‹ La comtesse de Salisbury (volume 2)Chapitre 4 sur 5 · II · texte numérisé non relu

II

Toutes ces provisions et- denrées lent venaient par mer d'Angleterre ou de Flandre, et, pendant ce temps, comme pour s'entretenir la main, les gens du roi d'Angleterre ravageaient quelque peu le pays.

Chaque jour ils faisaient une excursion nouvelle, soit dans le comté de Guines, soit jusqu'aux portes de Saint- Omer et de Boulogne, et ils ne revenaient jamaia sans un très honnête butin.

t)u reste, Edouard ne songeait pas une minute à faire assaillir Calais : il savait trop bien que ce serait peine inutile, et qu'il travaillerait inutilement. C'était par la famine qu'il voulait la prendre. C'était long, mais c'était sûr.

Une seule chose l'eût décidé à combattre, c'eût été que le roi Philippe Vl vînt lui-même pour lui faire lever le siège.

Quand Jean de Vienne vit le moyen qu'Edouard avait choisi, il comprit tout de suite que moins il y aurait de bouches dans la ville, plus longtemps elle résisterait.

En conséquence, il ordonna que tous ceux qui n'avaient pas de moyen d'existence quittassent Calais, et le soir même dix-sept cents individus, tant hommes que femmes et enfans, sorlirent de là ville.

Cette troupe s'arrêta aux portes de la ville et n'osa avancer.

Entre mourir de misère et de faim ou mourir tués dans le camp anglais, ces gens n'hésitaient pas^ et préféraient la première mort à la seconde.

Ceperidàtit, Cette sortie n'avait pas échappé à Edouard*

Il envoya demander à ces gens pourquoi ils se trouvaient ainsi à là porte de leur fi\\e et h*y rentraient pas.

Ils répondirent la vérité à l'envoyé du roi d'Angleterre,

Alors celui-ci leur fit dire qu*ils pouvaient passer dans son camp, qu'il leur laisserait la vie sauve, le passage libre, et qu'ils pourraient alleir chercher leur existence «i« leurs.

LA COMTESSE DE SALISBUtlY. 188

Ils hésîtèfem un peu, mais ettfin quelques-uns se déctclferent, et les autres les suivirent»

bdouard aimait asse^ faire plUs qu'il hë t)romettait.

Donc, au lieu de s*en tenir à ce qu'il avait promis, il fît boire et manger abondamment tous ces ^ns, leur donna à chacun deux esterlings, et les congédia ènerveillés de Id f^énérosité de ce roi ennemi.

Nous allons un peu laisser Edouard devant Calais, bîl, selon toutes probabilités, il va rester longtemps, et noUs allons vTHr ce qui se passait pendant ce temps on France^ en Angleterre et en Écosse<

La France vetiait de recevoir à Crécy une de ces secoua ses qui ébranlent fortement un royaume et qui le ibnt longtemps vaciller sur sa base avant qu'il retrouve sott équilibre^.

Depuis cette défaite, le roi Philippe VI semblait fou. Il s'attendait si peu à ce désastre immense et rapide à la fois comme la foudre, qu'il ne savait plus guère de quel côté il lui faudrait repousser d'abord cette double invasion ; car, comme on se le rappelle, le comte Derby faisait à peu près de l'autre côté de la France ce que son gracieux souverain venait de faire en Normandie»

Cependant, comme jusque-là la victoire la plus sérieuse avait été du côté du roi d'Angleterre, Philippe songea à rappeler à lui ceux qui pouvaient le mieux le défendre contre Edouard, et il fit dire à son fils le duc de Normandie, qui attaquait les Anglais 'dans l'Aiguillon comme ceux-ci attaquaient les Français dans Calais, de venir le retrouver à Paris; car on doit se rappeler que le duc avait dit qu'il ne reviendrait que sur l'ordre de son père.

Il était tempSé

Philippe de Bourgogne, fils d'Eudes deBourgogne^ cousin du duc de Normandie, jeune chevalier plein d'adresse et de bravoure^ était venu rejoindre les Français devant Aiguillon.

Le 15 août environ, il y avait eu une escarmouche à laquelle il avait pris part, et, monté sur un cheval ardent et difficile, il lui avait enfoncé ses éperons dans le ventre, et il était parti.

Le cheval Tavait emporté, et, en franchissant un fossé, bête et cavalier avaient roulé à terre, et le cheval seul s'était relevé.

Cette mort avait fait une vive impression sur le duc de Normandie, qui aimait fort son cousin, et il était fort découragé quand les nouvelles de Crécy arrivèrent avec l'ordre du roi qui le rappelait à Paris.

L'ordre était formel, nous l'avons déjà dit; non-seulement Philippe rappelait son fils, mais il lui ordonnait de lever le siège; il lui faisait part de la mort de ses proches tués à Crécy, et il lui disait enfin que le trône avait immédiatement besoin du secours de tous, et en première ligne du sien.

Cependant, le duc rassembla les comtes et les barons qui étaient avec lui, leur demandant s'il n y aurait pas lâcheté à abandonner un siège qu'ils avaient juré de tenir jusqu'à la mort.

Tous furent d'avis que, dans de telles circonstances, il devait avant toutes choses obéir au roi son père, et que Tordre qu'il venait de recevoir le dégageait de son serment.

Alors il fut arrêté que le lendemain on délogerait, et que Ton retournerait en France.

On juge de l'étonnement de ceux qui étaient dans l'Aiguillon quand le lendemain, dès le matin, ils virent les assiégeans plier leurs toutes, ramasser leurs bagages, et se mettre en route dans une direction opposée à la ville.

