II
— Cette députation vous répétera ce que je viens de vous dire : que rien ne se peut faire sans l'assentiment de la communauté.
— Nous attendrons, maître. La patience est l'éternité des rois.
ïl était clair qu'Edouard TTI accepterait le secours de Gérard Denis , dans le cas où ce secours lui deviendrait utile, mais il était trop bon politique pour s'engager à rien tant que le brasseur était encore le chef de la Flandre.
Le lendemain , les conseillers arrivèrent h bord de la Catherine. Depuis quelques instans d'Artevelle était auprès du roi.
— Cher sire, dit l'un des conseillers qui prit la parole au nom des autres, vous nous requérez d'une chose bien difficile, et dont pins tard le pays de Flandre pourrait nous demander compte. Certes , il n'y a pas aujourd'hui seigneur que nous voudrions autant avoir pour maître que votre fils , le prince de Galles ; mais cette chose que nous désirons , nous ne pouvons l'accomplir seuls , et il nous faut le consentement de toute la communauté de Flandre. Chacun se retirera donc dans sa ville, réunira les suffrages, et ce que la plus saine partie des Flamands voudra, nous le voudrons. Dans un mois nous serons ici, et nous vous répondons, sire, que notre retour vous causera grande joie.
— Qu'il en soit ainsi ! répliqua le roi. Un mois encore je vous attendrai.
La députation se retira, et Jacques d'Artevelle resta avec le roi. Jacques était de plus en plus soucieux.
— Eh bien ! que dites-vous de cela, compère, demanda Edouard à l'ancien brasseur; et ne craignez-vous pas maintenant de m'avoir fait venir pour rien ?
- ~ Ah 1 ah ! sire, j'ignore ce que vous aurez à regretter pour vous, mais je sais qu'outre beaucoup d'autres rai-
sons encore , j'aimerais mieux, surtout maintenant, être dans les habits du roi d'Angleterre que dans les miens.
— Vous n'êtes pas ambitieux, maître, répondit en souriant Edouard ni. Ce que l'on dit est-il donc vrai î
— Et que dit-on, sire?
— On dit que Jacques d'Artevelle n'est ni aussi aimé ni aussi influent, aujourd'hui, qu'il l'était autrefois.
— Et pourquoi? mon Dieu !
— On accuse maître d'Artevelle de déposséder peu à peu son seigneur légitime , le comte Louis ; ce qui ne serait peut-être rien , si maître Jacquemart n'avait mis la main sur certain trésor de Flandre, et ne l'avait employé sans en rendre compte , ce qui ferait croire qu'il n'a pas eu tout à fait la destination qu'il devait avoir. Il en résulte qu'à l'heure qu'il est on conspire peut-être contre Jacques d'Artevelle, comme si d'Artevelle était un souve* rain naturel.
— On conspire ? fit Jacques en pâlissant malgré lui.
— On le dit.
— Et qui dit cela, sire?
— Le vent qui vient de Gand.
— Monseigneur, vous avez vu le tisserand Denis.
— Peut-être.
— Cet homme vous trahira, sire.
— Qui vous dit que je l'aie vu, maître, et même, l'ayant vu, qui vous dit que je me sois fié à lui ?
— Alors, sire, il faut que vous m'aidiez à déjouer ses tomplots, et à faire triompher le prince de Galles.
— Je ne suis venu que pour cela, et, à dire vrai , je crains bien de m'être dérangé inutilement.
— Non, sire ; vous réussirez si vous voulez me venir en aide.
— Que faut-il faire ?
— Il faudrait , sire , me donner quatre cents hommes
pour faciliter l'exécution de vos projets et faire mainbasse sur nos ennemis, car nous en avons.
— Et augmenter d'autant la garde qui doit défendre Jacques d'Artevelle.
— Ah I sire , qui conserve d'Artevelle conserve votre allié et défend vos prétentions.
— C'est juste. Eh bien ! je vous donnerai quatre cents hommes.
— Je les ferai entrer de nuit à Gand, et, au retour des conseillers, si les événemens sont contre nous, nous forcerons les événemens.
— Puissamment raisonné, maître, et c'est alors que l'homme de conseil fera place à l'homme d'action, fit le roi qui ne semblait pas avoir grande confiance dans le courage de son compère.
