‹ La comtesse de MonrionChapitre 9 sur 65 · LE MARI DE L\ LIONNE · texte numérisé non relu

LE MARI DE L\ LIONNE

des rapports d'amitié sous un jour défavorable.

— Oh ! mon Dieu ! murmura Léona , en être réduite là ! Déjà les soupçons et bientôt la ruine. Il suffît, monsieur, je ne recevrai personne, je ne sortirai pas ; ces promenades qui étaient ma seule consolation , j'y renoncerai... on pourrait croire...

— Mais je ne dis pas cela..., fit Amab avec impatience ; je fais une observation , ce n'est pas pour que vous en preniez acte pour vous dire tyrannisée.

— Ai-je dit un mot qui ressemble à une plainte ?

Amab avait gardé toute sa colère ; mais par nn singulier hasard ou une admirable adresse, Léona avait mis une barrière à toutes les issues par où elle pouvait s'échapper. 11 resta un moment silencieux , et finit par s'écrier :

— Tenez , Léona , je ne suis pas content.

— Croyez-vous que j'aie la joie au cœur ?

— Léona , vous ne m'aimez plus...

— Que ne dites-vous que je ne vous ai jamais aimé ?

— C'est peut-être vrai.

■ — Courage, monsieur, continuez...

— Mais enfin , je souffre , vous le voyez ; je

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suis dans une position fâcheuse, et au lieu de me conseiller , de m'encourager , vous me faites des scènes .

— Monsieur, dit Léona en se levant, quand la raison vous sera revenue , quand vous serez plus calme , je reviendrai.

— Allons! voilà que je suis fou , à présent... Où allez-vous, Léona?...

— Chez moi...

— Pourquoi prenez-vous ces lettres?

— Pour répondre à vos créanciers , pour les calmer, pour obtenir du temps et trouver celui de les payer en engageant quelque propriété.

— Mais je ne le veux pas, dit Amab confus ; je payerai... j'écrirai...

Léona haussa les épaules.

— Certainement..., reprit Amab avec hauteur, et le prix de ces tableaux suffit...

• — 11 vous a été payé .

— Je suivrai le conseil que vous m'avez donné, je les vendrai .

— Où cela?

— A Paris.

— OÙ ceux qui vous les ont commandés les trouveront peut-être chez celui qui vous les achètera... Ce serait possible dans ce pays... où ils resteraient enfouis dans le château de l'ac-

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qiiëreur... Mais vous ne voulez plus voir riionime qui seul pourrait vous sauver.

A ce moment, Amab eut un de ces mots funestes qui disent la honteuse transaction que fait le cœur avec la nécessite. Il se tourna vers Lcona et lui dit ;

— Léona , m'aimez-vous?

— Ah! Victor, Victor, est-ce à vous à en douter?

— Quand on aime, on a pour...

— Ah! dit Léona, vous ne m'aimez plus assez pour être jaloux.

— Moi!... s'écria Aniab, oh! Léona, Léona, tu sais si ma vie est à toi... Est-ce qu'il est possible de ne pas t'aimer'^... Mais toi , toi...

— Moi, oui, je vous aime... et j'ai grand tort, car vous me soupçonnez..

— Non , non , Léona , je suivrai tes conseils... Je donnerai ces tableaux à M. de Champmortain, car vous m'aimez, n'est-ce pas?... 11 vient, eli bien ! tant mieux; nous finirons cette affaire aujourd'hui même.

— A la bonne heure, vous voilà raisonnable... et je vais vous tenir compagnie.

— Non... je ne le veux pas. Vous êtes souffrante , allez, faites votre prouicnade; je travaillerai avec d'autant plus de courage que je

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saurai que vous prenez quelque distraction.

- — En ce cas , à bientôt.

Lébna quitta son mari. Comme elle allait monter en voiture, sa fidèle chambrière , la prétendue sourde-muette qui ne l'avait pas quittée, lui présenta une ombrelle.

— Eh bien , le dîner tient-il ?

— Je viens de faire acheter à M. de Champraortain ses grandes entrées.

— Pour excuser les petites. Et monsieur est-il toujours furieux?

Léona eut un sourire de pitié méprisante.

— Non, dit-elle, le pauvre homme n'en peut plus.

Léona avait raison ; quelques années lui avaient suffi pour briser cette nature ardente , tenace , vigoureuse. Elle avait abaissé son ambition des hauteurs de la gloire aux petitesses de la spéculation ; elle avait fatigué son énergie en lui faisant poursuivre comme but la richesse et le repos qu'il ne devait jamais atteindre, car, grâce au luxe de la maison , le besoin renaissait après les efforts les plus persévérants. Elle avait fait pis, elle avait usé la probité de l'artiste dans cette lutte incessante, elle l'avait poussé au milieu d'un dédale d'affaires douteuses qu'on pardonne quelquefois au talent, mais qui entraînent

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