Quand Gautier de Mauny vit cela, il ordonna que l'on s'armât, que l'on montât à cheval, car son avis n'était pas de laisser partir ainsi les assiégeans sans leur demander compte de leur siégOé

Alors ceux de rAiguillon, la bannière de Gautier à leur tête, sortirent de la ville et s'en vinrent tomber sur l'ennemi avant qu'il fût complètement délogé, et tandis qu'il était encore occupé de ses préparatifs de départ.

Nous n'avons pas besoin d'ajouter que cette sortie réusfflt à merveille, et qu'après avoir tué de droite et de gauche, les Anglais ramenant plus de soixante prisonniers à leur forteresse.

Parmi ces prisonniers se trouvait un grand chevalier de Normandie, cousin du duc, dont Thistoire n'a pas conservé le nom, et à qui Gautier de Mauny demanda pour quelle cause le duc de Normandie levait ainsi le siège*

— Je l'ignore, répondit le chevalier.

— Gomment se faitril que vous l'ignoriez, répondit Gautier de Mauny, vous qui êtes parent et conseiller du duct

— Le roi de France a rappelé son fils, dit laconiquement le chevalier.

— Mais ce rappel a une raison? insista Gautier.

— Oui. /

— Laquelle?

Le chevalier hésita de plus belle, car ceux de l'Aiguillon ignoraient encore la défaite de Crécy, et il avait honte de la leur apprendre.

—Voyons, messire, reprit Gautier de Mauny, qui, à cette hésitation, devinait quelque nouveau malheur survenu à la France, et qui, comme on le pense bien, tenait à le connaître ; voyons, soyez franc. Nous sommes peut-être destinés à vivre longtemps ensemble. Vous êtes mon prisonnier, et la nouvelle que j'attends de vous paiera peut-être la moitié de votre rançon, ce qui n'est pas à dédaigner, , messire, car, à l'heure où nous sommes, ce pauvre État de France n'enrichit pas ses chevaliers.

-Eh bien 1 répliqua le prisonnier, les Anglais et les Français, le roi Edouard et le roi Philippe se sont rencontrés.

186 U qOMTESSE m SAMSBiUpy.

-PT AhJ vraiment I ^i q^ cela?

-r A Crécy en Pû^tbieu, T- Et la roi Edouard?

— A été vmnqueur, fit }o cbevftlter j^¥f^ qn «n^pîti

•^ Et qu'^t-il (Jevenu? continua eautie? avep m «oufire.

— Il a mis le ^i^gei (Ipvapt Calais, ^t 4 jura dQ pq «^ aller que lorsqu'il aurait pris la ville. »

?- Wem de c^tte \\om\^ pQviv^llc;, mesisiiFe, a'éc^pl^ (Gautier de Maupy.

Et il annonç?^ à ses oompaçnopsi ce q^e sp^ pwcftwer venait d^ }u} apprendre.

Le lendemain, Gautier de Ma^îqp yipt trPHVfar «oi^ priçonuier et lui dit :

— Messw, CQmUm pQuye*-vous don^ey p^uç VQtro yapçon?

— Trois mille écus, dit celui-ci.

— ÉcQute?, reprit Qautier, je i^ais qup vous êt^ du ^ng du duc de Normandie, et fort aimé de lui. Vou^ paieriez donc la rançon que je vous demanderais j maii? pe n'est pas une rançon qije je yeu? de vqusi^ pt vous serez ijbre $ans cela.

Le chevalier regarda Gautier avec étonuepaent,

— Aujourcl*hui même, reprit celui-rci, vqus quitterez Aiguillon après m'avoir donné votre parole de faire çei q^e ^'aurai réclamé de vous.

r— Parlez, messire.

— Éh bieni ^ y a longtemps que je suis sép?q:é 4u roi d'Ai^gleterre, que j'aipae comipe si j'étais spi^ f}ls, que j'aime comme vous aimez le duc de Normandie, et que je yeux Tevoir. Je n'ai plus rien à faire ici, mais je ne pu}s aller rejoindre le roi Edouard sans un sauf-couduit, et je ne puis me mettre en route tout seul. Voilà tout ce que vous ferez, messire, ou plutôt ce que je vous prie de faire. Tous irez demander au duc de Normandie ce sauf-çondujt

pour moi et vingt l^pmpies, vous mei'appqrterez, et vous sera? librp. Yoiif^ «^vpz viû mois pour cela. Si dans un mois yoys n'avea pu obtenir ce papier^ cçntinua Gautier en ^yri^t, vous viendrez reprendre vos ^fers; mais soyez |r£(nquUlç9 nous serons mo|ns cruels qi^e les Carthaginois. Est-ce dit?

— Compte^ ^ar moi, répondit le chevaliej, jOi fais serment de vous apporter ce sauf-enduit pu de me reconstituer prisonnier,

-r- Allez donc, messire, dit Gautier^j vous êtes libre.

\Sj^ inpis apr^, le chevalier rapportait à Aiguillon la Ipttye que de ^ïauny lui avait deo^andée, et que l\ii avait, {SfHI* sei prppiière r^icjuisition, accordéie le dijc de Normandie.

Dès le lendemain, Gautier se mit en chemin avec sa pe^ tite troupe 9 après avoir tenu quitte le chevalier de sa

xxvin

Gonflant dans son sauf-conduit, Gautier ne cachait son nom nulle part, et, lorsqu'il était arrôté^ il montrait sa lettre et passait.

Cependant, arrivé à Saint-Jean-d'Angelj, Gautier trouva un capitaine moins accommodant que les autres, et qui, soit qu'il n'eût pas grande foi dans ce sauf-conduit, soit qu'il l'interprétât d'une façon particulière, voulut retenir prisonnier le chevalier et les vingt hommes qui l'accompagnaient.

