‹ La comtesse de Rochefort et ses amisChapitre 16 sur 47 · Toujours M“* de Pailly · texte numérisé non relu

Toujours M“* de Pailly

VOUS dans mes effusions de la plus vive et de la plus tendre reconnaissance, il n’est pas besoin de le nommer, on ferait une belle énigme des qualités morales dont son nom serait

10 mot, comme son nom serait le texte d’un beau traité sur les vertus. (Après avoir parlé ici assez longuement do la santé du duc do Nivernois, M™* de Pailly passe au marquis de Mirabeau en disant...) Mais qui est-ce qui est assez heureux pour pouvoir tourner sa vie d’une manière qui lui convienne en tout point? ce n’esi pas notre ami Merlou, au moins. Malgré toute la volonté qu’il y met, il ne peut pas se défendre d’être atteint par les peines dont on l’accable * ;

11 a beau les repousser, l’impression se fait toujours, et le mal demeure. Il étouffe depuis deux jours et les lettres d’hier au soir n’ont pas dégagé sa respiration. S’il était livré à luimême, il y a longtemps que sa malheureuse famille l’aurait perdu. Vous verrez par sa lettre où il en est. Je trouverais bien heureux, s’il était obligé d’aller à Paris, que son voyage se combine avec le vôtre. Pour votre tendre amie, madame la comtesse, vous savez bien de quel côté son affection la porterait. Sa conduite sera matière à conseil quand le temps sera venu. Mon fils aîné * se porte à merveille ici, il s’y plaît beaucoup et il y est très-aimable. Ce que vous me dites de mon jeune amant ‘ m’a tranquillisée. J’avais un peu d’in-

1. C’est-à-dire par les menaces de procès que lui fait sa femme.

2. M°” de Pailly n'a point d'enfants ; c'est tout simplement son père qu'elle appelle son Sis aîné, parce qu'elle le gouverne, et c'est de lui que M"” de Rochefort demandait des nouvelles dans sa lettre du 4 Juillet en l’appelant « voire vieux enfant »,

3. Lo jeune amant, c’est lo président Hénault, alors âgé do soixantedix-huit ans, et dont la passion déclarée pour M"" do Pailly est un texte inépuisable do plaisanteries entre elle et madame de Rochefort. Voici le passage qui lo concerne, et auquel répond M™ do Pailly. « Nous avons eu hier, lui avait écrit madame do Rochefort, votre jeune amant j’ai été ravie de le trouver un pou moins assoupi; aussi l’avons-nous bien uiverli. Nous avions les Montazet, et nous lui avons donné grande musique. Vous croyez bien qu’il n’a pas négligé la sienne, dont il donnait en héros d’une manière si comique, qu’il nous a fait mourir d»

quiétude que quelque catarrhe ne l’eût étouffé, n’en ayant point eu de nouvelles, quoique nous nous fussions juré tendrement de nous écrire. Il est vrai que c’était à moi à commencer, aussi lui ai-je écrit un mot hier. »

La comtesse de Roche fort à 3 /’“* de Pailly.

« Saiat-Maur, 19 juillet 1763.

» J’ai reçu hier, mon cher cœur, répond M"'« de Rochefort, votre lettre du 14, et je n’ai point reçu celle que vous me dites que notre ami avait écrite la veille, ce qui m’a d’abord donné de l’inquiétude, et puis j’ai pensé que cette lettre écrite à Saint-Maur était apparemment pour M. de Nivernois, qui est allé hier matin à Paris. Si notre ami avait besoin de conseil, il l'a fort bien adressée... Après cela, je vous dirai de mon chef qu’il est très-bon de s’occuper de ses tristes affaires pour y remédier, mais très-sot d’en étouffer. Il me paraît insensé et bien faible de se tuer pour des ennemis, au lieu de vivre pour ses amis, surtout quand on est au milieu des derniers; cela est impardonnable. En présence des objets de notre déplaisance, je conçois qu’on étouffe de colère ; mais, comme nous ne devons jamais nous retrouver à pareille fête, que c’est à cela que tend toute notre industrie, il faut savoir appuyer son âme sur toutes ses ressources et jouir de tous les avantages de la vie actuelle. Je vous prie donc très-fort, ma douce amie, de peigner à la turque mon gros Merlou, s’il ne retrouve pas la liberté de sa respiration. Nous avons ici un temps très-pareil à celui du Bignon et cependant cela ne m’empêche pas de me promener tous les jours, et il y en a môme où je me fatigue et où je n’ai pas la respiration libre, car qui est-ce qui respire toujours librement? J’ai donc quelquefois des moments qui me

rire ('), et parla il a fait grand bien à M. de Nivernois, qui avait passé la plus mauvaise nuit du monde, car scs nerfs ne se rassurent point. »

