Secrétaire de l'ambassade du duc de Nivernois à Londres
raît assez bien, et, comme voilà le chaud arrivé, j'imagine qu’elle nous restera quelque temps. M. de Nivernois jusqu’à présent n’a point ici de vapeurs, quoiqu’il ail mal dormi. Pour moi, je dors comme une marmotte, et je suis la preuve du proverbe : « Qui dort dîne, » car je ne mange point et jo me porte à merveille... »
La personne qui est désignée ici sous le nom de la chatte noire la € douce amie » inspire àM“® de Rochefort l’attachement le plus tendre, quoique la situation de cette personne offre un caractère très-équivoque. C’est cette M"*' de Pailly à laquelle les débats judiciaires du marquis de Mirabeau avec sa femme, et ' surtout l’ouvrage si distingué de M. Lucas de Montigny sur Mirabeau ont fait un mauvaise réputation qui n’est point absolument imméritée. Pourtant, il y a là encore un procès à réviser. Sans méconnaître le côté fâcheux de l’influence exercée par M“® de Pailly sur le père de Mirabeau, il faut dire que, quand cette influence devint prépondérante , la plus grande partie du mal qu’on lui attribue était déjà faite.
Le marquis avait pris depuis longtemps en aversion sa femme, contre laquelle il prétendait avoir- les griefs les plus sérieux. L’antipathie était plus grande encore de la part de sa mère, à laquelle il était profondément dévoué, et qui ne pouvait plus supporter sa belle-fille *. Les deux époux se sépa-
1. Il faut dire aussi, en passant, que le frère du marquis, le bailli do Mirabeau, qui parfois se prononce assez vivement contre M”* do Pailly, tout en reconnaissant qu’elle est très-séduisante, parle bien plus durement encore do la femme de son frère. Voici, par exemple, une des phra-
rôrcnt d’abord à l’amiable en janvier 1702. La marquise alla vivre aupiès de sa mûre en Limousin, et, depuis cette époque jusqu’en 1776, où elle se décida à attaquer son mari devant les tribunaux et devant le public par des mémoires très-violents, toute la didlculté entre eux avait porté non pas sur une reprise de la vie commune, dont ils ne se souciaient pas plus l’un que l’autre, mais sur le règlement, de leurs inlérêls respectifs et sur la prétention, à la vérité exorbitante, du marquis de forcer sa femme à vivre ♦ en province et dans un lieu déterminé*.
Les lettres de M*"® de Rochefort au mari écartent pre.sque toujours la femme, pour laquelle elle n’a aucun goût même quand les deux époux vivent encore ensemble*. Lorsqu’une fois ils sont séparés et lorsque commence entre eux ce long débat d’intérêts qui dure quatorze ans avant d’éclater devant le public, IVI"*® de Rochefort et le duc de Nivernois prennent vivement parti pour le mari, et tous deux s’accordent à exprimer
ses qu'il emploie assez souvent pour peindre la marquise de Mirabeau . « Sans avoir aucun des agréments de son sexe, elle en a tous les vices et ceux du nôtre. »
1. Nous dirons ailleurs comment il motivait cette prétention.
2. La mention polie qu'elle feil de la femme au moment de l'emprisonnement du mari en 17(i0, dans la lettre que nous avons dtée page 103 est la seule de ce genre qui se rencontre dans sa corresponpondance. On a pu voir aussi h la page 106 que, si le marquis de Mirabeau veut bien à cotte époque, par convenance, signaler l’extrême sollicitude que la marquise a manifestée à l'occasion de son emprisonnement, il s’exprime à ce sujet avec une froideur un peu sarcastique qui prouve qui! ne croit guère à la sincérité de sa femme.
une égale sympathie pour celle qui a remplacé ou qui doit remplacer la femme. M">® de Rochefort ne connaît M“®dePaillyque depuis février 1761, et en juillet 1762 elle écrit : • J’aime tous les jours davantage ma voisine *, le commerce que j’ai avec elle me développant tous les jours de plus en plus les trésors de son cœur. » Dans cette même année, 1762, le marquis étant parti pour un long voyage dont nous reparlerons tout à l’heure, M*"* de Rochefort lui écrit : * Je ne suis plus en peine de ma voisine, elle est à la campagne, elle jouit de la douceur d’ôtre avec votre digne mère, elles se font du bien réciproquement en pensant à celui que cette idée vous doit faire. » Ainsi, par un renversement des rapports réguliers assez commun au dix-huitième siècle, la vieille et pieuse mère du marquis de Mirabeau, qui ne pouvait pas continuer à vivre sous le même toit que sa belle-fille, s’arrangeait de celle qui lui succédait, et qui venait s’établir auprès d’elle à la campagne pour la consoler de l’absence de son fils.
