‹ La comtesse de Novailles drame en cinq actesChapitre 69 sur 71 · LA COMTESSE, JACQUES · texte numérisé non relu

LA COMTESSE, JACQUES

Jacques!...

Jacques.

Madame, vous m’avez menti.

u comtesse.

Que voulez-vous dire?...

JACQUES

Vôus m’avez menti en me disant que cette lettre devait sauter M. de Givrac, car à cette heure même, M. de Givrac était perdu, et vous le saviez...

LA COMTESSE , avec impiiinta.

Eh! Monsieur!

JACQUES

Ah! vous triomphez, Madame, car le roi voyant dans celle manifestation le témoignage île la haine publique, a signé l'ordre d’exil du premier ministre; mais comme il faut un exemple, M. de Givrac sera fusillé.

Fusillé!...

. JACQUES , vivement.

Ecoutez-moi, Madame, je vicrtsvous proposer un marché, je viens vous dire : Prenez ma liberté, qui est pour vous un danger de toutes les heures, rejetez-moi dans un cachot pour toute ma vie, et je vous jure d'y mourir sans jamais divulguer un mot de notre secret!

LA COMTESSE, itupéfato.

Un pareil sacrifice!

JACQUES

Je le Tais avec joie, si tout me donnez en échange la vie de Gaslon... car sa mort, ce serait la mort d’une jeune fille pour laquelle je verserais tout mon sang!

El que vous importe relie jeune fille?

JACQUES

Madame la comtcx-c, le jour où je courbais si facilement la lèle sous le coup qui me frappait, et (pii venait de vous, j’ignorais que ce même jour, au même instant peut-être, un cnfanl

nouveau-né était emporté loin du château de Saveneusc, et que cet enfant était le mien.

Ah! tons utci... Eh bien! oui... je tous l'ata js caché... Mai* cct enfant cal mort, et longtemps je l'ai pleuré dans ma retraite... Mais, quel rapport?

Jacques.

Ou vous avait trompée. Madame, car cct enfant czUtc... car cct enfant avait été volé!

Volé!... allons donc, c’es< impossible...

JACQUES

C’est impossible!... Si tous eussiez été une vraic-mère. Madame, voila le mot qui eût jailli de votre cœur, le jour où la Duhamel vint vous dire : Votre enfant est mort; car alors, vous eussiez cherché la vérité, sans repos ni trêve; car al«i^, vous eussiez voué votre vie tout entière à l’arracher des mains de l'infime qui l'avait enlevé et qui le tiendrait encore et» son pouvoir, si je n'avais été là, moi... moi, son père! !

Mon enfant existerait!... Etes- vous bien sûr de ce que vous dites là, Jacques?

Sur le salut de mon Ame, Madame, je le jure, c’est la vérité!...

LA COMTESSE, dont lt physionomie , pnuJaiil tout ce temps, a tt primé rémotion la plu» me, A ioit tasse.

Oh ! celte révélation bouleverse tout mon cire. . Une Mlle!... j'ai une fille!. ..'Jacques, où est-elle?

JACQUES

Que vous importe?

U COMTESSE

Ne suis-je fias sa mère?...

JACQUES

Et quels sont vos droits. Madame, où sont vos sacrifices, pour faire valoir un pareil titre?

Jacques, vous avpz tort de me refuser cela... car il me semble... oui, il mp semble que si j’avais là, près de moi, une enfant belle, chaste, pure, nui me prodiguât res caresses eu m'appelant sa mère... sa mère!... oui, il me semble qu’une vie nouvelle s'ouvrirait devant moi.

Jacques.

Impossible!...

Mais quel motif...

JACQUES, froidement.

Je ne le veux pas.

Jacques! on doit être heureux d’embrasser sa fille... Jacques, je veux la voir.

JACQUES

Eh! vous l’avez vue, madame, vous lui avez parlé...

Moi!...

JACQUES

Oui, vous lui ave* parlé et rien en vous n’a tressailli ! Cette grande voix de la nature qui parle si haut dans le nuur des mères, cette voix puissante ne vous a pas dit : C’est elle! vous voyez donc bien que vous n'étes pas une mère!

LA COMTESSE, eherthaiil à te touteoir.

Je l'ai vue... je lui ai parlé... mais où donc? à qui lle époque?

JACQUES

Pas plus tard qu'hier, Madame, et au milieu même de cette cour de Versailles...

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