II
Les plus sages des chevaliers dirent alors que c'était signe de grande bataille et de grande effusion de sang.
Cependant, le temps commença à s'éclaircir et le soleil à reparaître. iTes Anglais l'avaient derrière eux, et les Français juste dans l'œiL
Quand les Génois virent qu'il fallait approcher les Anglais, ils se prirent à crier de toutes leurs forces pour les effrayer. Mais les Anglais ne bronchèrent pas, et ne parurent même pas les avoir entendus.
Les Génois recommencèrent leurs cris et avancèrent un peu.
Les Anglais ne bougèrent pas d'une semelle.
Enfin, les Génois poussèrent un dernier cri et commencèrent à tirer.
'Alors les archers anglais firent un pas, tendirent leurs, arbalètes, et une grêle de flèches s'abiattit sur les Génois.
Quand ceux-ci, qui ne connaissaient pas l'adresse de leurs adversaires, se virent ainsi criblés, ils furent effrayés, et il y en eut qui coupèrent les cordes de leurs arcs et qui les jetèrent.
La plupart revinrent sur leurs pas.
Alors il se passa une scène incroyable.
Entre les Génois et les Français se trouvait une grande haie de gens d'armes, richement parés et montés, qui regardaient l'engagement des Génois; si bien que lorsqu'ils voulurent fuir, ils ne purent.
Alors le roi de France, voyant combien peu tous ces mercenaires lui servaient, cria :
— Or tôt 1 tuez toute cette canaille, qui gêfte la voie sans raison l
Alors vous auriez vu ces soldats s'entre-luer entre eux, eux qui devaient faire cause commune contre un même ennemi.
Pendant ce temps, les Anglais tiraient toujours, et pas un de leurs traits n'était penlu.
U tKBITESSE DE SAIiSBURl , 171
C'est ain» que commença la bataille de Crécy, le samedi 26 août 1346, à Theure de vêpres.
C'était le moment de se souvenir des sermens que l*on avait faits la veille, et cependant, conmie nous l'avons vu, peu de seigneurs français se souvenaient, puisque tous, au lieu de suivre les ordres de leur royal chef, âvàiéûl voulu combattre au premier rang.
Cependant, il y en avait un qui n'avait pas oublié : ièeluilà était le roi de Bohême, Jean de Luxembourg.
Quand 11 entendit que la bataille était commencée, il demanda aux chevaliers, qui étaient près de lui comment se portait rordonnance de leurs gens.
— Cela va mal, monseigneur, lui répondit-on, car les Génois ont reculé, et le roi a ordonné qu'on les tuât, de gorte qu'obcupés qu'ils sont les uns à tuer, les autres à se défendre, ils nous gênent encore plus.
^ Ahi répondit le roi de Bohême, c'est d'un mauvais augure pour nous. Mais où est messire Charles mon fils? Ceux-ci répondlreht :
— Mbnseignéùr^ nous ûe isaviôns; ûous pensons qu'il est plus loin-, et qu'il se bat.
Alors le îrôi dit à ses gens :
^ Vous êtes mes hommes, Inès aniîs, mes côrtipagtions; je vous ptié donc de me mener si avatit qtie je puisse te^ illr ma parole et férir au moins un coup d'épée;
Ceux qui étaient là Jr consentirent. Pour ne t)as se perdre dans k teuld, ils attachèrent les freins de leurs chevaux les tiiis aut autfes, le sien àii thilieu, et ils se jetèrent au milieu des etmëttiis.
Comme on le pense bien, le toi de France avait grande» angoisse aii cœur dé voir ainsi battre ses gens par une poignée d'Anglais.
Il demanda donc à messiire Jed,A de Bainauti qui lui avait
172 U COMTESSE DE SAUSBUHY.
déjà donné un bon conseil qu'il n'avait pu suivre, œ qu'il fallait faire,
— Sire, je ne vois rien de mieux, répondit le chevalier, que de vous retirer et de vous mettre en sûreté, car il pourrait bien vous arriver malheur comme à ceux de vos amis qui sont déjà morts.
Le roi, qui frémissait de colère et d'impatience, ne tint compte de cet avis.
Il avança un peu plus, car il eût voulu rejoindre le comte d'Alençon son frère, dont il voyait les bannières sur une petite montagne.
Le comte d'Alençon descendit avec ordre sur les* Anglais et les vint combattre. Il fit merveille et arriva jusqu'à la bataille du prince.