Ceci n'était point l'affaire de Gautier, car il n'était pas en force pour résister. Il fallut donc discuter avec le capi* faine, qui paraissait fort entêté.

Cependant il voulut bien se laissev convainore, mais à

la condition que Gautier laisserait dix-sept de ses hommes en otage et n'en emmènerait que trois.

Il fallait bien en passer par là, à charge de revenir un jour avec deux mille hommes reprendre ses dix-sept compagnons, s'il n'f avait pas d'autre moyen de les délivrer.

Gautier consentit à ce que demandait le capitaine et se remit en route avec ses trois hommes.

Cela donna à penser à notre voyageur, et il commença à être plus prudent. Mais sa prudence ne devait pas lui servir beaucoup, car, arrivé à Orléans, il trouva un capitaine encore moins accommodant que l'autre, et qui, cette fois, quelques raisons que lui donnât Gautier, ne voulut entendre à rien, et, tenant à néant les lettres du duc de Normandie , fit bel et bien prisonniers Gautier et ses trois hommes.

Mais ce n'était pas tout.

Les quatre compagnons furent envoyés à Paris, et me&sire Gautier de Mauny emprisonné au Châtelet comme étant un de ceux qui avaient fait le plus de mal à la France.

C'était triste.

Cependant, le duc de Normandie, informé de ce qui se passait, vint trouver le roi et lui dit :

— Mon père, un emprisonnement injuste a eu lieu.

— Contre qui? demanda Philippe.

— Contre messire Gautier de Mauny.

Le roi regarda son fils.

— Gautier do Mauny, lui dit-il; un des capitaines du roi d'Angleterre?

— Oui, sire.

— Mais cet homme est de bonne prise, il me semble, et il nous a fait assez de mal pour que nous le retenions prisonnier, en admettant que nous nous contentions de ce châtiment.

— Sire, répliqua le duc, messire Gautier de Mauny n'a pas été fait prisonnier les' armes à la main, mais lorsqu'il

«e rendait tranquillement auprès du roi son maître, et pourvu d'un sauf-conduit signé de moi.

— Et comment se fai1>-il que le sire Gautier de Mauny eût un sauf-conduit signé de vous? demanda le roi. •

— Gautier de Mauny, monseigneur, avait fait prisonnier un vaillant clievalier de mon armée, alors que nous étions devant Aiguillon. Il n*a demandé que ce sauf-conduit pour toute rançon, et je le lui ai donné. Vous voyez bien, mon père, qu'il faut que ce chevalier soit mis en liberté, sans quoi je serais un prince déloyal, et j'aurais manqué à ma parole, ce que ne doit pas faire le plus humble sujet, et à plu» forte raison le fils du roi de France.

— C'est possible, répondit Philippe, mais en temps de guerre toute prise est bonne, surtout quand il s'agit d'un homme aussi dangereux que celui dont vous me parlez. Notre adversaire Edouard III ne faisait pas tant de façons.

— Sire, le roi Edouard III, reprit le duc, a sauvé la vie à dix-sept cents Calaisiens que Jean de Vienne avait renvoyés de Calais, et qui, sans le roi d'Angleterre, seraient morts de faim et de froid.

Philippe VI ne répondit rien.

— Mon père, reprit alors le duc, ce n'est pas grâce, mais justice que je demande. Il faut que cet homme soit mis en liberté.

— Et de quel droit faut-iï cela?

— Du droit qu'il avait de voyager librement, voyageant sur ma parole.

— Attendez que nous soyons mort, messire, dit alors le roi, et vous donnerez des sauf-conduit» si bon vous semble à tous vos ennemis, pour qu'ils pillent et mcendient librement notre beau pays de France, qui sera vôtre alors; mais, tant que je vivrai, je ferai ik-dessus ce que bon me semblera. Quant à ce Gautier de Mauny, non-seulement il ne sera pas libre, mais il mourra comme sont morts Clisson et Malestroit, et comme mourront tous ceux qui auront

porté atteinte gu t)oiibem et m. T^m ^^ R8tt© TOjrRUixie^ lorsque Dieu me le^ p^vçip'ft.

Le (}uG de îS[ûfïïi^ilLdip devint pâle, ' ; — C'est hm^ mon pèr^, yppondit-il froWeipeiit.

Tw P'ftilleurs, çijoiitq, }e jroi, p^ sera u« toit pi^ilioire de mom3 pour ÉdoiiÉ^rd,

^ Et un bon auxiliaire dq mm pqu? 1q roi ?b|lippe Yl*

— Que voulez-vous dire?

^ Je veux dire, mo?iseigueur, que tant quei Gautier de Hfauny ne poun*a p^s cQpabattre povfr son roi, le duc da Normandie ne combattra pas pou? le sien.

Ce fut au tour du roi de p^lir.

— Mon flls m'abandonne, dit-il, *

— Votre fils ne vous ^baj^donne pas, mouseigneur, mais votre fils veut que Ton sapbe bien qu'il s'imposera uiie punitiou éclatfliute pbaque fois qu'il aura donné sa parole et qu'il ne pourra la tenir. Non^i^eulement je ne m'armerai pas contre le roi d'Augleterrei m^s j'en détournerai tou§ ceux que je pourrai.

— Une trahison 1

— Pour une trahison, oui, i^ipu père.

Philippe se leva, et je duc, 4près s'être incliné, s^cipprèta à prendre congé de lui.

— Qu'allez-vous faire? dit le roi.

— Monseigneur, je vais quitter cet hôtel, aller dire moinfiêpae h mei^sire Gautier de Mauny ce qui vient de se passer, et je ne reviendrai que le jour où il sera libre.

Is duc de Normandie sortit alors, laissant Philippe VI en proie à une violente colère.

