LA COMTESSE DE NOVA! LL ES
NOVAILLES.
Croiriez-vous que, du moment où je vous ai connue, je n'ai
mon ambition en me mariant?., je vais bien vous surprendre... un intérieur calme, paisible, sans éclat, l’amour de ma femme, de mes enfants. Pcsti me de tous... La cour!... eh! mon Dieu! je n'y songeais même pas!... Le bonheur que je rêvais, bonheur vulgaire, était au coin du feu, un livre à la main, les yeux tantôt filés sur l'épouse chérie, tantôt sur un enfant, tendre et noble espoir d’une race honorée... cl ce qu'il y a de plus étrange dans ce rêve insensé, c’est que je m’étais imagine trouver en vous les mêmes penchants ; en vous, Madame, qu’une longue et austère retraite semblait avoir formée tout exprès pour une telle existence...
Je vous trouve bien patriarcal aujourd'hui, monsieur le comte. «
NOVAILLES.
Mon Dieu! comtesse, nous subissons tous, sans nous en douter, quelque influence étrangère; je suis allé ce matin chez mon tapissier...
LA COMTESSE, avec une lurpriac dédaigaeua*.
Hein?
NO VAII. LES.
J’ai vu sa femme, une femme honorable et honorée de tout son quartier; j'ai vu ses enfjnls, pauvres petits anges, tout blonds et tout roses qui jouaient aux pieds Je leur mère... Eh bien! c’est laque vous allez rire, Madame... moi, le comte de Novaillcs, j’ai envié un moment le bonheur... de mon tapissier.
U COMTESSE, WurUttL
Ah! vous savez vous contenter de peu, monsieur le comte...
NOVAILLES, m levant « wtoul d’un Um léger.
Vous ne connaissez pas mon tapissier?... C’est bien la plus drôle de tête... je défie qui que ce soit au inonde de le regarder sans rire... un cœur d’or! mais une figure, mais des jambes, mais un ventre, une caricature parfaite!..
LA COMTESSE, m rcganlaul et attachent m* boucle* d'oreille».
Comme je suis pôle ce Soir ! (Elle reprend le banquet, le rcepire un butant, le jette Kir un fauteuil et te lève.)
NOVAILLES, UK une ftè»rc freinante.
Décidément, ces gens-là ne sont bons que pour les joies naïves du ménage... quant à nous autres, qui, Dieu merci, avons été jetés dans un autre moule, il nous faut l’éclat et les grandeurs! Grâce à vous, comtesse, c’est ce que je n’ai pas tardé à comprendre... et bien m'en a pris, car, tudieu!... quel chemin nous avons fait en un mois!... C'est presque un conte de fée!... mais le roi ne jure plus que par noir., nom, Madame, et dès demain, n’rst-il pas vrai, vous cjuitl. z pour toujours cet hôtel devenu trop modeste, pour aller habiter Versailles où vous appelle voire nouveau titre... Quelle gloire pour nous! jamais, il faut en convenir, la maison de Novaillcs n’était parvenue à un tel degré de splendeur.
LA COMTESSE, portant la mita t M poitrine.
Mon Dieu!... mais on étoufle dans celte chambre! Qu'cst-ce que j’éprouve donc là?
NOVAILLES.
On nous choie, on nous accapare, et c’est à vous, comtesse, que nous devons tant d'honneur, (il ni.)
Qu'avez-vous donc?
NOVAILLES.
t’ne réflexion qui me traverse l’esprit! Savez-vous, comtesse, : que nos aïeux étaient de pauvres aires, et qu’entra nous je ne puis m'empêcher de les prendre en pitié... (eu» u regard» de pi» i « plu*.) Quand je pense à lous les travaux que ces braves gens se croyaient obliges d’accomplir pour ajouter on à un, longuement, et avec beaucoup de peine, un peu d’éclat au nom de leurs aïeux!... Quand je pense que le sire Eogucrrand de Notantes A: donna la peine, lui cinquième, d'enfoncer l'une des portes de la ville d’Anliuchc, défendue par trois cents infidèles ! que sous Charles VII , le baron Gilles Rupert de Novaillcs eut la naïve té de vendre jusqu'à son dernier plat d’argent pour lever à ses frais une compagnie à la tête de laquelle il sc fit balafrer k visage au siège d’Orléans... et jusqu’à mon père enfin, le comte Armand de Novaillcs...
NOVAILLES, teujour* avec le mime rire fiévreui.
Ah ! j’en suis fâché... C’est que mon père, voyez-vous, les a déparés Ions, dans celle inexplicable rage d'héroïsme et d’abncçtlion... il s'» st fait tuer pour reprendre... quoi?... un cliiflbn de soie. . un étendard français tombé au pouvoir des Espa-
gnols... Après s'ètrc battu comme un lion, il le rapporte triomphant; le roi lui tend la main, il était mort.... (Mouvement de u cumin**.) Oh ! mon Dieu ! oui, comtesse, voilà la façon barbare dont s’y sont pris mes chers ancêtres pour faire arriver notre maison au point où elle on est aujourd’hui...
LA COMTESSE, le regardant avec inquiétude et terreur.
Mais, monsieur le comte, à quoi bon rappeler ces souvenirs?.. * muiuss,
Mais, comtesse, tout simplement pour constater notre supériorité sur ces esprits élroit«. Ce qu'ils ont fait en plusieurs siècles et avec des ciïorts inouïs, nous allons le faire, nous, et au delà, sans risque ni dommage, et on menant la vie folle et joyeuse au lieu de l’expo^r comme des maladroits...
la comtesse, •»« tpemutt.
Monsieur!...
NOVAILLES.
Par ma foi! c'est délicieux, nous voilà tout puissants! Marly nous appartient!... Versailles est à nous!...
Mais... expliquez-moi...
NOVAILLES.
Encore un jour, et le nom de Novaillcs va retentir d’un bout de l’Europe à l’autre... encore un pas et nous allons être* quelque chose comme reine et roi de France! Mordieu! je traiterai de pair à compagnon avec mon beau cousin d’Angleterre!...
Monsieur... Monsieur... encore une fois, dites-moi doive ce i(ue signifient ces étranges paroles. u regard. in.p***ihi«. )
Le regard fixé sur moi... Qu’avcz-vous, qu’avez- vous Jonc?»..
| ;M«ne aiteace «I mini* immobilité de Nouille». ) Mais, Monsieur, VOUS ne m'entendez donc pas? (travaille* rreuu, i* regard loujuon fné but nu. ) Grand Dieu!... ce silence... Monsieur, vous m’épouvantez!... Un mot... dites-moi un mot... ( Nouille» ( mu**a u parte, lut
jvU* un dernier regard inlWiiLU et divparait eu terra* ni U porte k double tour.)