— Oui, sire.
— Eh bien I dès ce soir, les quatre cents hommes seront à votre disposition.
— Et dès ce soir, sire, ils entreront à Gand.
— Quoi qu'il arrive, ajouta Edouard , je suis là pour vous protéger, maître, et, si l'on vous tue, je vous vengerai, je vous le promets.
Et, en disant cela, le roi tendait cordialement la main au ruthwaert.
Mais à ce mot que venait de prononcer Edouard, d'Artevelle avait pâli de nouveau, et sa main tremblait dans la main royale.
— Allons, je ne m'étais pas trompé, pensa Edouard, cet homme a peur.
— Il me vient une idée, dit le roi tout haut.
— Laquelle, sire?
— C'est d'ajouter cent hommes encore aux quatre cents autres, car je crois que vous ne serez jamais trop bien gardé.
D'ArtevelIe ne put s'empêcher de baiser la main du roi.
— Ah ! mon pauvre fils, murmura Edouard en s'éloignant du brasseur, si vous êtes jamais seigneur de Flandre par le secours de maître Jacquemart, cela m'étonnera bienl
Le soir même , d'Artevelle aborda avec la troupe que lui avait promise Edouard, et pendant la nuit il la fit entrer à Gand.
Mais au moment où il franchissait la porte de la ville, un homme qui venait de le reconnaître s'éloignait dans l'ombre.
Cet homme était Gérard Bénis, qui , sachant que d'Artevelle n'était pas revenu à terre avec les coasei 11ers, s'était douté de quelque surprise et guettait depuis longtemps déjà le retour du brasseur.
Les cinq cents hommes d'Edouard entrèrent dans la ville, et d'Artevelle, ramené par ce dernier, regagna son hôtel.
Cependant la ville se réveilla le lendemain avec une certaine agitation.
Dès le matin, grands et petits furent convoqués sur la place du Marché, et celui des conseillers qui la veille avait pris la parole à bord de la Catherine , et avait fait part à Edouard des moyens à employer pour la réussite de ses projets, harangua le peuple dans le même sens, et lui annonça que le roi d'Angleterre amenait avec lui le prince de Galles, auquel d'Artevelle avait promis la Flandre.
Alors ce fut une réprobation générale, et le peuple s'écria en masse qu'il ne déshériterait pas son seigneur naturel pour le fils d'Edouard III.
C'était ce que Gérard Denis était venu dire la veille au roi.
Aussi ne serons-nous pas étonnés de retrouver là le tisserand alimentant de son mieux la discorde naissante et haranguant le peuple à son tour.
— Résignez-vous tout de suite , mes amis , disait Gérard, car il faudrait vous résigner plus tard.
— Que voulez-vous dire ? s'écria-t-on.
— Je veux dire que d'Artevelle est le plus fort, et que cette fois, comme toujours , il vous imposera sa volonté.
— Non, non.
— 11 a prévu le cas de rébellion, et ses précautions sont prises.
— Qu'a-t-il fait ?
— Il a demandé au roi d'Angleterre un renfort de mille hommes, excellens archers , qui sont entrés cette nuit dans la ville, et qui appuieront par tous les moyens les prétentions du roi et de Jacquemart.
Comme on le voit, Gérard mentait de cinq cents hommes ; mais c'est bien peu de chose quand il s'agit de faire triompher ses opinions.
Une sorte de stupeur s'empara des assistans.
— Et ce n'est pas tout , continua Gérard , d'Artevelle n'a pas pris pour rien le trésor de la Flandre , et il l'a gardé comme un roi.
— Mort au traître 1 cria-t-on de toutes parts I Gérard voulut continuer sa harangue , mais sa voix fut
bientôt couverte par les cris de toute la populace qui demandait la tête du brasseur.
— A son hôtel ! crièrent tous ces furieux, qui st ruèrent comme une marée vers l'hôtel de Jacquemart.
Quand d'Artevelle entendit ces rumeurs, sourdes d'à-
bord comme un ouragan lointain, puis précipitées et violentes comme le bruit du tonnerre qui se rapproche, il eut peur.