• Philippe eût voulu le rejoindre, mais il y avait une si grande quantité d'archers et de gens d'armes devant lui, qu'il n*y put parvenir.
Cependant, cette bataille, désastreuse dans son ensemble pour l'armée française, est pleine de hauts faits d'armes isolés, et qui malheureusement furent inutiles.
Ainsi, outre le comte d'Alençx)n, dont nous venons de parler, outre le vieux roi de Bohême, qui, aveugle, s'était jeté au plus fort de la mêlée, il y eut encore le comte Louis de Blois, neveu du roi Philippe et du comte d'Alehçôn, qui combattit vaillamment, et le duc de Lorraine, qui frappait sans se lasser. Si bien que si, au lieu d'avoir été commencée trop tard, et quand l'armée était lasse, la bataille avait été livrée le matin, trois lieues plus avant, ou le lendemain, après une nuit de repos, l'histoire n'aurait pas enregistré le premier acte de cette sanglante trilogie qu'on appelle Crécy, Poitijers et Azincourt.
Ainsi, il y eut des chevaliers français qui rompirent la bataille des archers du prince, et vinrent jusqu'aux gens d'armes combattre main à main.
Là, il y eut de beaux faits d'armes du côté des Anglais,
LA œMTESSE DE SILISBURT. 173
car la fleur de la chevalerie entourait le fils du roi d'Ân«gleterre.
Les comtes de Norhantonne et d'Arondel, qui, comme nous l'avons dit plus haut, se tenaient prêts à venir secourir ce jeune prince, accoururent à son aide, et il n'était que temps, car autrement il n'eût su comment se tirer de l'attaque.
Cependant, et pour, plus de sûreté, le prince envoya un chevalier demander aide au roi son père, qui se tenait plus loin, sur un monticule, à côté d'un moulin à vent.
Quand le chevalier fut auprès d'Edouard, il lui dit :
— Monseigneur, le comte de Warwick, le comte de Kenfort et messire Regnault de Cobehen, qui sont près du prince votre fils, ont grandement à faire, car les Français les combattent durement; c'est pourquoi ils vous prient que vous et votre bataille les veniez conforter et aider à sortir de ce péril, car, si cette attaque s'augmente ou même continue, ils craignent pour votre fils.
Alors le roi dit au chevalier, qui s'appelait messire Thomas de Norwich :
— Messire Thomas, mon fils est-il mort, ou si blessé qu'il ne se puisse défendre?
— Non, monseigneur, répondit le chevalier.
— Eh bienl messire Thomas, répliqua le roi, retournez auprès de lui et de ceux qui vous ont envoyé, et dites-leur que, quoi qu'il arrive, ils ne m'envoient pas chercher tant que mon fils sera en vie, car je veux, comme je le lui ai dit hier, que la journée soit è lui, et qu'il gagne ses éperons de chevalier.
Messire Thomas de Norwich revint apporter la réponse d'Edouard.
— Qu'il soit fait selon le désir du roi 1 dirent le prince et ses chevaliers.
Et ils reprirent si bien courage qu'ils restèrent maîtres do la place.
174 hk COMTE06E DE ftAUSBURY.
Oh ddt biân penser» dit le chroniqueur, et nous le répétons avec lui, que là où il y avait tant de vaillans hommes et si grande multitude de peuple, là où tant de PrançaL^ demeurèrent sur la place, il dut être fait dé belles expertisés d'armes qui ne vinrent pas à noti:e connaissance.
Messire Godeftroy de Harcourt, qui était en Tarmée dii prince, et qui avait entendu dire qu'on avait vu du c6\Â des Français la bannière de son frère, eût donné beaucoup pour que son frère fût sauvé. Il courut là où on lui avait indiqué que le comte se battait, mais il ne put arriver à temps, et ne trouva plus qu'un cadavre.
Nou^ verrons plus tard ce qui en résulta.
A côté du comte de Harcourt avait été tué le coiate d'Âumaie, son neveu.
D'une autre part, comme nous l'avons déj^ dit, le coihte^ d'Alençon et le comte de Flandre s'étaient vàîl!amment battus, mais ils ne purent tenir, et ils tombèrent mortâ chacun sous sa bannière, avec tous les chevaliers et écujrerâ qui les accompagnaient.
Le comte Louis de Blois et le duc de Lorrâiiiè, soii bëaufrère, se défendaient avec rage, entourés qu'ils étaieût d'Anglais et de Gallois qui ne leur eussent pas fait iiierci. fiais leur valeur ne leur servit à rien, car ils demeurèrent stif la place et tous ceux qui étaient à leurs côtés.
