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Le chevalier de Mirabeau, frère du marquis

2. Le cardinal de Demis était, en oITet, dans les rapports souvent troubles de la cour soit avec le clergé, soit avec le parlement, l’intermédiaire le plus apprécié par ces deu.x corps.

ICO lA COMTESSE DE BOCIIEFOUT

au fait, licumu qui peut s’en passer, ne les connaître que de loin, et vous connaîire do près, madame.»

C’est peu (le temps après cette disgrâce de Bernis que la comtesse, qui demeurait rue Saint-Dominique, s’installa en février Utid au palais du Luxembourg, dans l’appartement qui lui avait été accordé par le roi, en considération des services rendus par son père et de la modicité de sa fortune.

Nous voyons, par les lettres du marquis, que ce palais était alors un véritable caravansérail; il nous parle de vingt-trois Luxembourgeois ou Luxembourg iens, qui se partageaient ce domicile princier, dans lequel il faut comprendre sans doute le grand et le petit Luxembourg. Il paraît aussi que les titulaires de ces logements avaient ou plutôt prenaient le droit, quand ils ne les habitaient pas, de les louer à leur proüt. C’est ainsi que le marquis de Mirabeau lui-méme vint plus tard, pendant quelques années, se loger aussi au Luxembourg avec sa famille, à côté de M“* de Rochefort, dans un appartement que lui cédait, moyennant finance, M"* de Saint-llcrem. Duclos nous apprend, dans ses Mémoires sur le règne de Louis XV, qu’il avait également au Luxembourg un logement qu’il n’habitait pas, et qui servit en I7.j.a aux conférences secrètes de l’abbé de Bernis et de l’ambassadeur d’Autriche, Staremberg. Il paraît d’un autre côté que le don fait à M”" de Rochefort ne laissait pas d’être onéreux,car, lorsqu’il futquestion en 1776 d’établirau Luxembourg le comte de Provence, depuis-Louis XVIII,

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en expulsant probablement tous rc^ pos'6essê«rs-.(ic* ' logements gratuits, M“* de Uocliefort adresse au roi un mémoire rédigé et écrit par le duc de Nivernois dans lequel il est dit • que, pour entrer en jouissance de l’appartement qui lui avait été concédé en 17o8, elle a dû payer à M. de Turpin, qui l’occupait, une somme de 20,000 livres, et se charger de plus d’une rente viagère de 2,400 livres à M. de Croix, qui l’avait cédé lui-môme à M. de Turpin à cette condition, qu’elle paye depuis dix-huit ans cette pension à M. de Croix, et que, par conséquent, son appartement, sans parler des dépenses d’intérieur qu’elle y a faites, représente pour elle, en 1 770, une somme d’environ 80,000 livres ». Au bas de ce mémoire, le comte de Provence a écrit de sa belle plume les lignes suivantes : • Dans le cas où j’aurai le Luxembourg, je le laisserai à M™* de Rochefort. Signé louis-sta.mslas-xavier. » Les princes n’ayant pas toujours le temps d’écrire avec une précision suffisante, ceci veut dire que le frère du roi s’engage à laisser à M®* de Rochefort la jouissance de l’appartement qu’elle occupe. Cet appartement était, d’ailleurs, fort agréable et accompagné d’un jardin réservé. « Je suis revenue pour quelques jours, écrit la comtesse en septembre 1759, dans mon petit ermitage, qui est fort gai. Mon jardin n’est pas si parfumé que ce printemps; mais il est plus riche, grâce aux reines-marguerites, qui font un émail admirable, ce qui me console des jacinthes : d’où j’ai tiré une réflexion très-morale, c’est que,

y Æ'des fléurs dans l’arrière-saison, il ne faut pas tant regretter la jeunesse, qui est notre printemps. » C’est surtout à partir de la fin de 4760 et à l’occasion d’un grand événement de la vie du marquis de Mirabeau, que les lettres de M™* de Rochefort prennent un caractère de plus en plus affectueux.

On sait que l’auteur de l’Ami des hommes^ encouragé par le succès de son premier ouvrage, entreprit, dans sa Théorie de l’impôt, de démolir tout le système financier alors existant, et en particulier l’organisation de la ferme générale. Le ministre des finances et les fermiers généraux n’eurent pas grand’peine à convaincre Louis XV que ce livre, très-hardi, publié au milieu des embarras d’une guerre ruineuse, était d’un factieux et méritait un châtiment. Le marquis fut arrêté le 19 décembre 1760, avec beaucoup de politesse d’ailleurs, et conduit à Vincennes. Il y fut emprisonné, non pas dans le sombre donjon où il devait plus tard tenir lui-même son fils pendant trois ans et demi, mais dans le château, où il fut entouré de tous les égards dus à son rang. Au bout de cinq jours, le roi se laissa fléchir par les instances des amis du prisonnier, notamment du docteur Quesnay, médecin de M“* de Pompadour, que l’auteur de la Théorie de l’impôt appelait son maître, et du duc de Nivernois, dont la prudence avait vainement cherché à tempérer le style audacieuxde son ami. Le marquis fut relâché de sa prison, mais avec ordre de partir immédiatement pour sa terre du Bignon et d’y rester en exil. C’est au moment où il vient de partir

que la comtesse de Rochefort lui écrit la lellre suivante ;

La comtesse de Rochefort au marquis de Mirabeau.

« 27 décembre 1760.