La chose fit grand bruit, car le duc ne se donna pas la peine de la cacher.

Cependant, le roi ne paraissait pas changer d'avis.

Il est yrai que les préparatifs de mort ne se faisaient pas.

Enfin, Philippe fut tellement conseillé, qu'il finit par ordonner la mise en liberté de Gautier de Mauny.

LA (2Û11TE6SE DE ^U69U9T. IfH

Alors il envoya près e|0 apn fil^ m eft^valie? du BaiiM^t, nommé messireMansart d'Eme, pour lui dire qu'il pQuyait venir au Louirre, et que sm protégé étajt libre.

Ce n'était pas asse^ pour Ip duc.

Jl fit répondre au roi qu'il ne retournerai^ auprè$ dp li^i qu'accompagné (Je Qautier de Mauny, à qui il dirait luir môme ce qu'il ayait dit ^\ fait en apprenap^ i^ captivité,

Philippe y consentit.

Gautier de Mauny sortit de prisoi^, ^t le duc de IfprmaT^die l'amena à VhOtpî de Nesle, où était le roi.

rrr Sire, dit le dujc h son pèr^, veuille? dire à messire (Gautier de Mauny que j'ai pri§ ui^p part si vive a son iî^juste arrestation, que j'ai oublié xm moflPfPPt ce que jg (Jgvais à mon père et à mon roi.

-r- C'est vrai, répondit Philippe yi. pt il tendit la jfl^p au dUQ« Aussi, pontinua-Ml en s'adressent à Gautief , jjb ^e veux pas que vous nous quittiez, messire, sans ^tre sjir (Je PQtre yegret de vous avQir gardé si Iq^gtpmps. Ne yous en prenez de cette captivité qu'à votre g?*a^de réputafipft d© î^ravoure» que noi|s noi)s plaisons à reconnaître ip|.

(e iipir même, Gautier dîiia en l'hôtel d© Nesle ftvec le roi, le duc de Normandie, et d'autres des plus grands se^gpeurs de Fraftpe.

A la fin du repas, P^ihppe prit des joyaux qui valsent un paillier de florins, et, les offrant à Gautier, il li^i dit:

rr- Messire, accepte? ces dons qup nous yQuJpps vpi^s faire, et que vous garderez en souvenir de ppus.

— Je les a/5cepte, répondit Gautier, pour l'hpi^neur du roi qui me les offre; mais je ne m'appartiens pas, sire, j'appartiens ai} rpi d'Angleterre; je ne puis donc les accepter que sous condition. Si mon souverain m'autorise à garder ces préseps, Je les garderai, ïnonseigneur; sinon, je vous les ferai remettre, tout en conservant le souvenir de votre justice e\ de votre générpsité. i

—Vous parlez en loyal chevalier, dit Philippe, et cette

m LA COMTESSE DE SAUSBURY.

parole me plaît. Allez donc, messire, et que Dieu vous garde. '

Alors Gautier prit congé du roi et du duc de Normandie, et quelque temps après arriva en Hainaut. Il resta trois jours à Valenciennes, après quoi il se remit en route, et arriva devant Calais, qui était toujours dans le même état. • Gautier fut reçu avec une grande joie par les comtes, les barons et le roi, à qui il raconta ce qui lui était arrivé depuis son départ de TAiguillon, et qui lui dit, après avoir vu les joyaux dont le roi de France lui avait fait don :

— Messire Gautier, vous nous avez servi toujours loyalement jusqu'à ce jour, et vous nous servirez encore de même, nous Tespérons bien. Renvoyez au roi Philippe ses présens; vous n'avez aucune raison de les garder. Nous avons assez, Dieu merci I pour nous et pour vous, et notre volonté est de vous récompenser largement de tout ce que nous vous devons.

— Merci, monseigneur, répondit Gautier; il sera fait comme vous désirez.

Alors le chevalier, rassemblant les présens qu'il avait reçus du roi Philippe, les donna à messire Mansart, et lui dit:

— Retournez auprès du roi, dites-lui que je le remercie grandement des beaux présens qu'il m'a faits, mais que le roi d'Angleterre ne serait pas aise que je les gardasse; qu'en conséquence je les lui renvoie, en le priant de nouveau d'être convaincu de ma reconnaissance.

— Bien, dit Mansart, qui était cousin de Gautier, Et il partit aussitôt de Calais.

Quelques jours après, il remettait les joyaux au roi, qui lui disait :

— Jo ne les veux reprendre ; ils sont entre les mains de trop bon et loyal chevalier. Gardez-les donc, messire, en souvenir de moi et de votre gentil cousin Gautier de Mauny.

LA CQlilTESSE DE SALTSBURY. 193

On se souvient que le comte Derby s'était tenu toute la saison en la ville de Bordeaux.

Dès qu'il apprit le départ du duc de Normandie, Tenvie lui prit de faire une petite expédition en Poitou, et comme rien ne le retenait, il fit aussitôt son mandement, auquel s'empressèrent de répondre le sire de Labret, le sire de TEspare, le sire de Rosem, messire Aymon de Tarste, le sire de Mucident, le sire de Pommiers, le sire de Danton, le sire de Languerem et autres.

Le comte Derby réunit ainsi six cents hommes d'armes, deux mille archers et trois mille piétons.

Tous ces gens passèrent la rivière de Garonne entre Bordeaux et Blaye, et leurs prises recommencèrent. ,

Ce fut d'abord Mirebeau, capitale du petit pays de Mirebalue en Poitou.

Puis Aulnay, puis Surgères, puis Courçon, et ils ne s'arrêtèrent qu'au château de Marans, où ils ne purent rien faire, ce qui les força à se rejeter sur Mortagne-sur-Sèvres en Poitou, où ils livrèrent un grand assaut qui vint à bonne fin pour eux ; après quoi ils marchèrent sur Lusignan, dont ils brûlèrent la ville, et dont le comte Derby assure qu'il prit le château, fait nié par Froissard.