Dès l’année suivante, l’amitié de M™* de Rochefort pour M®® de Pailly est devenue une vraie passion. Citons seulement ce passage d’une lettre adressée par elle en juillet 1763 de Saint-Maur, où elle est avec le duc de ISivernois, à M®® de Pailly, qui se trouve au Bignon avec le marquis de Mirabeau. « Embrassez le
1. M"' de Pailly habitait à cotte époque le palais du Luxembourg, chez sa sœur, qui y avait aussi un logement.
gros MerloH^ bien tendrement au nom des deux amis de Saint-Maur; ils méritent, je vous assure, les sentiments des deux amis du Bignon ; on pourrait, je crois, parcourir la terre sans trouver quatre personnes aussi véritablement unies. Cette pensée fait tout mon bonheur. »
Ce rapprochement si vif entre les deux amis de Saint-Maur et les deux amis du Bignon est d’autant plus significatif pour ce qui concerne M. de Nivernois et M™* de Rochefort que celle-ci ne peut se faire illusion sur le caractère de la liaison des deux amis du Bignon. Ce n’est pas que, même de la part de ces derniers, il y ait infraction absolue à la règle de convenance établie alors et constatée par Walpole au sujet de la prohibition de tout autre vocabulaire que celui de l’amitié; mais le vocabulaire du marquis de Mirabeau est beaucoup plus transparent que celui de M”® de Rochefort et du duc de Nivernois. Par exemple, s’il arrive à M“® de Pailly de se préoccuper du qu’en dira-l-on et d’abréger son séjour au Bignon, c’est précisément à M“® de Rochefort que le marquis
1 . On se rappelle que c’est le nom du chat de de Rochefort, qui avait été donné au marquis de Mirabeau. Dans ce monde-là, on aime beaucoup les sobriquets : nous avons vu que, chez M*”' de Nivernois, le marquis est qualifié le Léopard, le duc de Nivernois s'appelle je ne sais pourquoi lord Cavendish, oa encore (ce qui est plus clair) le musicien de la rue de Tournon. On nomme aussi parfois M"“' do Rochefort Jtf”' Merlou ; quant à M”“ do Pailly, comme elle était habiluellement vêtue de noir, on la nomme tour à tour la poule noire ou la châtie noire. M°°° de Rochefort la désigne aussi quelquefois sous le nom de la poule blanche.
ET SES AMIS jGl
s’adresse pour la prier d’intervenir, t Frondez un pen la poule noire, écrit-il, sur ses bienséances enfarinées qui lui prohibent la résidence continuée dans une maison dont la maîtresse a quatre-vingts ans et le fils de famille cinquante. * — t Ce sera donc demain, mon cher ami, répond M™® de Rochefort, que j’aurai ma poule blanche; j’en suis en vérité bien aise, toute noire que vous me la faites; j’en serai quitte pour la savonner, etj’aivuque quelquefois cela réussissait. » C’est elle en effet, qui savonne la poule noire quand celle-ci ' a des vapeurs, car elle en a aussi, c’est le mal du siècle, et, quand elle tourmente un peu trop le marquis son serviteur. M'"® de Rochefort pousse même la complaisance jusqu’à intervenir dans les arrangements de M“® de Pailly avec son vieux mari (elle avait un mari plus âgé de quinze ans que le marquis de Mirabeau et qui habitait la Suisse). Ces arrangements ont pour but, dit-elle, d’assurer la liberté de son amie. Le duc de Nivernois de son côté fait obtenir une pension à M™® de Pailly, fille d’un officier des gardes suisses. Dans toute cette correspondance, l’amie du marquis de Mirabeau est présentée comme une belle personne, plus jeune que M“® de Rochefort, douée d’un embonpoint qui dépasse un peu la juste mesure*, mais fort attrayante.