(*) Ceci veut dire sans doute que, quoique moins assoupi qu’à l’ordinaire, la vieux président avait encore des accès d’un sommeil irès-bruyant.

portent à la langueur et môme à la tristesse ; jo ne m’en plains point, mais pourtant cette disposition n’est pas toujours bonne vis-à-vis d’un homme vaporeux. Il (M. de Nivernois) a été mieux depuis que jevous ai écrit: mais, hier matin, il n’était pas bien, et cependant il fallait aller dîner à Paris. Heureusement, le soir, il comptait aller à Pontchartrain, d’où il compte revenir demain. J’espère que cette course lui aura fait du bien. La diversion est une très-bonne chose pour les nerfs; aussi avais-je fort opiné pour ce voyage... Notre château sera bien brillant la semaine prochaine. Tous les .Maurepas seront ici et toute la famille réunie. Actuellement, nous sommes dans la solitude absolue, ce que je trouve fort doux, surtout parce que cela me donne le temps de causer avec ma douce amie. »

Tandis que M“® de Pailly force un peu le tableau des angoisses de son ami, celui-ci qui ne veut pourtant pas qu'on s’exagère la crainte que lui inspire sa bellemère envoie à M”® de Rochefort un récit joyeux des passe-temps du Bignon, et c’est à ce récit que répond la lettre suivante ;

La comtesse de Rochefort au marquis de Mirabeau.

« Saint-Maur, 25 juillet 1763.

» Je ne me tiens pas quitte pour le petit chiffon que je vous ai écrit à la hâte, mon cher ami; ce serait bien mal répondre à votre générosité, car, à la douce vie que vous menez au Bignon, je ne trouve rien de si généreux à vous que de me donner de votre temps. Comptez qu’il n’a pas été perdu par le plaisir que m’a fait l’histoire de votre vie. Je disais à M. de Nivernois : « Notre bon Mirabeau est heureux aujourd’hui ou plutôt il le serait sans la crainte du lendemain ; » à quoi il m’a répondu que le lendemain était à présent dans votre puissance. Voilà ce qu’a dit l’oracle, relencz-le bien et conduisez-vous en conséquence,

* Vous ne me parlez pas de deux points très-intdressants dans votre grande lettre. L’un, quel parti vous tirez de monsieur votre fiis, et l’autre si vous avez fait venir votre fille auprès de vous. Je ne le présume pas, parce que nous avions été pleins de cet objet, et par conséquent vous m’en eussiez parlé. J’ai une inquiétude pour la petite comtesse de Mirabeau (la belle-sœur du marquis), c’est que vous ne la perdiez un jour dans les bois, comme il nous est arrivé ici de perdre Mme Thisbé. Si j’avais votre talent pour les récits, je vous ferais venir la chair de poule en vous racontant cette aventure qui a fini très-heureusement par une recherche aux flambeaux où toute la maison était, M. de Nivernois et M. Roujault à la tête. Vous auriez cru voir un acte de l’opéra do Proserpine. C’est à la voix de M. Roujault, qui, comme un autre Pyrame, faisait retentir les bois du nom de Thisbé, qu’elle estaccouruo, circonstance bien touchante et dont tous les cœurs ont été pénétrés. Je voudrais que vous eussiez été témoin de cet événement, parce que désormais vous admireriez la modération de ma passion pour l’incomparable Merlou. Adieu, mon bien cher ami; embrassez pour moi la chatte noire et mes hommages à tout ce qui vous appartient et que vous aimez. »