Le comte d'Auxerre et le comte de Saint-Paul, couverts de blessures, moururent sur le champ de bataille.
Le soir, six hommes quittèrent le lieu dû combat, et, k la faveur de la nuit, se dirigèrent vers le chàtJau de la( Braye.
Quand ils arrivèrent à la porte, ils la trouvètdht fëohriêe, et le pont fermé, car il était nuit.
Alors ces hommes firent appeler le châtelain.
Le châtelain descendit, et s'avançant sur leà gùétiles, il dit tout haut :
*~ Qui est là, et qui heurte à cettd heuref
Un des cinq hommes répondît :
-— Ouvrez, ouvrez, châieiâinl c^est la fôrlunë dé la Francel
A celte voix qu'il crut reconnaître, le châlelaîri s*avançâl vers celui qui avait parlé, et il reconnut le roi Philippe YI.
Geuï qui l'accompagnaient, les seuls amis qiiè les Anglais lui eussent laissés, étaient le sire de Hainaut, le sire de Montmorency, le sire de Beaujeu, le sire d'Aubigny et le sire de Montrauit.
Quant au roi de Bohême, on retrouva son cadavre à côté de ceux des chevaliers qui, partis avec lui, étaient morts avec lui.
Xîtl
Le châtelain du château de La Braye ouvrit la porte, et le roi entra avec ses dnq barons.
Ils restèrent là jusqu'à minuit^ et le roi fut d'avis de ne pas y séjourner plus longtemps.
Alors ils burent un coup, montèrent à cheval, quittèrent le château et prirent pour les mener des guides qui connaissaient le pays.
Ils marchèrent si bien, qu'au point du jour ils entrèrent à Amiens.
Le roi s'arrêta en une abbaye^ et dit qu'il n'en bougerait pas avant d'avoir eu des nouvelles de ses gens et d'avoir appris lesquels étaient morts et lesquels étaient saufs,
.Si, au lieu de se contenter de défendre le terrain qu'ils occupaient, les Anglais avaient voulu, comme plus tard à Poitiers, poursuivre l'armée française, il y eût eu deux fois plus de morts, et le malheur eût été deux fois plus' grand.
Heure\ttement| les Anglais ne quittèrent pas leur ordre
176 U COMTESSE DE SAUSBURY.
et se tinrent à leur place, se contentant de repousser ceux qui les assaillaient. C'est ce qui sauva le roi, car il y eut un moment où Philippe n'avait pas plus de soixante hommes autour de lui.
Il est vrai de dire qu'en voyant tuer autour de lui comme on le faisait, en voyant tomber cette grande assemblée d'hommes sous le souffle de la mort, comme les feuilles d'un arbre aux vents d'hiver, le roi était resté immobile, la tête sans pensée, les yeux sans regard, et comme une statue de la Douleur muette.
Alors le sire de Hainaut, qui lui avait donné son cheval, car Philippe en avait eu un tué, avait pris le cheval par le frein et dit au roi :
— Allons, sire, venez vpus-en, et ne vous faites pas tuer si inutilement. Vous avez perdu une partie, vous en gagnerez une autre.
Et Jean de Hainaut l'avait emmené presque de force.
C'était alors que le roi s'était remis en route avec ses cinq barons.
Vous vous souvenez de la légende du roi Rodrigue, qui dit:
« A l'heure où les brillans oiseaux sont muets, et où la terre écoute attentivement le murmure des fleuves qui portent leur tribut à la mer; alors que la faible lumière de quelque luisante étoile scintille tristement au milieu des ténèbres efirayantes de la nuit silencieuse ;
» Ayant pris un humble déguisement, comme plus sûr que la couronne désirée et que les riches ornemens qu'on envie; dépouillé des insignes superbes de la majesté royale, que l'amour et la crainte de la mort lui ont fait laisser sur les bords de la Guadalète; bien différent de ce Goth qui entra jadis dans la mêlée tout brillant des joyaux'que son bras victorieux avait conquis; son armure teinte de sang, en partie du sien, en partie de celui des étrangers, faussée en mille endroits^ et fjjmJem^ pièces même brisées; la tête
U COMTESSE DE SAUSBURY. m
sans annet, le visage couvert de poussière, image de sa fortune qu'il voit maintenant réduite en poussière; monté sur Orléia, son cheval, qui est déjà si fatigué qu'il exhalo à peine un souffle pénible, et que par momens il s'en rê, baiser la terre; *
* » C'est ainsi que, dans les champs de Xérès, nouvelle ot lamentable Gelboë, s'en va fuyant le roi Rodrigue à travers les chaînes des montagnes, les forêts, les vallées.
