II
braillement du sol, se ruèrent par les rues voisines, vers la rive du port, où les premiers guidons du régiment saluaient déjà les flammes des navires. Le tableau s'était agrandi comme l'horizon. Il semblait que la ville guerrière faisait de solennels adieux à une de ces armées qui allaient humilier les Pyramides ou l'Atlas. Un murmure enivrant résonnait dans le flanc df^s vaisseaux et des citadelles. Les tambours et les clairons échangeaient des roulcmens et des fanfares avec les orchestres lointains de l'escadre ; et les regai*ds qui suivaient le vol des canots, le flux et le reflux des soldats et des marins, le frémissement des ailes des frégates, le jeu des pavillons dans la douce lumière du soir, s'arrêtaient toujours sur le colosse à trois ponts, immobile devant la grosse tour, la proue tournée vers Alger, île noire qui n'attendait pour s'envoler comme un oiseau qu'un signe du doigt de l'amiral.
Parmi les groupes de spectateurs que nos soldats d'Afrique avaient entraînés sur la rive
du port, il s'en trouvait un plus intéressant que tous les autres, et qui, en toute autre occasion, aurait seul absorbé l'admiration et la curiosité publique. C'étaient nos deux jeunes dames de l'hôlel de la Croix-d'Or et leur brillant cavalier, Tétourdi Antonio. Ces trois personnes paraissaient attendries à ce spectacle ; mais elles gardaient ce silence expressif qui accompagne une vive émotion. Quand le régiment fut parti, la mère d'Hélène fit un sourire mélancolique et dit :
— Mon Dieu ! que cela est beau ! il faudrait toujours voir de ces choses-là pour vivre ! Vraiment! je rêverai de ce départ toute la nuit!... N'est-ce pas, Hélène, que cela t'a fait du bien î
La jeune demoiselle inclina mélancoliquement la tête. •
— Ma sœur, dit Antonio, cela m'a rappelé ces vers de Victor Hugo qud nous lisions ensemble, un jour. .. tu sais :
Et les vieux bataillons qui passaionl dons les villes Avec lin drapeau uiulile.
Les dames et Antonio se turent pour écouter les lointaines musiques du régiment et de l'escadre, ei pour suivre encore des yeux nos soldats, qui saluaient en passant le vieux Miiiron, celle frégate qui ramena l»uonaj)arte d'Egypte après la victoire dAboukir.
En ce moment un canot s'arrêta, et M. Dherbier, malgré ses cinquante ans, s'élança de ce canot S!H' les dalles du quai.
— Eh bien ! mes enfans , vous êtes eucoi e là! dit-il en serrant avec une véritable affection paternelle et conjngale les mains de sa femme, d'Hélène et d'Antonio ; si je vous eusse donné rendez-vous sur ce carré de pierre, je ne vous aurais pas rencontrés. Prends mon bras, Hélène; Antonio accompagne ta maman, il faut rentrer à l'hôtel... j'ai cent choses à faire avant la nuit... J'arrive du Mourillon ; vous voyez que je n'ai pas perdu mon temps... J'ai vu les ingénieurs; il n'y a rien à faire; le terrain est trop cher. J'écrirai au minisîre. On agrandit Toulon de ce côté; l'idée est bonne. Toulon crève dans
sa peau ; il faut qu'il s'étende du côté de la mer. I.c génie lui dispute la terre pouce à pouce. La mer est large avec de bons pilotis. A propos, Mesdames, je ne vais pas seul à Alexandrie, j'ai un comjtagnon de voyage ; ce monsieur que vous avez vu dans ma chambre, notre convive, tu sais Antonio, celui qui parle si bien d'Alger. Il n'est pas député, mais il le sera ; il se porte comme candidat au collège de... qui va faire une nouvelle élection, parce que son représentant actuel vient de recevoir une fonction salariée. Les électeurs sont furieux. M. de Céran. c'est le nom de ce monsieur, m'a lu sa profession de foi. Ah ! c'est fièrement touché ! surtout le passage de l'Algérie... Antonio, mon ami, écoute, tu trouveras mes instructions sur le guéridon de ta chambre. Tu pars à neuf heures, ce soir, pour Aix. A Aix, tu as ta place à la malle-poste. Tu ne t'arrêtes à Paris que pour voir mon associé. Dans six jours, tu seras à Londres. Songe, mon enfant, que ton rôle d'homme sérieux commence. Tu dois être tout aux affaires.