A Taillebourg, un de leurs chevaliers fut tué, ce qui les irrita tellement qu'ils tuèrent tous ceux de la vilie, et passèrent outre pour venir devant Saint-Jean-d'Angely.

Tout le pays était si effrayé de la venue du comte, que tous les habitans du pays fuyaient devant son arrivée comme des feuilles tombées devant les vents d'hiver.

Les écuyers de Poitou et de Saintonge se tenaient en

m u oomusmi es pau&buiit*

leurs chftteaux sans nulle apparence qu'ils voulussent combattre les Anglais.

Le comte, nous l'avons dit, était donc arrivé devant Saint-Jean-d'Angely, où, comme on doit s'en souvenir, étaient restés prisonniers les dix-sept hommes de Gautier de Mauny, ce dont le comte avait été informé, et ce dont il comptait bien prendre sa revaapbe.

Quand les Anglais eurent donné un premier assaut et se furent retirés dans leur logis pour se reposer et recommencer 1« lendemain, ceux de Saint-Jean-d'Angely, qui n'avsdent ni gens d'armes, ni écuyers, ni chevaliers, pour aider à g^der la ville 9t conseiller les bourgeois, se trouvèrent fort en peine, eraignant, et avec raison, de perdre leurs feromes, leurs enfans, leurs biens et eu:j-méuies.

Il résulta de cette crainte générale que le maire delà ville, nommé Guillaume de Riom, voulut proposer un traité au' comte Derby, et', pour ce , envoya audit comte un messager qui devait lui demander un sauf-conduit pour six des bourgeois de la ville chargés de traiter la capitular tion avec lui.

Le comte accorda ce sauf-conduit, valable pour toute la nuit et le lendemain.

Le lendemain donc, h. la première heure, les six bouvgeeis vinrent demander le comte Derby, qu'ils trouvèrent en son pavillon comme il venait d'entendre la messe.

— Eh bieni messieurs, leur dit le comte, quelles oflfres m'apporlez-vous?

— Nous venons, dit un des députés, demander que ceux de la ville puissent se retirer, eu?, leurs enfans, leurs femmes et leurs biens, en abandonnant la ville.

— Et si je m'y refuse?

— Nous vous demanderons alors vos conditions.

— Mes conditions, dit le comte, sont que la ville se rends sans conventions^ et eu S9 flaut à nous*

L4 COMTESSE PE; SÂIiSBURT, 195

— Nous tfacœpterons pas, dirent les six bourgeois eu se levant, et nous soutiendrons l'assaut.

-r Libre ^ vouS| messieurs, dit le cpmte.

Et ii se leva à sop tour.

— C'pst yotrq dernière volonté? dirent les envoyés. j

— Oui,

— Adieu donc, messire.

— Au revoir, messieurs, dit le comte en souriant. Et il prit congé des six bourgeois.

Ceux-ci s'acheminèrent vers la ville.

Au moment où ils allaient quitter le camp anglais, une douzaine dç soldats leur barrèrent le passage en leur disant:

'^ — Quatre de vous sont nos prisonniers.

— Mais nous avons un sauf-conduit, dirent les bourgeois étonnés.

Et, en disant cela, ils montraient le sauf-conduit du comte.

— Il est inutile, dirent les soldats.

— C'est donc une trahison 1 s'écrièrent les envoyés.

— Nous l'ignorons ; mais nous avons ordre de ne laisser sortir que deux de vous.

— Et de qui vient cet ordre ?

— Du comte Derby.

— Mais vous pouvez nous mener à lui? dit un des bourgeois.

— Oui.

— Alors, conduisez-nous, car nous resterons ou nous sortirons ensemble.

Les soldats conduisirent les six bourgeois auprès dq comte.

— Que veut dire cela, messire? demandèrentp-ils au comte; on nous arrête malgré votre sauf-conduit.

— Et l'on fait bien, messieurs.

— Et Tordre vient de vous?

i96 U COMTESSE DE SALISBURY.

— De moi.

— Veuillez nous expliquer...

î ; — C'est bien simple. Il y a quelque temps, le sîre Gautier de Mauny passa par Saint-Je^n-d'Angely avec vingt hommes. Il était muni d'un sauf-conduit du duc de Normandie pour lui et les siens.

— Quel rapport cela a-t-il avec nous? demandèrent les bourgeois.

— Vous allez le voit, continua le comte. Le sire de Mauny fut arrêté comme vous l'avez été; comme vous l'avez fait, il montra son sauf-conduit; mais, comme pour vous, il lui fut inutile. On retint dix-sept hommes sur les vingt qui l'accompagnaient, et ces dix-sept hommes sont encore dans votre ville.

— De sorte...

— De sorte que j'ai trouvé assez naturel de vous faire . aujourd'hui ce que votre maire a fait à un des nôtres, et,

calculant à peu près comme il avait calculé, je n'ai voulu laisser sortir de mon camp que deux de vous.. Il n'y avait rien à répondre.

— Ainsi, c'est un échange que vous voulez? dit un des bourgeois.

— L'échange d'abord, et la condition que je vous imposais tout à l'heure.

— La reddition de la ville?

— Sans engagement de notre part. Les bourgeois se consultèrent.

— Eh bienl dit l'un d'eux, nous sommes chargés des pouvoirs de la ville , nous acceptons, puisque nous ne pouvons pas faire autrement. Laissez-nous retourner jusqu'à la ville, et informer les habitans du traité que nous venons de faire.

— Vous n'avez pas besoin d'être six pour cela, et un seul suffit. Les autres entreront avec nous dans la ville.