4 . Elle se taoque elle-même de son embonpoint en écrivant du Bignon :
« Ils chantent ici les fontaines, les prés, les buis, les coteaux, les ormeaux, les plaisirs et les grâces. J’en suis une, et des plus élofTécs ; ce n’est pourtant pas faute d’exercice : dès le malin, je cours ; mais c’est que jo mange de si bon appétit, je dors d’un si bon somme, je ris de si bon cœur t »
1G2 LA COMTESSE DE ROCnEFORT
« Ses lettres, dit en parlant d’elle M“® de Rochefort, sont l'image de sa physionomie; elles sont pleines de sentiment et de grâce. » Elles méritent en effet cet éloge. Son ton envers la dame du Luxembourg est celui d’une amie très-enthousiaste et très-reconnaissante, avec une nuance de respect qui tient à la différence des âges et de la condition sociale. Quoique jypne (Je Pailly soit bien née, comme on disait alors, elle n’appartient point, comme de Rochefort, à une grande famille; elle est donc caressante avec déférence, très-aimable et très-habile.
Nous essayerons plus tard, dans un autre ouvrage, de peindre au complet cette femme peu connue que Mirabeau aimait à rendre responsable de toutes les fautes de sa vie et qui a inspiré à son père un attachement aussi profond que durable, car elle a été le principal objet de ses affections pendant près de trente ans et jusqu’à son dernier jour. M“® de Pailly trouvera naturellement sa place en regard de la marquise de Mirabeau dans le tableau exact des discordes intestines d’une des familles les plus orageuses du dix-buitième siècle. Elle ne peut figurer qu’accessoirement dans une étude consacrée surtout à M"*® de Rochefort; nous donnerons cependant ici quelques-unes de ses lettres, ne serait-ce que pour motiver les sentiments de sympathie qu’elle inspire non-seulement aux deux amis de Saint-Maur, mais à toute la société du Luxembourg, où nous la voyons figurer avec distinction pendant plus de dix ans. Dès qu’elle apparaît dans la corre.^-
ET SES AMIS 1G3
pondance qui nous occiipe, elle y prend une grande place, il semble même que l’ascendant qu’elle a conquis si rapidement sur l’amie du duc de Nivernois tourne au profit du marquis de Mirabeau, car les lettres de M“«de Rocbefort à celui-ci, déjà très-affectueuses, le deviennent de plus en plus en même temps, qu’elles deviennent plus fréquentes. En voici plusieurs où il est souvent question de M”® de Pailly et qui sont antérieures de deux ans a celle du 13 juillet l/()i que nous venons de citer.
La première exige une explication. Nous avons dit que la marquise de Mirabeau avait quitté son mari en janvier 1762 pour aller s’établir en Limousin auprès de sa mère. Cinq mois après son départ, le marquis résolut de se rendre de son côté en Limousin pour essayer d’obtenir de sa femme et de sa belle-mère un arrangement qui le mît à l’abri d’une demande en séparation de corps et de biens dont l’effet devait être aussi fatal à la marquise qu’à lui, car, à la suite de circonstances que nous expliquerons ailleurs, l’extravagance de la femme, combinée avec les fausses mesures du mari, eut pour résultat de les ruiner tous les deux. Avant de partir pour ce long voyage (le séjour en Limousin devant être précédé d’un séjour en Provence), le marquis a fait de grandes confidences à M“® de Rocbefort, il lui a confié tous ses griefs contre sa femme, les difficultés violentes qui l’attendent dans l’exécution de son projet d’arrangement, et tes chances de ruine pour lui et pour sa famille attachées
à une séparation do Liens. Il lui a confié aussi sa tendre et profonde sollicitude pourM™®de Pailly, qui aspire comme lui à se démarier décemment et dont la tranquillité dépend du succès de cette demande de pension dont nous avons déjà parlé. Il est problable quo de Pailly, de son côté, a su émouvoir l’excellent cœur et exciter l’imagination un peu romanesque de M®® de Rochefort; aussi voit-on celle-ci, dès le lendemain du départ du marquis de Mirabeau, commencer avec lui un commerce de lettres qui dure pendant tout ce voyage en Provence et en Limousin et qui a pour but d’encourager et de consoler le voyageur. On voit aussi que le duc de Nivernois est de moitié dans tous les sentiments et dans toutes les intentions de son amie. La situation étant éclaircie, nous pouvons maintenant citer la lettre de M®® de Rochefort.
La comtesse de Rochefort au marquis de Mirabeau.
« Paris, 30 mai 1762.