On vient de voir M”® de Rochefort s’informer du fils de son ami. Il s’agit précisément de celui qui prononcera un jour l’apostrophe à M. de Brezé ; il a quatorze ans à cette époque, et c’est M"*® de Pailly qui répond la première à la question qui le concerne. * Notre ami, écrit-elle, vous rendra compte lui-méme de son fils sur le fond duquel on ne doit pourtant pas s’alarmer. Je crois que le pis qu’on puisse en attendre, ce sera de le voir un homme fort désagréable. Il pourra môme plaire à un ordre de gens assez abondant dans le monde, et l’éducation qu’il a reçue ne sera pas toute perdue. » Le pronostic n’est pas empreint d’une

grande bienveillance, mais il n’est pas non plus aussi hostile qu’on aurait pu se l’imaginer. Il semble même que le père est disposé en ce moment à défendre son fils comme M™® de Pailly contre ceux qui le j ugeraient trop sévèrement, car il exprime à sa manière à peu près la même idée qu’elle, en écrivant de son côté à madame de Rochefort : * Quant à mon fils, c’est une chenille, mais je ne lui crois le fond ni des vices complets qu’on lui attribue, ni des vertus d’insertion qu’on voudrait mettre à la place. »

Le voyage de M™® de Vassan à Paris en 1763 et ses conférences avec son gendre ne produisirent aucun résultat. M™® de Rochefort paraît si convaincue que tous les torts sont du côté de la femme du marquis, qu’elle exprime l’idée que celui-ci pourra s’entendre avec sa belle-mère. * Je ne saurais m’empêcher de croire, écrit-elle le 8 août 1763 à M“*'de Pailly, qu’il n’a de véritable croix que sa femme, dont il a beau jeu pour se débarrasser, et je ne saurais même imaginer que, tenant sa belle-mère à Paris, il ne puisse pas lui faire entendre raison et l’engager à faire pour l’avenir tous les arrangements justes et convenables pour sa famille. I

La correspondance de l’année 1764 s’ouvre par un de ces billets lestement tournés comme sait les écrire M”® de Rochefort et qui est adressé à M“® de Pailly, laquelle vient de partir pour le Bignon avec le marquis de Mirabeau, tandis que son amie se prépare à partir pour Saint-iUaur. Nous donnerons encore

quelques lettres de ces deux dames, notamment une assez longue lettre de M™® de Pailly qui raconte trèsagréablement, ce nous semble, une prise de voile à laquelle elle a assisté à Montargis. Ces sortes de tableaux sont généralement peints en noir au dix-huitième siècle, d’après la Religieuse de Diderot, et il nous paraît assez curieux d’en rencontrer un présenté en beau par uno protestante qui se trouve mêlée par hasard à la cérémonie, •

La comtesse de Roche fort à il/“® de Pailly,

« Paris, 25 mai 1764.

» Il me semble que je suis toute déplumée depuis que je n’ai plus ma poule noire, et le retour de toute la santé et de toutes les grâces du chevalier Merlou ne me console point de n’avoir plus l’aîné du nom. Mon mercredi m’a paru si triste, que je raye mon dimanche ; je vais demain au soir à Versailles, après demain au soir à Pontcharlrain, d’où je reviendrai mardi à Paris pour y passer seulement encore un pauvre mercredi, et le jeudi je vais me nicher à Saint-Maur. Notre duc se porte beaucoup mieux, M“® de Nivernois revient aussi tout doucement. M. de Nivernois me succédera à Pontchartrain ; il compte y aller jeudi, jour que je pars pour Saint-Maur. La bonne mère (Mm® de Pontchartrain) n’aura que moi pour ressource dans le commencement de sa campagne. Il fait un furieux chaud à Paris, et, par conséquent, il fait bien meilleur en plein air. Je compte que ce beau temps-là, les bains et l’exercice achèveront de vous guérir de toutes vos misères. J’attends des nouvelles de ce Bignon avec bien de l’impatience. Faites ma cour à mesdames de Mirabeau; embrassez le marquis Merlou, et aimez-moi, ma douce amie, comme vous savez aimer et comme je vous aime.

M. de Tingry est capitaine des gardes, et M. d’IIarcourl

est gouverneur do Normandie. II y a sur ce gouvernement deux pensions, une de 9,000 livres pour M™ de Cha'.eaurenoux, et une de 6,000 pour un Montmorency-Laval. »

j)/mo dg Pailly à la comtesse de Rochefort.