Puis il fit fermer et barricader les portes et les fenêtres.
Il était temps.
A peine les valets avaient-ils obéi â cet ordre de leur maître, que la populace environna l'hôtel.
Cependant la maison était bien gardée.
Cent quarante ou cent cinquante hommes l'occupaient et la défendaient vaillamment ; mais ils ressemblaient à ces Gaulois qui croisaient leurs flèches avec la foudre, et quoique à chacun de leurs traits un ennemi tombât , le flot se resserrait et les vagues humaines semblaient s'augmenter encore.
D'Artevelle comprit qu'il n'y avait pas de résistance à opposer, et que si cette foule entrait dans son hôtel, il serait massacré sans pitié ni merci.
Alors il appela à son aide son habileté d'autrefois ; mais en ce moment la peur le dominait, et, au lieu d'être adroit, il ne fut que lâche.
Il ouvrit donc une fenêtre et se montra au peuple.
Ce furent d'abord des cris de rage et de mort, devant lesquels le pauvre Jacquemart tremblait de tous ses membres ; mais quelques voix se firent entendre disant :
— Il veut parler, écoutons-le ; et peu à peu le silence se rétablit, tout prêt à s'interrompre par des menaces et des huées.
— Bonnes gens, que vous faut-il ? demanda d'Artevelle. Qui vous agite aiasi ? pourquoi m'en vouloir tant , comment puis-je vous avoir courroucés? Dites-le moi, et je m'en amenderai pleinement à votre volonté.
Un rire universel et des pierres accueillirent cette première partie du lamentable discours de d'Artevelle ; mais
comme quelques secondes auparavant, le silence se rétablit de nouveau.
— Noup voulons avoir compte du trésor de Flandre, que vous avez volé, s'écria Gérard Denis.
Jacquemart reconnut la voix de son ancien ambassadeur, et il crut qu'en s'adressant à lui isolément il avait plus de chance d'obtenir quartier qu'en implorant cette foule irritée et inintelligente.
— Comment, mon bon Gérard, te voici parmi ceux qui me veulent mal ; toi qui me connais, dis leur donc qufe je n'ai rien fait pour les irriter.
— Tu as dilapidé le trésor.
— Oui, oui, jurèrent tous ces hommes.
— Mes amis, mes bons amis, cria d'Artevelle d'une voix étranglée par la peur, rentrez en vos maisons, et revenez demain au matin, d'aussi grand malin que vous voudrez, et je vous rendrai tous les comptes que vous tiendrez à avoir.
— Tout de suite, tout de suite, fut le cri général.
— Tu te sauveras d'ici à demain, dit une voix.
— Ou tu nous feras tuer par les mille hommes du roi Ec^ouard.
— Le roi Edouard ne m'a pas donné mille hommes.
— Tu mens, cria Gérard.
— I) ne m'en a donné que cinq cents, dit Jacques avec des larmes dans les yeux.
— Il l'avoue, il l'avoue, hurlèrent les assaillans.
— Je les congédierai > dit Jacquemart.
Mais nul ne put l'entendre, car de nouveau le flot battait les portes de l'hôtel et les pierres brisaient les fenêtres.
Alors l'ex-brasseur tomba à genoux, et tout en sanglotant, il s'écria :
— Seigneurs, c'est vous qui m'avez fait ce que je suis. Vous rae jurâtes jadis que contre tous les hommes vous me garderiez et me défendriez, et voilà qu'aujourd'hui
LA COMTESSE DE SALISBURY. lOo
VOUS me voulez tuer sans raison. Vous le pouvez faire puisque je suis seul contre vous tous et n'ai point de défense, mais considérez un peu le bien que je vous ai fait et que je puis vous faire encore.
Peu à peu le silence s'était rétabli.
— Descendez , descendez , criait-on, car vous ne nous pouvez parler de si haut, et nous voulons vous entendre. Nous voulons savoir ce qu'est devenu le grand trésor de Flandre que vous avez gouverné trop longtemps sans en rendre compte. Descendez, descendez.
— Je descends, dit d'Artevelle, et il ferma la fenêtre. Mais il paraît que les comptes qu'il avait à rendre
étaient embrouillés, et qu'il aimait mieux ne pas se confier aux chances de la discussion, car il songea à se sauver par derrière et à se réfugier en une église attenant à son hôtel.