» Le dépôt est dans mon cœur et dans ma tête, mon trèscher ami. Je vous remercie de toute mon âme de m’avoir ouvert la vôtre entièrement; car c’est un fardeau dont votre confiance on moi vous a soulagé, et, par conséquent, c’est une consolation que vous m’avez laissée en parlant. Je quille notre amie, car je la compte .à moi aussi; nous avons fait une longue promenade aussi douce qu’elle pouvait l’être aujourd’hui. Je veux me flatter que je ne lui serai pas tout à fait inutile pendant votre grande absence; quant à son avenir, elle a trop de mérite pour que nous no soyons pas etj droit d'espérer qu’il ne sera pas aussi malheureux que vous le craignez. C’est là le cas de conserver votre confiance en
IC'i
la Proviilence. Quant à vous, il faut vous aider de louies les ressources de votre courage. Vous êtes trop aimé pour n’avoir pas un soiu singulier do votre personne, sinon nous trouverions en vous un ingrat. M. de Nivernois, qui est venu à notre protnenade, est, je vousassuie, tendrement occupé do vous.. Quandjeseraià Saint-Maur, je m’entretiendrai aulong avec vous, mon cher et très-cher ami. J’ai avant mon départ un million do petites choses à faire; mais, avant do changer d’air, j’ai voulu me donner la satisfaction de vous écrire ce petit mot que vous trouverez à Moulins plus sûrement. J'espère qu’il contribueraà votre tranquillité. Je vous embrasse de tout mon cœur pour moi et la société intime dispersée, et par conséquent malheureuse dans ce moment. *
Après celte lettre, madame de Rochefort a été malade et cette circonstance, très-fréquente dans sa vie, explique le début de la lettre qui suit:
La même au même.
O Saint-Maur, 8 juin Î762.
» J’ai trouvé, mon cher ami, qu’une lettre écrite par Théodore ‘ ne valait pas le port ; je n’ai pas la même idée de mon précieux griffonnage. Je suis persuadée que vous serez bien aise de le lire, môme avec peine, parce que vous en conclurez que je suis plus forte. En effet, je commence à me relever de l’abattement où m’avait laissée ma dernièro aventure, et, comme je n’ai pas eu d’autre accident, je suis fort contente. Je persiste toujours dans mon régime pythagoricien, et, quoique fille d’Éve, j’assiste tous les jours à un très-grand et très-bon dîner sans être tentée de toucher au fruit défendu.
» Le grand Gatti a déjà fait son entrée à Saint-Maur avec la pompe convenable ; c’était M“» de Walteville première prin-
1. Le valet do chambre de M“* de Rochefort qui écrivait sous sa dictée quaud elle était malade.
IGG LA COMTESSE DE nOCDEFOnT
cesse (lu sang qui le conduisait Dorcinavant, il viendra plus simplement, et cependant très-décemment, sur son petit cheval moyennant des guêtres que nous avons substitinics â ses bottes fortes. M"“= de Pontcliarirain l’a comblé d honnêtetés. Sa santé est infiniment meilleure qu’à Paris ; dès le premier jour, elle a eu bon visage. Voilà ce que c’est que le contentement do l’ame. Cette réflexion m’a fait trembler pour vous, mon cher ami, Je vous vois avec un visage allongé des joues aplaties, des yeux de moitié plus grands et fixes. Au nom de Dieu, quittez cette physionomie qui me fait peur, rappelez-vous tout ce que vos amis vous ont dit et occupezvous de ce qu’ils pensent et sentent pour vous. Ils vous aideront de toute leur puissance dans toutes vos peines. Mme lie paiily vous a mandé des choses qui vous auront été ti’ès-douces. Elle est fort contente de M. de Nivernois, il est certain qu’il n’a pas perdu un moment de temps pour lui rendre service. Comme elle me mande qu’elle vous avait fait tous les détails à ce sujet, je no vous les répéterai pas, je vous dirai seulement, parce que peut-être elle l’ignore, que mon ami M. d’Enlragues est envoyé en Suisse *. Je crois qu’il partira dans le mois prochain. M. do Nivernois aura une conversation avec lui avant son départ pour qu’il nous seconde dans nos desseins, et, moi, je lui écrirai pour échauffer encore son zèle de la manière que vous pouvez l’imaginer. Nous sommes dans un commerce très-vif, ma
4. Gatli était un médecin italien fort original qui avait beaucoup contribué n faire triompher en Franco la pratique de l’inocululion. Il élail très à la mode et on le voit souvent figurer dans les correspondances célèbres du dix-huitième siècle, notamment dans celle de do Choiscul et de M““ du Deffand. C’est le marquis de Mirabeau, avec qui il élail fort lié qui l'avait fait connaître à M”' de Rochefort et par suite aux Nivernois et aux Pontcliarirain. M'”° do Wallevillo était la fille aînée do M'““ de Pontchartrain et la sœur de M'"” do Nivernois.