« Du Bignon, !«' juin 1764.

» J’ai un véritable plaisir, madame la comtesse, do vous savoir à Saint-Maur. J’étais tourmentée d’un petit vilain sentiment d’envie sur tous ceux qui vous voyaient à Paris, car je ne puis céder à personne l’avantage de mériter mieux que moi le bonheur de vous voir, sans en excepter le chevalier Merlou.

» Vous aurez trouvé à Saint-Maur le temps beaucoup trop corrigé, s’il a changé comme ici. Voilà deux ou trois nuits qu’il gèle blanc dans les bois, ce qui nous chagrine beaucoup à cause de nos avoines et de nos luzernes.

» J’espère au retour de la chaleur jouir d’un petit bain charmant qu’on m’a arrangé dans une grande[rivière de trois pieds de large qui coule dans un taillis couvert do rossignols, entre un bois et une prairie. On a fait un escalier de gazon pour y descendre et des bancs de chaque côté pour la compagnie, et des petits réduits pour faire sa toilette en liberté; les feuillages couvrent tout ce petit coin sans empêcher de voir la campagne au travers. La première fois qu’on me mena voir celte merveille, elle me fit tant de plaisir, que je me déchaussai sur-le-champ, et, me tenant assise sur une marche qui ne me donnait de l'eau que jusqu’à mi-jambe, je m’y lins un bon quart d’heure et m’en trouvai fort bien. Nous varions nos amusements champêtres tant que nous pouvons. Dans nos promenades, nous élaguons nos arbres. Nous avons fait de fort bon beurre déjà et nous ferons incessamment du fromage à la crème. Nous sommes libres les matinées. Après dîner, nous faisons le piquet de la digne maman. Le soir, on la promène en cabriolet quand le temps le permet. Nous ne nous rejoignons que pour souper, nos après-souper sont courtes et nos journées très-douces. La

petite comtesse a cela d’excellent, c’est que plus on vit avec elle plus on s’y intéresse. J'ai lieu de croire, souvent que son froid extérieur n’est que de la sensibilité concentrée. Elle a certainement beaucoup de délicatesse dans le coeur et de courage dans l’esprit, et personne ne gagne autant qu’elle à être connue. Pour la respectable maman, rien ne manquerait à son contentement si nous étions aussi soumises qu’elle aux décisions de l'Église, et si nous allions un peu à confesse. Nous écoutons ses exhortations avec respect et nous évitons scrupuleusement la controverse *. Je ne vous dis rien de votre .gros Merlou, il se porte bien. Il fait du sultan avec nous tant qu’il peut, parce que nous sommes douces ; quand nous en serons lasses nous l'enverrons en Limousin pour le corriger *. Il me semble madame la comtesse, que je cause avec vous dans votre cabinet, et je ne peux pas m’en aller. Il me semble que c’est mon droit de remplir vos moments perdus par toutes les balivernes qui me passent dans l’esprit. Nous avons fait pourtant des lettres politiques sur les nouvelles que vous avez eu la bonté de me mander. Je me recommande à vous pour cette sorte de pâture. Voulez-vous bien m’entretenir dans le souvenir de tous vos amis. Si j’étais sûre que le président’(IIénault) fût encore à Paris, je lui écrirais. Je voudrais être en correspondance avec tous ceux que vous voyez souvent pour qu’ils vous parlassent de moi ; voilà mon premier intérêt. Adieu, madame la comtesse, il faut toujours que je vous embrasse et que je vous répète que ma tendresse pour vous réunit tous les sentiments dont je sufs susceptible. »

La comtesse de Rochefort à de Pailly.

a Saint-Maur, 7 juin 1764.

