‹ La comtesse de Salisbury (volume 4)Chapitre 8 sur 9 · XXX · texte numérisé non relu

XXX

— Enfin! dit Edouard jr.aand il d^prii ces nouvelles.

Et il envoya messire Uautier de Mauny et le seigneur de Basset voir ce qu.3 voulait Jean de Vienne.

Quand les deux chevaliers furent auprès du capitaine, celui-ci leur dit :

- Chers seigneurs, vous êtes de vaillans chevaliers, experts en matières d'armes et de guerre. Vous savez que le roi de France, qui est notre seigneur, nous a envoyés céans et commandé que nous gardassions cette viUe et ce château, dp> façon à ce qu'il n'y eùl ni blâme pour nous ni dommage pour lui. Nous avons, fait tout ce que nous avons pu. Notre secours noorS manque, et vous nor.s avez si bien étreints, que nous n'avons de quoi vivre. Il faudra donc que nous mourions tous de faim, si votre gracieux roi n's pitié de nous. Chers seigneurs, veuillez donc le supplier

qu'il veuille avoir merci de nous, et qu'il nous laisse aller tous ainsi que nous sommes. Il prendra notre ville, le château et toutes ses richesses. Il en trouvera assez. Alors Gautier de Mauny répondit au capitaine :

— Messire Jean, messire Jean, nous savons partie de l'intention du roi notre sire, car il nous l'a* dite. Sachez donc qu'il ne veut pas que vous vous en alliez, ainsi que a^ous le demandez. Son intention est que vous vous remettiez en son pouvoir, pour qu'il rançonne ceux de vous qu'il lui plaira, ou les fasse mourir s'il aime mieux, car ce siège lui a coûté tant d'hommes et d'argent, qu'il est chaque jour plus courroucé.

— Ce serait trop dure chose pour nous si nous consentions à ce que vous dites, répondit messire Jean de Vienne. Nous sommes ici quelques chevaliers et écuyers qui avons serAi notre seigneur comme vous servez le vôtre, et qui avons même plus souffert pour lui que vous pour le roi d'Angleterre; mais, dussions-nous souffrir plus encore, nous ne permettrions pas que le plus petit garçon ou le dernier valet de la ville eût autre mal que le plus grand de nous. Nous vous prions donc, et tout simplement, messire, de dire au roi d'Angleterre qu'il ait pitié de nous.

— Par ma foi! dit Gautier, ému par cette noble réponse, je le ferai volontiers, messire Jean, et si le roi veut m'en croire, vous en vaudrez tous mieux.

Alors Gautier de Mauny et son compagnon se retirèrent, laissant sur les remparts Jean de Vienne, qui attendait la réponse du roi Edouard.

Quand les deux ambassadeurs rentrèrent dans la chambre du roi, ils le trouvèrent avec le comte Derby, le comte de Norhantonne, le comte d'Arondel et plusieurs autres barons d'Angleterre.

^ — Sire, dit alors Gautier, nous avons rempli la mission dont vous nous a\iez chargés. Nous avons trouvé messire Jean de Vienne en disposition de vous rendre la ville et le

château, si vous voulez lui accorder la vie sauve à lui et aux autres habitans de Calais.

— Et qu'avez-vous répondu? demanda le roi.

— J'ai répondu, monseigneur, dit messire Gautier do Mauny, que vous n'en feriez rien s'ils ne se rendaient simplement à votre volonté, pour vivre ou pour mourir, selon qu'il vous plairait. Mais, ajouta le chevalier, quand j'eus dit cela, messire Jean de Vienne me répondit qu'avant d'en venir à cette capitulation, lui et ses compagnons vendraient chèrement leur vie, et plus chèrement qu'aucuns chevaliers ne le firent jamais.

— Cependant, fit le roi, je n'ai ni la volonté ni l'espoir d'accorder autre chose.

Alors Gautier de Mauny prit le roi à part et lui dit :

— Monseigneur, en ceci vous nous donnez mauvais exemple, et pourriez bien avoir tort ; car, si vous nous vouliez envoyer en quelqu'une de vos forteresses, nous n'irions plus si volontiers, si vous faites mettre ces gens à mort, car nous aurions à craindre que l'ennemi ne fût pas plus clément que vous, et que, ce cas échéant, il nous traitât comme vous traitez ceux de Calais.

Cette parole calma beaucoup la colère du roi, d'autant plus que les barons qu'il consulta furent de l'avis de Gautier.

Le roi reprit donc :

— Seigneurs, je ne veux pas être tout seul contre vous tous. Gautier, vous irez retrouver ceux de Calais, et vous leur direz que la plus grande grâce qu'ils puissent obtenir de moi est celle-ci : que six des plus notables bourgeois de la ville de Calais viennent, la corde au cou et les clefs de la ville et du château en leurs mains, se mettre à ma disposition. Je ferai d'eux ce que bon me semblera, et prendrai le reste à merci.

A ces mots, Gautier de Mauny quitta le roi et vint retrouver messire Jean de Vienne, qui l'attendait, et auquel

il rapporta mot pour mot ce qu'Edouard venait de lui dire, ajoutant que cette concession était la seule qu'il élit pu obtenir.

— Je vous crois, messire, répliqua Jean de Vienne, et je vous prie de demeurer ici jusqu'à ce que j'aie communiqué celte réponse à la communauté de la ville, car je ne suis que leur envoyé, et c'est à eux de délibérer s'ils doivent ou ne doivent pas accepter ce que leur offre le roi d'Angleterre.

Sur ce, messire Jean de Vienne rentra dans la ville, fit sonner la cloche pour rassembler les gens de toutes sortes, et se rendit à la place du marché.

Au son de la cloche accoururent hommes et femmes, car tous désiraient savoir les nouvelles, comme il convient à des gens épuisés par un long siège.

Quand ils furent tous venus et rassemblés, Jean de Vienne leur rapporta ce que venait de lui dire Gautier de Mauny, et leur demanda une prompte et brève réponse.

Ce rapport entendu, ils se mirent tous à pleurer et à crier, à ce point que les ennemis en eussent eu pitié s'ils les avaient pu voir. Il fut donc impossible d'obtenir la réponse attendue.

Quant à Jean de Vienne, il faisait comme tout le monde, il pleurait.

Quelques instans s'écoulèrent dans ce désespoir général, et un homme, fendant la foule, monta sur une borne et dit :

— Ce serait grand dommage de laisser mourir tout un peuple, quand il y a un moyen de le sauver, et ce serait douter de Dieu et de sa clémence que de ne pas accepter ce moyen. Pour moi, j'ai si grande confiance d'obtenir grâce auprès du Seigneur, si je meurs pour une aussi noble cause, que je veux être le premier à me sacrifier. J'irai donc, moi. Eustache de Saint-Pierre, sans autre vêtement

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