» De tristes tableaux lui passent devant les yeux ; un bruit confus de guerre frappe son oreille épouvantée; il ne sait de quel côté tourner ses regards : de tout'il a peur ©t sa méfie.
» La terre qu'il regarde n'est plus à lui maintenant ; cetta terre qu'il foule, elle est aux étrangers, t
Quelle étrange coïncidence entre le roi goth et le roi français!
. Nous n'avons pas à donner sur la fuite de Philippe d'au^» très détails que ceux que donne la romance sur la fuite <ia RoarucuLv
Le soir, quand tout fut fini^ les An^rlals aiiumerem 99 grands feux dans leur camp, et Edouard» (lui au louc m jour n'avait mis son bassinet» vint au prince ae nomea <m lui dit :
— Mon ûls, vous êtes bien mon fils, car vous vous tiieÉ loyalement conduit, et vous voilà maintenant digne uo «&« nir terre.
A cette parole, le prince s'inclina en remerciant son jm^ et celui-ci l'embrassa pour le louer de son conrage/conum* 11 l'avait Bmbrassé la veille pour lui en aonnur. ^ Nous n'avons pas besoin de dire qu'il y eut fête dans é« camp anglais, et que la nuit se passa en festins et en lun tiens de grâces.
Le lendemain, qui était un dimanche, il faisait grande
brume, si bien qu'on ne voyait pas à la distance d'un arpent.
Edouard ordonna que cinq cents hommes d^armes et deux mille archers quittassent le camp et allasâent s^assu* rer que les Français ne s'étaient pas rassemblés de nouveau.
Les cbmiUunaùtés de Rouen, qui hé slavàient rien dti désastre dé la veille, étaient parties d'Abbevilîe et dé Sâiiit- Riquier.
Les Anglais, ^tli étaient eii reconnaissance, crûrent d*abofd que ces troupes d'hommes qu'ils voyaient étaient i^à leurs ; mais qùâtld ils vïrôht qui ils étaient, ils leur coururent sus.
La bataille se ràllunia dôhc aussi duré, aussi achâibée, aussi impitoyable que Id veille, de la part des Àngteis;
on retrouva dëâ morts dans les buissons^ daiiâ leé hëiès, ainsi qu'ils fuyaient, au nombre de sept mille.
Peu de tenips après, mais en une autre rtsuté, ces Anglais firent rencontre de l'archevêque de Rouen et dtl grand-prieur de France, qui ne savaient rien non plus dti désastre de la veille.
Un combat ne tarda pas à s'engager, et les Français flirent battus comme ceux à qui les Anglais venaient d'avoir affaire*
Cette troupe d'Anglais se remit en route, cherchant d'autres aventures et en trouvant, car quelques soldats français qui s'étaient égarés, qui avaient passé la nuit dans les champs, et qui n'avaient aucunes nouvelles du roi ni de leurs chefs, furent rencontrés encore et tués sans merci ni miséricorde.
Le dimanche matin et dans ces escarmouches isolées^ il y eut quatre fois plus de morts que le samedi, où k grande bataille eut lieii.
Comme le roi sortait de la qaesse» lus çhevauçhéurs re-
parurent}, racontant ce qu*ils avaient vu, trouvé et ftât.
Alors le roi fut d*avis qu'il fallait envoyer diercher les morts, afin (Je savpir quels seigneurs étaient demeurés sur le champ de bataille.
Il choisjit deux chevaliers, messâre Regnault de Gobehen et messire Richard de Stapfort, trois hérauts pour reconnaître leurs armes, et deux clercs pour écrire et enregistre? les noms de ceux qu'ils trouveraient.
Cette petite troupe se mit en route, cherchant ses morts, et en trouvant un si grand nombre qu'elle en fut ^ner» veillée. '
Le soir, au moment où Edouard allait souper, les deux cheyaliers que nous avons nommés tout à l'heure revinrent et firent le rapport de ce dont ils avaient été témoins*
Or, ils avaient trouvé sur la place onze chefe de princes, quatre-vingts bannerets, douze cents chevalin» <f un éen (on appelait ainsi ceux qui servaient le roi de leur seule personne et n'avaient pas d'autres chevaliers sous leur» ordres), et environ trente mille hommes d'autres gens.