entends-tu? tout aux affîiires. C'est l'esprit du siècle et le meilleur. Jusqu'à présent tu n'as rien fait; aujourd'hui tu as vingt-un ans; tu es majeur; tu me représentes à l'étranger. Ainsi, mon ami, je te laisse réfléchir sur tes devoirs, et je compte sur ton bon sens.
Ils entrèrent à l'hôtel. M. Dherbier appela son domestique et lui dit :
— Que les chevaux soient prêts à neuf heures; il nous faut une heure et demie pour aller à la campagne de mon frère ; nous y arriverons au clair de lune et au frais.
Et M. Dherbier ajouta comme en à parte :
— Ce cher frère, il y a vingt-cinq ans que je ne l'ai vu ! Voilà ce que coûtent les affaires! Ah! mon Dieu ! il faut se sacrifier pour ses enfans !
En tjsyvto.
En débarquant au port d'Alexandrie , M. Dherbier cl M. de Cérnn étaient les meilleurs amis du monde. M. de Ccnm , comme tous les esprits sérieux , no (rraignait pas le mal de mer; il usa de ce privilège en passager officieux , et prodigua les soins les plus délicats et les ])lus assidus à M. Dherbier , lequel en témoigna la plus vivo reconnaissance, dos qu'il put parler.
La terre ferme avait rendu à M. Dherbier la parole, le courage et l'activité.
— Nous nous séparons moinenkinément , dit-il « son compagnon de voyage, mais c'est pour nous revoir bientôt. J'espère que vous m'accompagnerez au Caire, à Suez et ailleurs.
— Dès que mes études me le permettront , dit M. de Céran , je serai tout à vous. J'ai ({uinze rudes jours à passer à Alexandrie; il faut que je cause longtemps avec M. Gauthier- (i'Arc, mon ami, un homme charmant, qui connaît Méhémet-Ali comme je vous connais. Ceci se rattache à la question politique. La question commerciale aura son tour, et je veux l'étudier à fond dans les maisons européennes. Il faudrait que chaque député fît, comme moi , ce noviciat en pays étranger. Quelles vives clartés peut jeter dans les affaires publiques un homme qui arrive avec l'expérience de visu et de aiiditu!
Les deux voyageurs se serrèrent affeclueusemciit la main; l'un descendit à l'hôtel d'Orient , et l'autre à l'hôtel d'Europe , place des Consuls.
M. de Céran contracta le même jour quel-
ques amitiés d'occasion; il essaya la vie orientale clans ses procédé? les plus nouchalaus; il fît de lontrnes promenades avec le jeune docteur Gastal, du paquebot le Scamandre ; * il eut de charmans entieliens avec M. Wolmann, ce voyai;enr aveugle qui écrit ses impressions de voyage et peint les ruines et les monumens qu'il a vus avec les doigts; il acheta des chibouques et des caftans de rencontre au Grand-Bazar ; il abusa du sommeil , de la sieste et de la vie horizontale; et les quinze jours de ses graves études étant expirés, il se rendit chez M. Dherbier , en affectant le maintien d'un honnne accablé sous le poids des veilles et des méditations.
M. Dherbier venait de terminer un faisceau de lettres qu'il expédiait aux cinq parties du monde. Il se leva vivement pour recevoir iM. de Céran, et rajustant sa toilette dévastée par les convulsions épistolaires :
— Mon cher monsieur , dit-il , je suis prêt à partir avec vous pour faire une promenade
dans Je désert ; il y a de bons coups à faire de ce côté , je connais la place.
— Cette promenade nous délassera un peu, dit de Céran ; quant à moi , je suis accablé ; il nous faut des distractions, je le sens ; il }:)Qrait que votre temps et le mien n'ont pas été perdus à Alexandrie.