Il n'y avait pas moyen de reculer.

LA œMTDSSE DE SAUSBURT. m

— Tous comprenez bien, reprit le comte : nos dix-sept hommes vont d'abord nous être renvoyés; puis, quand nous nous présenterons à la porte de la ville, votre maire viendra nous en apporter les clefs et faire sa soumission au nom de tous. Alors, et seulement alors, nous verrons ce que nous aurons à faire.

Un des six envoyés rentra à Saint-Jean-d'Angely et fit part des conditions imposées, lesquelles furent acceptées.

Deux heures après, les dix-sept compagnons de Gautier de Mauny étaient revenus au camp anglais, et le comte Derby prenait possession de la ville au nom du roi d'Angleterre.

Après huit jours de séjour à Saint-Jean-d'Angely, les Anglais se remirent en route et marchèrent sur Niort, une bonne ville, bien fermée, de laquelle un gentil chevalier, messire Guichard d'Angle, était capitaine et souverain pour le temps.

Trois assauts eurent lieu, qui ne produisirent rien aux Anglais.

Alors ils partirent et s'acheminèrent vers Poitiers; mais sur le chemin ils prirent le bourg de Saint-Maixent, et tuèrent tous ceux qui s'y trouvaient, et, appuyant un peu à gauche, ils vinrent devant Montreuil-Bellay ; et cela n'était pas sans raison, comme on va le voir.

Il y avait dans cette ville plus de deux cents monnayeurs qui forgeaient et frappaient la monnaie du roi, ce qui n'é^ tait pas d'un mince attrait pour le comte.

Celui-ci fit sommer la ville de se rendre, mais la ville refusa.

Heureusement, les Anglais étaient habitués à ces reflis, et savaient comment s'y prendre pour en avoir raison.

Ils commencèrent le siège en faisant venir les archers devant.

Au bout d'une heure, nul n'osait plus se montrer à la défense, et le soir la ville était prise.

ItS lA GOirrBSSE DB SAUflBUHT.

Tous les habitans fùveni iués.

Nous n^avons pas besoin de diie ce que demi ^ i^mt naie du roi.

Le comte laissa une garnison dans )e cbAteaD, e( il iffr partit pour Poitiers, qui était encore loin de là^

Le premier assaut fut inutile, et cepQiidant la ville n^ tait pleine, dit Froiasard, que demenu^ gens, peu ftid^l^les en guerre.

Le lendemain, plusieurs ehevaiiers montàrent h eiieral et s*en vinrent rOder autour de la ville, oberobant un e^rw droit par lequel elle pût être plus facilement attaquée.

Ils trouvèrent un lieu qui leur parut assez propre h ^f§ tentative, et ils en infonnèrent la coqatQ, qui décida, ^près eonsell, que le lendemain la villa sfm\ ^itaquée suf troi^ points, et que les arcbera attaqueraient le pgint le pl^ faible.

Le lendemain, \|ui était le mercredi 4 octobre, 1^ ^p)f assaut commença avQC le jaur^

Les babitans de Poitiers avaient fort à faire, car ils i|e pouvaient aller ainsi d'uil poiQt ii un ^utr^ ^\ défendre aussi bien les trois.

La ville fut prise.

Hommes, femmes, enfons» vieillard^ tout tvA passé nu Ql de répée.

Le butin des Anglais Ait éuprmq, ca^ri QUtrfi le bien des habitans, il y avait encore celui dati llf^bit^ps du plat pays, qui s'étaient réfugiés à Poitiers, s'y çf oyant plus en sû^et^ que dans la campftgnet

Gouvens, châteaux, églises, tout fut détruit, et le QQ^tp lui-même, qui vpulpiit séjourner pnzp ou fjpuze jours dans la ville, ne put fiirréter le pillage et la de^(^ction qu'?9 menaçant de la mpr^ quicpuque s'y liyrer^î^ eppore,

Le comte Derby s'apprêtait à aller à Calais, l^l^s^t derrière lui uu sjll^ge 4e feu, dP sang et de yuines.

Tout le pays qu'il ayai^ trfiyersé étai^ déspr^ poiume s'il

eft( été visité par la PQlère 4u g^ig^euT« e\ çammQ iâ le comte eût été aidé dans son expédition d'un |léau coinme celui qui devait ravager la France deux ans plus tard, et dont nous aurons à parler avant la un de cette histoire*

Quand le comte eut séjourpé quelques jours àPoitiers, il Tabandonna sans y laisser de garnison, car il eût été forcé de repeupler son armée, tant la ville avait besoin d'hommes pour être gardée, et iï revint à Saint-Jean-d*Angely à petites journées.

Le comte aimait fort se battre, mais il aimait fort aussi, les fêtes et le repos après le coinbat.

A Saint^Jean-d-Angely, il acquit grand amour des bouri! geois, des dames et des demoiselles, car il n-y fut pas plu^ tôt revenu qua, comme à Bordeaux, il donna des fêtes et des bals sans nombre, et il se faisait des partisans là oà quelques jours auparavant il avait des ennemis.