Le roi d'Angleterre, le prince son fils et tous les seigneurs louèrent Dieu de la belle journée qu'il leur avait envoyée, puisqu'une poignée d'hommes qu'ils étaient, en comparaison des Français, en avait vaincu une si grando masse.
Édouard^fut touché de ïa mort du vaillant foi de Bohême et des chevaliers qui «étaient morts auprès de hii; aussi ordonna-t-il que de grands honneurs lui fussent rendus.
Le lendemain, le roi <f Angleterre fit rassembler les corps de tous les grands seigneurs morts sur le champ de bataille, et il les fit transporter en un couvent nommé Maimtemay, qui se trouvait près de Crécy, et où ils furent en-? sevelis en terre consacrée. Puis ri fit savoir qu'il donnait une trêve de trois jours pour visiter le champ de Crécy et enterrer les morts. Après quoi il chevaucha vers Mon-
m U COMTESSE DE SALISBURT.
treuil sur la mer, tandis que ses maréchaux couraient sur Hesdin, Heuchin et Peines, qu'ils brûlaient, comme pour laisser d'autres preuves de leur passage.
Le jeudi suivant, Edouard était devant la ville de Calais, où nous Talions retrouver tout à l'heure.
Comme nous l'avons dit, pendant ce temps-là, le roi était retourné à Amiens et s'était logé en une maison dépendant dé l'abbaye du Gard.
Le roi Philippe VI ignorait encore combien de nobles, et même de son sang, avaient succombé à Crécy.
Le dimanche soir, il sut la vérité.
Sa douleur fût grande en apprenant la mort de son frère le comte d'Alençon, de son neveu le comte de Blois, de son beau-frère le roi de Bohême.
Tout ce qui pouvait encore souffrir en lui vibra douloureusement à ces nouvelles.
En remontant à la source de ses désastres, le roi retrouva que messire Godemart du Fay, qui avait si mal défendu le passage de la Blanche-Tache, en était la cause première.
Alors une grande colère succéda à sa grande douleur, et il ne songea à rien moins qu'à le faire pendre, ce qui fût arrivé sans nul doute si messire Jean de Hainaut n'eût usé de son influence sur le roi pour excuser le capitaine et lui faire pardonner.
— Sire, dit Jean de Hainaut, comment messire Godemart du Fay aurait-il résisté à la p\jissance fatale des Anglais, puisque la fleur de votre chevalerie n'a pu lui tenir tête 7
— C'est vrai, répondit le roi. Et il fit grâce.
Après quoi il fît. faire les obsèques de ses prochains les unes après les autres, et quitta.la ville d'Amiens pourrevefiîT à Paris, donnant congé à tous ceux de ses gens d'armes qui avaient survécu à la journée du 25 août 1346.
Quand Philippe arriva à Paris, Edouard avait déjà mis siège devant Calais*
LA COMTESSE DE SAUSBUHY. ISl
xxvn
Edouard ne pouvait pas s'arrêter en si beau chemin. A compter de ce moment, il devait croire que la France était à lui, et il le crut en effet.
Il mit ^onc le siège devant Calais, comme nous l'avons dit tout à l'heure.
La garde de Calais était confiée à un vaillant capitaine de Bourgogne nommé Jean de Vienne, lequel avait autour de lui de braves chevaliers, tels que Arnould d'Audrehen, messire Jean de Surice, messire Beaudoin de Bellebronne, messire Geoffroy de La Motte, messire Pépin de Werc et d'autres encore qui n'étaient pas hommes à céder la place.
Edouard avait compris que ce siège serait long, aussi n'avait-il pas hésité dans la manière dont il l'organiserait.
Il fit tout simplement bâtir devant Calais une véritable ville pour lui et son armée, cpmme s'il eut dû y demeurer dix ou douze ans.
Cette ville nouvelle se trouvait entre la ville, la rivière et le pontdeMeulai.
Les maisons, ordonnées' par rues, étaient bien et dûment couvertes de paille' et de chaume, car la résolution d'tSr douard était de rester là, été comme hiver, jusqu'à ce que Calais fût à lui.
La ville fut baptisée, et appelée par Edouard Villeneuvela-Hardie. '
Tout ce qui était nécessaire à son armée s*y trouvait, et, le mercredi et le samedi de chaque semaine, il y avait marché sur une place désignée à cet effet.
On y vendait de tout, à ce marché, depuis le pain et la tiande jusqu'au drap et à la mercerie.