Mais ceux d'en bas, ne le voyant pas venir, se doutèrent de quelque couardise , et se portèrent en foule de l'autre côté de l'hôtel.
Ils virent en effet que Jacques voulait fuir, et comme cette fuite était pour eux la preuve de ce dont ils l'accusaient, ils se précipitèrent sur lui , et le frappèrent malgré ses cris et ses larmes.
Le malheureux ruthwaert roula à leurs pieds , et il respirait encore lorsque Gérard Denis s'approcha de lui.
En voyant venir celui qu'il avait longtemps regardé comme son ami , le brasseur réunit toutes ses forces, et lui dit :
— Gérard, mon bon Gérard, sauve-moi.
Alors le tisserand s'approchant du moribond, lui planta jusqu'au manche son couteau dans la gorge, et Jacques mourut sans avoir poussé un cri.
« Ainsi finit d'Artevelle, dit Froissard, qui en son temps fut un grand maître en Flandre. Povres gens l'amon-
tèrent premièrement , et méchans gens le tuèrent en la parfin. »
Edouard apprit aussitôt ce qui venait de se passer à Gand, et le soir même il fît voile pour l'Angleterre , fort irrité de ce qui venait d'avoir lieu , et jurant qu'il vengerail d'une façon exemplaire la mort de son compère d'Artevelle.
Lorsque Gérard Denis apprit le départ du roi et les menaces qu'il avait faites en partant, il demanda qu'une ambassade fût envoyée à Edouard , afin de détourner de la Flandre la colère d'un roi si puissant et qui s'était montré son allié sincère.
En conséquence, les conseillers qui étaient venus trouver Edouard au port de l'Ecluse partirent pour Londres.
Le roi était à Westminster lorsqu'on vint lui annoncer que les députés d'Ypres, de Bruges, de Courtray, d'Audenarde demandaient à être introduits auprès de lui.
Le roi, un peu revenu de sa première colère , les reçut.
Alors ils commeacèrent à s'excuser de la mort de d'4rtevelle, jurant que, comme ils étaient déjà partis pour recueillir les assentimens nécessaires à Edouard, ils n'avaient rien pu savoir ni empêcher de ce qui avait eu lieu, ajoutant qu'ils étaient désolés et courroucés de ce malheur, et qu'ils regrettaient sincèrement la mort du ruthwaert, qui les avait toujours sagement gouvernés.
— Cependant , sire , ajoutèrent les députés , la mort de d'Artevelle ne vous peut ôter la confiance et l'amour des Flamands, quoiqu'il vous faille maintenant renoncer à l'héritage de Flandre, dont ils ne peuvent frustrer le comte Louis , qui est encore à Tenremonde, et qui , bien que joyeux de la mort de Jacques qui avait fini par usurper son pouvoir, n'ose encore revenir, mais qui se rassurera bientôt et reviendra à Gand.
Comme Edouard ne répondait rien aux ambassadeurs
et paraissait irrité de plus en plus de la mort de son compère qui lui faisait perdre ses espérances sur la Flandre, un de ceux qui se trouvaient là , et qui n'avait encore rien dit, s'approcha de lui en disant :
— Il y a peut - être moyen de tout concilier, monseigneur.
— Et quel est ce moyen ?
Les autres députés se retirèrent dans le fond de la salle, comme s'ils avaient compris qu'ils n'avaient rien à ajouter à ce qu'allait dire leur compagnon.
— Vous vous souvenez , sire , de la visite que vous fit Gérard Denis à hord de la Catherine?
— Et je me souviens aussi que c'est ce même Gérard Denis qui a tué de sa propre main celui qu'aujourd'hui je veux venger.
— Sire, il y a des homicides agréables à Dieu quand ils sont utiles à toute une nation.
— Enfin, ce Gérard Denis...
— M'a remis un message pour vous , monseigneur, et qui achèvera peut-être de nous concilier votre grâce.
