LA COMTESSE, JACQUES
Jacques!...
JACQUES
Madame, vous m’avez menti.
Que voulez-vous dire?...
JACQUES
Vous m’avez menti en me disant que cette lettre devait sauver M. de Givrac, car à cette heure même, M. de Givrac était perdu, et vous le saviez...
LA COMTESSE , avec impatience.
Eh! Monsieur!
JACQUES
Ah! vous triomphez, Madame, car le roi voyant dans cette manifestation le témoignage de la haine publique, a signé l’ordre d’exil du premier ministre; mais comme il faut un exemple, M. de Givrac sera fusillé.
Fusillé!...
JACQUES, vivement.
Écoutez-moi, Madame, je viensvous proposer un marché, je viens vous dire : Prenez ma liberté, qui est pour vous un danger de toutes les heures, rejetez-moi dans un cachot pour toute ma vie, et je vous jure d’y mourir sans jamais divulguer un mot de notre secret!
LA COMTESSE, stupéfaite.
Un pareil sacrifice! .
JACQUES
Je le fais avec joie, si vous me donnez en échange la vie de Gaston... car sa mort, ce serait la mort d’une jeune fille pour laquelle je verserais tout mon sang!
Et que vous importe cette jeune fille?
, JACQUES
Madame la comtesse, le jour où je courbais si facilement la
tète sous le coup qui me frappait, et qui venait de vous, j’ignorais que ce même jour, au même instant peut-être, un enfant nouveau-né était emporté loin du château de Saveneuse, et que cet enfant était le mien.
Ah! vous savez... Eh bien! oui... je vous l’avais caché... Mais cet enfant est mort, et longtemps je l’ai pleuré dans ma rtstraite... Mais, quel rapport?
JACQUES
On vous avait trompée. Madame, car cet enfant existe... car cet enfant avait été volé !
Volé!... allons donc, c’est impossible...
•JACQUES
C’est impossible!... Si vous eussiez été une vraie mère. Madame, voilà le mot qui eût jailli de votre cœur, le jour où la Duhamel vint vous dire : Votre enfant est mort; car alors, vous eussiez cherché la vérité, sans repos ni trêve; car alors, vous eussiez voué votre vie tout entière à l'arracher des mains de l'infâme qui l’avait enlevé et qui le tiendrait encore en son pouvoir, si je n'avais été là, moi... moi, son père! !
Mon enfant existerait!... Etes-vous bien sur de ce que vous dites là, Jacques?
JACQUES
Sur le salut de mon âme, Madame, je le jure, c’est la vérité!...
LA COMTESSE, dont la physionomie, pendant tout ce temps, a exprimé l’émotion la plus »ive, à voix basse.
Oh! cette révélation bouleverse tout mon être*.. Une fille!... j’ai une fille!... Jacques, où est-elle?
JACQUES
Que vous importe?
Ne suis-je pas sa mère?...
JACQUES
Et quels sont vos droits, Madame, où sont vos sacrifices, pour faire valoir un pareil titre?
Jacques, vous, avez tort de me refuser cela... car il me semble... oui, il me semble que si j’avais là, près de moi, une enfant belle, chaste, pure, qui me prodiguât ses caresses en m’appelant sa mère... sa mère!... oui, il me semble qu’uue vie nouvelle s’ouvrirait devant moi.
Jacques.
Impossi Me!...
Mais quel motif...