Il traînait à sa suite un immense butin d'or, de pierreeries et de joyaux ^mi il distribua uuq partie aux dames et aux demqisejles de gaint-Jean-4'Angély, ce qui ne contribua pas peu à iais^r un agréable «ouv^W de lui dans les esprits 4^ ]^ gepi féjniuine, au point qu'elles disaient qu'il était iu^possible de ypir plus x\qbl^ prince cb^vauolier sur palefroi,

Pufin, après force bals, dtoers et soupers, le ccwte oiw dpuua ^es gens, fit rwouveler m WWa et aux habitons dô la ville les sermens de fidélité 4éjà prêl^ una fois, et il s'en ail^ ver^ la vIUq çia fior^Baux,

Arrivé là, il dQpna congé à tous m g§n«i d'armes, gar?T çons et auteeis, en les romwciant grw4ement 4a leur bon service,

, pui^, peu après, il prit la nier et s'en alla en Angleterre avant de rejoindre Edouard et 4© lui rendre isompte da SO» heurpuse expéditiqni

Nous allons abandonner un instant la France et voir m fpm pa^f W Écp^» car noua touchons à la fin de nor

âOO , LA COMTESSE DE SALISBURY.

tre livre, et les événemens nous reportent à la patrie do Robert Bruce.

Donc, avant d*aller à Calais, le comte Derby s'arrêta quelque temps en Angleterre.

Des lettres qu il avait reçues d'Edouard III le priaient d'aller voir par lui-môme ce qui se passait à Londres et ce qu'il fallait croire d'une prochaine invasion écossaise dont le roi avait entendu parler, et que des messagers de la reine lui avaient fait pressentir.

Disons tout de suite que l'Ecosse était dans un bien pauvre état.

Voici comment Walter Scott s'exprime à ce sujet :

a II n'y avait plus ni refuge ni protection à trouver dans les lois, à une époque où toutes les questions étaient décidées par le bras le plus vigoureux et la plus longue épée. On ne cultivait plus la terre, puisque, d'après toutes les probabilités, l'homme qui l'aurait ensemencée n'aurait pu en recueillir la moisson. Peu de sentimens religieux se conservèrent au milieu d'un ordre de choses si violent, et le peuple devint si familier avec les actes injustes et sanguinaires, que toutes les lois de l'humanité et de la charité étaient transgressées sans scrupule. Des malheureux étaient trouvés morts de faim dans les bois avec leurs familles, et le pays était si dépeuplé et si inculte, que les daims sauvages quittaient les forêts et approchaient des villes et des habitations des hommes. Des familles entières étaient réduites à manger de l'herbe, et d'autres trouvèrent, dit-on, un aUment plus horrible dans la chair de leurs semblables. Un misérable établit des trappes dans lesquelles il prenait

les créatures humaines comme des bêtes fauves et s'en nourrissait. Ce cannibale était appelé Christian du Grappin, à cause du grappin ou crochet qu'il employait pour ses affreuses trappes.

» Au milieu de toutes ces horreurs, continue le romancier historien, lorsqu'il y avait quelque trêve entre eux, les chevaliers écossais et anglais faisaient succéder aui combats des tournois et autres exercices de chevalerie. Le but dç ces jeux n'était pas de combattre, mai^ de prouver qui était le meilleur homme d'armes. Au lieu de faire assaut d'adresse, et de chercher qui sauterait le plus haut ou de disputer le prix d'une course à pied ou à cheval, c'était la • mode alors que les gentilshommes joutassent ensemble, c'est-à-dire qu'armés de toutes pièces, tenant leurs longues lances, ils courussent l'un contre l'autre jusqu'à ce que l'un des deux fût enlevé de sa selle et renversé par terre. Quelquefois ils se battaient à pied avec l'épée ou la hache, et, quoique ce ne fussent que des jeux où présidait la courtoisie, on voyait quelquefois périr plusieurs champions dans ces combats inutiles, comme s'ils eussent combattu sur un champ de bataille véritable. »

Quand le comte Derby arriva à Londres, il y avait trêve, ou du moins trêve apparente entre les deux Etats.

Le comte, après avoir fait part de son expédition à la reine, se rendit à Berwick, où il fit annoncer qu'un grand tournoi aurait lieu, auquel il convoquait tous ceux des chevaliers écossais qui voudraient combattre.

Or, il y avait à cette époque de vaillans hommes en Ecosse, et qui ne refusaient jamais ni un combajt ni un tournoi.

Le comte Derby avait envoyé des espions en mêm® temps qu'il avait fait annoncer ce tournoi, car, le temps que les chevaliers écossais passeraient à ce tournoi, ils ne pourraient le passer à faire les préparatifs de l'invasion

àfâ LÀ fcOMtfeSSË DE 8ALfôÔURt.

projetée, et lui, le comte t)erby, pourrait areftir Èdcîùéi^d, s'il Jr àVÈlit liëU; Les espionâ tèYiftrenti

— Monseigneur, dirent-ils au comte, rieii tf fôl ptdà certain que cette invàsibtt;

— Et (lui devait la ^mftiàûdert

— Le h)i David BrUbeM i)ei'sontiè.

-^ Et les autres bhef^ de son âfitiéet

*-^ Étaient Aletandre Râtnsay, William ÔoUglàs et le chevalier de Liddesdàloi

-** Et ces tîpois chëTâliërà vîettdtont àu tôUtnoif

*^ oui, monseignéuri

Il n'y av«dt pa* m tem|)^ h peindre*

Le comte, au lieu dé i)révenii- Edouard, dont le séjour en France était si utile à là réuisîte de ses pit)jets, fil prévenir la reine de te qui se paissait, ftflii que Cêut de ses chevaliers qui lui restaient se tilisdeîit eh garde contre celte invasion^ et le comte attendit lé tournoi.

Les cotobattans arrivèrent.

Le comtb 1^ wçut avec 1«S hoiiheUi^ dû» h lëlir i^ng, et s'adressant à Ramsay, il lui dit t

— Avec quelles armes vous plaît-il que les chevaliers combattent?

— Avec les bouclieils de métal, répondit Ràmsay.

*- Non* non^ répliqua le comte, il y aurait Wyp t)eu d'honneur à acquérir avise de paneiUes Armes. 8eihDii»-tlÔlis plutôt des armures légères qUe nous portons les jours de bataille. -

— Avec des pourpoints de soie si voua le YtHilez, rendit Alexandre Ramsay*

On s'en tint aux armures légères.