Et en disant cela, le Flamand remettait au roi une lettre que celui-ci déplia et qui contenait ces mots :
« Sire , » Dieu en a décidé autrement que vous le pensiez des » destinées de notre pays. Aujourd'hui le prince de Gal- » les ne peut plus prétendre à l'héritage de la Flandre. »
— Mais cette lettre est inutile, interrompit Edouard, puisqu'elle ne fait que confirmer ce que l'on m'a dit tout à l'heure.
— Veuillez continuer, sire , se contenta de répondre l'envoyé du tisserand.
Le roi reprit donc :
« Mais, sire, vous avez de beaui enfans , fils et filleg :
» votre fils aîné ne peut manquer d'être un grand prince, » même sans l'héritage de Flandre, et vous avez une fille » puînée, et nous avons un jeune damoisel que nous nour» B rissons et gardons et qui est l'héritier de Flandre : si se » pourrait bien encore faire un mariage entre eux, ainsi » demeurerait toujours la comté de Flandre à l'un de vos » enfans. »
— Allons , murmura Edouard en souriant , maître Gérard Denis a hérité de l'esprit de Jacques d'Artevelle.
— Que répondrai-je, sire ? demanda l'envoyé.
— Vous répondrez , messire , dit le roi , qu'Edouard III oubliera le mal et ne se souviendra que du bien.
« En effet , d'Artevelle fut oublié , dit Chateaubriand, comme tous ceux dont la renommée n'est fondée ni sur le génie, ni sur la vertu. »
Cependant la fortune semble oublier un peu Edouard. Il y a dans ses partisans et dans son armée défection et défaite.
En effet, Philippe fait offrir par le comte de Blois, à Jean de Hainaut, de lui donner autant de revenus qu'il en a en Angleterre, s'il veut s'allier à la France. Jean de Hainaut avait passé sa jeunesse en Asgleterre et aimait Edouard, 11 demanda donc à réfléchir. Du moment où, malgré son amitié Dour le roi d'Angleterre, Jean réfléchissait, il y avait des chances pour qu'il acceptât les propositions de Philippe. En outre, le comte de Blois, son gendre, le fit presser par son ami le seigneur de Flagnoelles.
Or il arriva justement qu'à cette époque il y eut des difficultés en Angleterre pour les fiefs que Jean y avait,
ce qui acheva ses irrésolutions et le fit passer à Philippe, qui le récompensa dignement.
Aussitôt Philippe ordonna aux seigneurs, chevaliers et gens d'armes, de se trouver à jour dit à Orléans et Bourges, parce qu'il voulait envoyer le duc de Normandie, son fils aîné, pour repousser les Anglais, qui, conduits par le comte de Derby, envahissaient la Gascogne.
Le duc Eudes de Bourgogne et son fils, le comte d'Artois et de Boulogne, vinrent trouver le roi et offrir mille lances. Puis vinrent le duc de Bourbon et messiie Jacques de Bourbon son frère, comte de Penthièvre, suivis de leurs gens d'armes. Vinrent ensuite le comte de Tancarville, le dauphin d'Auvergne, le comte de Forez, le comte de Dammartin, le comte de Vendôme, le sire de Coucy, le sire de Craon, le sire de Sully, l'évêque de Bauvais, Jean de Marigni, le sire de Piennes, le sire de Beaujeu, messire Jean de Châlons, le sire de Roye , et tant de barons et de chevaliers qui s'assemblèrent à Orléans ou allèrent camper devant Bourges et Toulouse vers la Noël 1345.
Le duc de Normandie, avec le sire de Montmorency et le sire de Saint- Venant, ses maréchaux , fit commencer l'attaque du château de Miremont que les Anglais avaient pris ; ce château était gardé par un capitaine anglais et un écuyer nommé Jean de Bristol ; l'attaque fut rude, la défense énergique , mais Louis d'Espagne était là avec les Génois, et force fut aux Anglais de se rendre. Les représailles commencèrent , un grand nombre de ceux qui se rendaient furent mis à mort.
On laissa dans le château des gens reposés pour le garder, puis on alla devant Villefranche.
Les Français assaillirent la ville dont le capitaine était absent et qui fut aussitôt prise; ils partirent alors pour Angoulême, laissant le château sans l'abattre, ce dont ils devaient se repentir bientôt. Angoulême était commandée par le capitaine Jean de Norwich.