vie d'un homme pour ne repécher qu'un cadavre... Il y a au moins cinq minutes qu'elle est sous l'eau.

~ Cinq minutes ! s'écria Bricord en se levant avec désespoir; on en a vu y rester dix , vingt minutes , une heure , et revenir après ; laissez-moi .

Il fallut qu'Aly Mulcy le prit à bras-le-corps , que ceux qui l'entouraient lui prêtassent mainforte , et encore ne fussent-ils pas parvenus à l'arrêter, si tout à coup le meunier n'eût paru avec des filets.

— Nous la retrouverons maintenant, dit Aly.

i64 LA COMTESSE DE MONRION.

— Vivante ou morte , s'écria Bricord d'une voix qui fit frémir tous ceux qui l'approchaient, je la veux, je la veux.

Dans ces eaux , coupées de nombreuses chaussées, qui dorment lourdement à certains endroits et qui tourbillonnent rapidement ailleurs, qui remontent d'un côté ou fuient d'un autre , il est presque impossible de savoir où a pu s'arrêter le corps inerte dont elles se sont emparées.

Aly se chargea d'explorer ces profondeurs inconnues. Il prit une sébile de bois , y planta , au milieu , une chandelle , et poussa la sébile au courant de l'eau.

Tous les yeux suivaient avec anxiété cette lumière vacillante, flottant comme une étoile rouge au-dessus des ténèbres qui couvraient la rivière. La sébile et la lumière qu'elle portait se balancèrent un moment, puis , prises par le fil de l'eau , elles se mirent à descendre assez rapidement. Bientôt la sébile , vivement poussée d'abord , s'arrêta tout à coup , resta un moment immobile, puis, revenant sur elle-même , elle se mit à tourner en se balançant. Elle se trouvait au-dessus d'un corps qui faisait obstacle au courant de l'eau.

A chaque mouvement qu'elle faisait , c'é-

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