‹ La comtesse de Rochefort et ses amisChapitre 17 sur 47 · La belle-sœur du marquis · texte numérisé non relu

La belle-sœur du marquis

derrière la croix, à la tôle d’une procession que fait tout le chapitre autour du cloître pour se rendre sous la porte, et y recevoir la nouvelle novice. Mon cierge s’éteignit en chemin, j’en fus un peu déconcertée, croyant que c'était un affront qui m’arrivait, mais je fus rassurée voyant que les autres l'étaient aussi. Nous les rallumâmes tous à la première occasion et je fus tranquille. Nous eûmes notre part d’un beau compliment de la novice, nous admirâmes la sage réponse de la prieure et ramenâmes notre nouvelle sœur avec des chants de triomphe au milieu du chœur. Nous rendîmes nos cierges quand il en fut temps, et entendîmes un excellent sermon où nous eûmes un petit paquet, la comtesse et moi, parce que cette espiègle de Remigny nous avait recommandées au prédicateur*. Après cela vint le déshabillé. Vous savez toutes ces cérémonies; il y eut un moment admirable, ce fut celui ,oü celte jeune fille vint, en habit blanc, les cheveux épars, se jeter aux pieds de la prieure à coté de laquelle j’étais. L’air de joie était dans ses yeux, avec une modestie charmante dans tout son maintien. Elle riait en voyant couper ses beaux cheveux et reçut le voile blanc avec un grand plaisir. J’appris comment on monte un bonnet de religieuse, et j’espère bien, si l’occasion s’en présente, que votre gros Merlou me vantera à vous pour ce talent-là. La cérémonie faite, nous fûmes embrassées comme les religieuses et sortîmes toutes pour aller aussi embrasser celte pauvre mère, qu’on ne trouva point. Elle ne parut que pour faire les honneurs d’un dîner terrible qui nous tint quatre heures à table. Il y avait quatre-vingts personnes, tant au réfectoire que dans les parloirs Le bruit qu’on y faisait ressemblait à celui du bal de l’Opéra. A cela près, je fus très-contente de ma journée. Il faut que vous sachiez que cette mère m’avait tellement serré le cœur, que, pendant toute la cérémonie, je fus dans un état d’attendrissement qui m’empêcha de m’aviser du plaisant rôle que je faisais, dont tout le monde a beaucoup ri ici. Voilà mon histoire de Montargis.

1. M"" de Remigny, une des religieuses du couvent de Montargis. U faut se souvenir que les deux dames sont protestantes.

«Notre bonne maman ‘conlinueà être très-faible, ne se soutenant point sur ses jambes, ce qui inquiète fort notre ami. La petite comtesse est mieux et le gros Merlou engraisse. Je ne vous parle pas de ma santé dont vous jugerez vous-même. Je compte me présenter devant vous avec confiance, et peutêtre regretterai-je de n’êlre point grondée, car c’est dans le moment où vous vouliez en faire semblant que je voyais le mieux votre amitié et vos bontés pour moi... Je vais donc sur nouveaux frais tâcher de mériter et de recueillir votre tendresse. Je vous porte toujours des titres puissants sur votre cœur, c’est l’attachement le plus tendre et le plus profond pour vous et pour ceux qui vous aiment. »

' A l’année 1763, nous emprunterons seulement deux billets qui ont leur signification pour l’étude des convenances sociales au dix-huitième siècle et qui s’expliquent par d’autres lettres que nous résumerons sans les citer. Le duc de Nivernois etM“*°de Rochefort avaient invité le marquis de Mirabeau à venir dîner à Sainl- Maur chez M”® de Pontchartrain avec sa belle-sœur et son amie; mais il paraîtqueM'"® de Ponlchartrain, plus sévère que M“® de Rochefort sur les amitiés du temps ou du moins sur celles qu’elle n’avait pas adoptées, préférait recevoir les deux amis séparément et ne s’était associée à l’invitation faite par songendre qu’avec une froideur qui avait déterminé M"*® de Pailly à la refuser en prétextant une indisposition. M™® de Rochefort ayant insisté auprès d’elle pour qu’elle vînt seule un autre jour, elle a proposé de venir avec une autre dame, mais elle veut être sûre d’être bien reçue; de là le billet par lequel M™® de Rochefort lui répond :

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