» C’est à Saint-Maur que j’ai reçu votre dernière lettre, mon cher cœur, j’y suis de jeudi. J’y ai trouvé les bons maîtres en

1. La comtesse de Mirabeau appartenait comme M"* de Pailly à la communion protestante.

2. Pour apprécier ce trait, le lecteur ne doit pas oublier que le marquis et sa femme se détestent et que la femme est en Limousin.

bonne disposition malgré lo vent du nord. Enfin la pluie est arrivée et nous nous en réjouissons comme d’un dégel. Je trouve que les plaisirs de notre été ressemblent à ceux de la vieillesse, parce qu’il lui ressemble lui-inéme beaucoup. Cependant, nous menons une vie très-douce, car, dans toutes les saisons de l’année et do la vie, on est toujours bien avec de bonnes gens qu’on aime. M. de Nivernois, qui était venu ainsi que moi, est reparti hier matin; il nous reviendra demain, et il s’amusera, car M. le prince de Condé chassera demain. de la Ferté-Imhault est ici. Voilà tout ce que nous avons à demeure; le reste est passe volant... Ne manquez pas de vous baigner si le chaud vient et, enfin il viendra. La description de vos bains me fait mourir do rire, et puis, qu’on dise que mon gros J/cWom n’est pas galant!... Je me porte très-bien à présent et je reprends mes forces chaque jour. Je n’ai pas plus entendu parler que vous de Gatti. On dit qu’il a reçu, en partant pour son voyage, le nécessaire le plus galant, même le plus magnifique et garni de bons luis. Cela me console d’un livre qui paraît contre lui. M. de Nivernois doit me l’apporter; s’il en vaut la peine, je vous en rendrai compte. Je viens encore d’en recevoir un du pauvre docteur La Case ; cette fois-ci, j’en ai été bien aise parce que j’ai dit: « Le pauvre homme n’est point changé, ni son livre » non plus, car c’est toujours la même chose. » Adieu, ma douce amie; adieu, mon fils aîné. Je vous embrasse mes enfants, et vous aime en vérité de tout mon cœur. »

il/™® de Pailly à la comtesse de Rochefort.

« Du Bignon, 3 août 1764.

» Ce ne sera pas le 10, madame la comtesse, que j’aurai la satisfaction de vous embrasser, ce ne sera que le 12 ; mais, comme c’est un dimanche, je suis sûre de vous trouver en arrivant et de ne vous quitter que pour vous laisser dormir, avec l’espérance d’étre le lendemain à votre réveil. J’aimerais bien cet emploi de mes journées pour toute ma vie.

» Je laisserai les maîtres d’ici bien seuls. Il ne nous reste

de notre grande compagnie qu’un chevalier de Malte qui partira aussi la semaine prochaine; nos jeunes gens sont partis hier, et nous ont laissé des regrets autant l’un que l’autre Le mari a acquis l’amitié et la confiance du papa et de la bonne maman au dernier point. Il méritera l’une et l’autre de tous ceux qui le connaîtront par toutes les qualités essentielles qu il a . je ne connais point de sort plus heureux à tous égards que celui de cette petite femme.

» Nous avons ramené la petite éveillée* an couvent, où j’ai passé deux jours avec plaisir, mais dans des occupations que vous ne devineriez jamais. Nous avions fixé notre voyage sur une invitation que la comtesse » avait reçue d’assister à la prise d'habit de la sœur du gouverneur de Montargis, qui devait se faire avec beaucoup d’apparat. Nous y arrivâmes donc la veille. On nous conta l’bistoire touchante de cette fille qui s’arrachait des bras de la plus tendre et de la plus digne mère pour suivre une vocation qui était combattue par tout* ce que l’amour maternel avait pu suggérer. La situation de cette mère me fit mal, et, quand je la vis le lendemain, sa profonde douleur me déchira le cœur. Elle ne put soutenir de voir 1 habillement do sa fille, ni consentir à paraître à l’Église à celte cérémonie. Elle s’enferma dans un cabinet où on la laissa en liberté. Nous nous en fûmes toutes au chœur, où les dames religieuses nous firent la grande politesse de nous placer, la comtesse et moi, dans des stalles auprès d’elles. Nous n’imaginions pas les suites de cette honnêteté, mais nous étions toutes disposées à faire ce que la bienséance exigerait de nous. Je lus pendant tout le commencement du service les devoirs du chrétien. A je ne sais quel endroit, on nous apporta à chacune un grand cierge allumé que nous prîmes respectueusement, et nous nous trouvâmes, je ne sais comment, toutes les deux directement

1. 11 s agit ici de la seconde fille du marquis de Mirabeau récemment mariée, et de son jeune époux, le marquis du .Saillant.

2. La troisième fille du marquis de MirabeaU; depuis marquise da Cabris.

Page 1