Le jour du tournoi arriva.

Les principaux chevaliers inscrits étalent^ dU côlô dès Écossais, Graham, Douglas, Ramsay et Liddesdatei Du côté des Anglais^ le cmnte Derby et le baitm Talbel.

Chacun de ceuT-çj savait que c'était un ennemi véritable qu'il avait à combattre, car le comte Derby ne leur avait pas laissé ignorer les projets de rEcosse^ et il avait même dit à talbot :

— Baron, vous contentèrez-vous de votre annure légère?

— oui, avait répondu celui-ci.

— Eh bien! si vous m'en croyez, vous en mettrez une <ioublée au moins à la poitrine*

— Pourquoi?

— Parce que, si nous avons deviné que nous avions des ennemis sérieux dans nos adversaires^ ils û^ nous 4^^ gneront pas; car, de leur côté, ils doivent bien savroir que nous ne leur sommes guère amis, et le roi d'Angleterre a trop besoin de ses vaillans chevaliers pour que je vous laisse vous exposer sans raison^

— Merci du conseil, monseigneur j je lé suivrait

Si nous sommes entrés dans des détails mt 'tôG tottmoi, c'est qu'il fut un des {^us meurtriers et des plus beaux de cette époque.

Le comte Derby devait combattre Lîddesdfllfe et Rômsay; Talbôt, Graham et un autf^ lîhëvélier écoissais dont nous n'avons pas le nom.

Puis venaient d'autreâ fthevalierâ-, bW^eèl, Mis rtioinâ împortans que ceux que nous venons de nommer.

Après plusieurs passes insignifiantes, le chevalier de tîddesdale vint frapper l'écu tf u comte Derby. Celui-fci sortit de son camp.

Liddesdale n'avait pa§ îbtiVhi dgUi fois la carrt^te que, blessé au bras droit, il était forcé de quitter la partie.

Le comte rentra danâ son camp aux applaudissemens des spectateurs, et Talbot, qui le remplaça, alla toucher Vécu désir Patrick tlraham, qui était un redoutable champion. , C'est alors que Talbot sut gré au comte du conseil qù^i

âOI U GOIITESSE DE SALISBURT.

lui avait donné, car la lance de son adversaire perça sa double cuirasse et s'enfonça d'un pouce dans la chair.

Avec sa cuirasse de guerre, il eût inévitablement été tué.

C'est ainsi que se termina le premier joilr.

Le soir, au souper, un chevalier anglais voulut venger la . défait de Talbot, et défia Graham de fournir le lende-' main trois fois la carrière contre lui.

— Ah I tu veux te mesurer avec moi, dit celui-ci. En ce cas, lève-toi demain de bonne heure, confesse tes péchés, car le soir tu rendras compte à Dieu.

Le bruit de ce défi se répandit, et le lendemain, quand Graham , déjà vainqueur la veille, reparut dans la lice, tous les yeux se fixèrent sur lui, car on était curieux de savoir s'il gagnerait son sanglant pari.

Patrick Graham s'avança jusqu'au milieu de la lice, et voyant venir à lui son adversaire, il lui cria :

— Avez-vous fait comme je vous ai dit, messire?

— Pas plus que vous, sire.

— Alors vous mourrez sans confession, ce qui est un malheur quand on est sérieusement chrétien comme je crois que vous Têtes.

Et à peine Graham avait-il dit cela, qu'il prit du champ, assura sa lance, et, courant de toute la force de son cheval sur le chevalier anglais, il lui passa sa lance au travers du corps.

Le chevalier tomba à terre.

Quand on le releva, il était morl.

La chose avait été si rapide et si terrible à la fois, que l'admiration faisait place à l'effroi. Graham se retira au milieu du silence général.

Les applaudissemens n'éclatèrent que lorsque le comte Derby reparut.

Les dames et damoiselles de Saint-Jean-d'Angély avaient bien raison de dire que c'était .le plus beau cavalier qu'on pût voir sur un palefroi.

Rien n'était plus élégant que lui lorsqu'il se présenta dans la lice, et cependant il était pâle et son sang bouillait, car il avait soif de venger la mort de celui qu'il venait de voir tuer.

William Ramsay, parent d'Alexandre Ramsay, dont nous avons parlé plus haut, répondit à l'appel du comte.

C'était un aussi brave chevalier que son frère.

Les deux adversaires fondirent l'un sur l'autre.

William visait, comme son prédécesseur, à la poitrine* Le comte visait à la tête.

Les deux lances se brisèrent, les deux chevaux phèrent sur leurs jarrets, mais les deux champions restèrent en

Chacun reprit une lance, et ils recommencèrent.

Cette fois, l'issue ne fut pas la même, quoique tous deux cherchassent toujours.

La lance de William glissa, et celle du comte, traversant le casque de son adversaire, le lui cloua sur le crâne.

William ouvrit les bras et tomba.

Tout le monde le croyait tué, et cependant il respirait encore, mais si faiblement, que la première chose que l'on fit, quand il eut été transporté dans son camp, fut d'aller chercher un prêtre.

William se confessa sans prendre le temps d'ôter son casque.

— Que Dieu m'accorde, dit le comte Derby, qui ne s'occupait plus que de soigner le blessé, de me confesser le casque en tête et de mourir dans mon armure I

Quand la confession fut terminée, Alexandre Ramsay étendit son frère par terre tout de son long, et appuyant son pied droit contre la tête du patient, il réunit toutes ses forces, et tira le morceau de lance en môme temps du casque et de la tête.

Après quoi William se leva, et, se frottant la tête, il dit en souriant:

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