2. Comme ministre plénipotentiaire et par conséquent do manière à pouvoir servir utilement M™” do Paiily, dont la demande de pension basée sur les droits do son père, officier des gardes suisses, exigeait, à eo qu’il paraît, l'intervention du gouvernement belvétiquo.
voisine et moi. Ses lettres sont l’image de sa physionomie, elles sont pleines de sentiment et de grâce. Comme les lettres décèlent les qualités, vous pourrez apercevoir dans celle-ci combien j’ai la main tremblante. Mais ne vous fâchez pas, mon cher ami, vous me ferez si bien reprendre I habitude d’écrire, que ma main se rafTermira ou que vous acquerrez la science du déchiffrage. .M. de Nivernois et moi, ’ nous vous embrassons de tout notre cœur. »
La même au même.
Saint-Maur, 9 juillet 17(52.
» Votre lettre du 30 juin n’est pas si belle que la précédente, mon cher ami, c’est-à-direelle n’est pas si bonne, ce qui est la souveraine beauté pour moi, et je trouve très-mauvais que vous soyez si mal à votre aise assis ou à cheval. (Juelle ressource aurez-vous donc pour dissiper votre pauvre tète, puisque l’occupation et l’exercice vous sont également nuisibles? Je voudrais que vous fissiez au docteur Gatti un détail exact de tout ce que vous éprouvez et sentez afin qu il vous donne des conseils nouveaux ; il n'est pas, comme vous savez, de ceux qui ne conviennent pas de leurs erreurs, et il peut être capable de les réparer. Enfin ce n’est point sur l’article de votre santé qu’il faut raidir votre courage; je veux sur ce point que vous employiez tous les moyens doux. Gardez votre fermeté pour votre expédition de l’automne’, et songez qu’il faut, pour que votre âme jouisse alors de toute sa vigueur, que votre corps ne soit pas usé et exténué, ce qui arriverait infailliblement si vous n’employiez jusque-là contre la douleur qu’une forte résistance; il faut quelque- , fois savoir y céder ; l’important est de ne s’en pas laisser affecter; je vous dis tout cela d'après mes petites expériences; on ne peut parler que comme pour soi et d’après soi à un ami tendre et précieux. Au reste, j’ai tout plein de choses
.1. C’est-h-dire le voyage ea Limousin qui doit suivre le voyage de Provence.
KiS LA COMTESSE DE ROCHEFORT
consolantes à vous dire iiour alimenter ce sentiment doux do l’amitié que vous connaissez si bien.
» J’ai été hier trois bonnes heures tête à tête avec ma voisine * au milieu do tout ce qui reste d’habitants à Paris et aux environs, c’est-à-dire au bal de Vincennes *, La bonne jime (le Pontchartr.ain y était venue avec confiance, comptant sur une loge qui nous manqua tout net. Ce fut M™* de Pailly qui nous recueillit. L’iustinct bienfaisant et heureux qui l’anime lui avait fait garder à tout hasard deux places que nous occupâmes et qui nous sauvèrent de mourir do fatigue. J’étais encore faible, quoique mon dernier accident eût été moins fort que le précédent. C’était ma première sortie. L’idée de ce que jo devais trouver m’avait donné le couragî de m’embarquer. J’en fus récompensée et, d’autant mieux que j’avais eu une inquiétude courte mais vivo sur notro amie pour un accès do fièvre assez vif qu’elle avait eu. Le docteur (Gatti) m’avait bien assuré que c’était tant mieux, mais pour ces tant mieux-là il faut les voir pour les croire, et jo l’ai vu. En effet, j’ai trouvé un visage très-bon et très-gai; Nous avons beaucoup parlé de tous les sujets qui l’intéressent, anciens et nouveaux, et puis je viens d’en reparler avec M. de Nivernois. Nous aviserons toujours ensemble à tous les moyens de lui être utiles. Comptez bien fort là-dessus et soyez entièrement tranquille à cet égard. Votre chapitre a été touché aussi, hors votre santé dont je n’ai point parlé, suivant vos ordres. Je n’ai pas besoin de vous répéter que vous avez de bons amis, vous le savez bien; il faut donc vivre pour eux et bien vivre, car je n’appelle pas vivre languir. Je le sais si bien, que je m’applique aussi à revivre tout à fait. Je n’ai jamais été heureuse, je ne le serai pi’iil-élrc jamais, mais, j’ai eu et j’aurai toujours de dignes objets d’alïeclion. Avec cela, on doit estimer et conserver ta