» Je me suis fait une très-grande violence, mon très-cher ami, pour me soumettre aux ordres de M. de Nivernois, qui m’a interdit la satisfaction de vous embrasser avant votre départ pour le Bignon : mais il m’a dit que c’était un sacrifice que je vous devais, ainsi je n’ai pas osé répliquer*. J’espère que vous me donnerez souvent do vos nouvelles, et vous les demande très-détaillées. D’abord je veux savoir à fond si vous êtes content do votre santé, ensuite quel est le plan de votre vie pour ne vous point ennuyer dans une saison si triste à la campagne, et dans une campagne que jo sais qui est fort triste, et où vous aurez bien peu de ressources avec vous. Tout cela m’occupe inüniment, car vous savez que je n’ai pas trop mauvais cœur, et je me flatte que vous savez bien comme il est pour vous. Je n’ai pas eu l’honneur de voir M™* de Mirabeau, quoique j’aie été la chercher pendant votre prison. Si je pouvais lui être bonne à quelque chose pendant votre absence, je m'estimerais fort heureuse, et je suis bien sûre que ce serait un moyen do vous plaire Enfin, mon cher ami, faites de moi tout l’usage qui vous conviendra, vous me devez cette marque d’amitié. Jo vous avouerai que je me suis saisie du présent que vous avez fait à M. de Nivernois. C’est le livre de Marc-Aurèle que vous luiavez donne, j’en ai été enchantée ; il estsi bien imprimé, que j’espère pouvoir le lire, et c’est heureusement un livre qu’on peut toujours lire. Adieu, mon cher ami, je suis bien

t. Le duc do Nivernois, dont l’c-xlrèmo circonspection est do temps en temps critiquée par le marquis de Mirabeau, avait sans doute jugé qu’il ne serait pas convenable qu’un homme partant pour l'exil se laissât entourer trop ostensiblcmcol nar scs amis.

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fûcliée de ne pouvoir pas encore écrire moi-même. Il est vrai que vous en aurez plus de facilite à lire ma lettre; mais cependant cela ne vous satisfait pas autant. »

Nous n’avons cité jusqu’ici du marquis de Mirabeau que des fragraenls de lettres. Dans cette correspondance, il est en général trop occupé d’amuser M"" de Rochefort par des bizarreries plus ou moins systématiques pour se montrer aussi naturellement original et éloquent qu’il l’est dans d’autres lettres qui lui sont dictées par quelque sentiment passionné d’enthousiasme, de haine ou de mépris. Il faut cependant e.\pliquer le genre d’agrément qu’il peut offrir, même quand il se travaille un peu pour jouer son rôle de diverlisseur.

Prenons la première épltre qu’il écrit de son exil du Bignon. Il sait trè.s-bien que son aventure a fait beaucoup de bruit, que, si la cour le considère comme un .séditieux, la France entière a les yeux sur lui, et entoure son nom d’une grande popularité'. Il est à ce moment si populaire, que le plus prudent des conservateurs du temps, le président Ilénault, adresse, non pas à lui-même, ce serait trop hardi, mais à M”' do Rochefort, un billet pour la prier de dire ù l’exilé du Bignon le désir qu’il ressent de pouvoir lui marquer les sentiments qu’il a pour lui, et que * je partage, ajoute-t-il, avec tout bon citoyen ». Le marquis serait

1. Dans une loUro à son frèro, it nous apprend qu'un seul courrier lui a apporté au Bignon pour 27 francs de ports de lettres, et, tout en se plaignant do cette dépense, il est très-visible qu'il n'eu est i>as fâché.

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donc excusable en ce moment de se poser en grand citoyen martyr de la vérité; il s’en gardera bien, c’est une pose plaisante qu’il va s’ellorccr de prendre.

Le marquis de Mirabeau à la comtesse de Rochefurt.

« Le Big-non, 28 décembre 17GO.

» Madame la comtesse, la première cUansou qae j’aio apprise en ma vie disait :

Je voudrais qu’il fil nuit El que mon souper fùl cuit,

Cl que demain fat diniam lie.

» Un très-honnête cordonnier qui était mon voisin la répétait à mes oreilles, cl je la retins comme une excellente recette de château en Espagne. Or, je me trouve précisément à l'heure qu’il est dans le cas de n’avoir rien à désirer, si je suis aussi philosophe que mon voisin, et, comme je le veux être, me voilà parfaitement hcureu.x. J’ai appris beaucoup de choses nouvelles depuis quelque temps, quelquesunes de fort bonnes et do fort douces, d’autres aussi d’assez maigres ; il n’y a que vous, madame, qui no m’ayez rien appris du tout. J’étais comme sûr que, sitôt qu’il m’arriverait quelque accident, votre bon cœur descendrait tout à fait à moi, comme si j’en valais la peine ; j’en étais sûr. Vous nie direz qu’en ce cas il eût été plus honnête de vous en épargner la fatigue, cela peut être; mais je n’avais pas tout à fait cru la descente aussi raide qu’elle s'est trouvée, et je ne m’étais pas pourvu chez le même marchand de lunettes qui fournit les révérendes dames qui élèvent mes filles*, et qui, à la première nouvelle de mon accident, se sont recueillies en disant ; « Dieu soit loué ! nous avons toujours » craint que cela ne lui arrivât un jour. Vous voyez que l’esprit de Dieu s’étend sur tout. Ce n’est pourtant pas celui

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