— Oh! monsieur de Céran, j'ai travaillé comme un dromadaire, sans boire ni manger. Voyez mes papiers et mes notes : tout le commerce d'Orient est là. Je sais la partie des cotons sur le bout du doigt; je vais faire une révolution avec ma maison d'Anvers ; j'enlève au marché de Liverpool le commerce des cotons avec la Belgique; je le donne au Havre. Est-ce national, cela? La Belgique consomme chaque année huit millions de coton. Le Havre est appelé par moi à devenir l'entrepôt de la Belgique. Quarante-deux navires belges sont entrés au Havre en 1841. Vous voyez que mon idée est secondée par le mouvement naturel du pays. J'écris à mon lils Antonio, qui dôitélre à Liverpool à cette heure, et je lui
donne, dans celte lettre , des instructions en conséquence. J'espère que voilà un heureux résultat !
— Un magnifique résultat, mon cher monsieur Dhcrbier! je vous soutiendrai à la tribune, dans la discussion du budjet des affaires étrangères.
— Oh ! ceci se rattache à la question de l'union douanière entre la France et la Belgique.
— Évidemment. C'est ce que j'allais vous dire, monsieur.
— Jl paraît que vous avez étudié cette question?
— J'ai eu deux audiences d'Artim-Bey pour cette question. Seulement, je pense que nous pourrons expédier d'Alger beaucoup de coton pour la Belgique.
— Oh ! monsieur de Céran, le temps n'est pas encore venu
— Il viendra.
— Oui, mais cet avenir appartient à nos entans. Songeons au présent ; c'est l'essentiel.
Nous partirons deniaiii pour exploiter le désert, n'est-ce pas?
— Je vous accompagne au bout du monde.
— Il est bien possible que j'aille jusque-là.
Avec sou Tartufe, Molière à l'endu un mauvais service à i'esjièce humaine; dès qu'un homme ne se présente pas, en habit noir, les yeux baissés, en parlant de sa haire et de sa discipline, on ne se méfie pas de lui. Aujourd'hui, on enlèvera facilenient à un père de famille sa femme, sa fille, sa cassette, à condition qu'on ne remplira pas des devoirs pieuœ, et qu'on n'agira pas dans l intérêt du ciel : aujourd'hui. Tartufe serait le seul intrigant qui ne réussirait pas : h son premier vers on le chasserait de tous les Orgons, lui et sou invisible Laurent.
M de Céran portait sur le paquebot du Nil une veste blanche, un chapeau de paille, et un pantalon de toiie à la russe; allez vous méfier d'un Tartufe v;t!; de cette façon : il appartenait d'ailleurs à l'école philosoj)hiqLie du dernier siècle, et, dans ses iîitermèdes
d'esprit sérieux, il avait égayé M. Dherbier , en faisant un parallèle entre Joseph en Egypte et Aitim Bey , qu'il plaçait fort au-dessus du ministre de Pharaon; son livre favori était les Ruines de Volney, ouvrage, disait-il, qui avait détruit à jamais l'hydre des superstitions. — Vous méritez toute ma confia née , disait M. Dherbier à M. deCéran, et je puis maintenant, dans nos loisirs du paquebot du Nil, vous expliquer tous les secrets do mon voyagea La nature, je l'avoue sans amour-propre , m'a donné l'intelligence des vastes opérations. Je puis dire que je porte dans la tête la carte de l'univers commerçant. Interrogez-moi sur les besoins , les produits, la richesse d'un pays quelconque , et je vous répondrai avec les chiffres du plus exact des statisticiens. .l'ai des maisons dans toutes les capitales du globe, et je connais la balance de mes grands-livi es aussi bien que mes nombreux agens qui l'établissent en cent lieux différens. Je sais le travail qu'on me fait à Pétersbourg et à Ciil.utla, comme celui que je dirige n»oi-njênie à Paris.
Personne , je crois , ne représente mieux que moi le génie de ce siècle travailleur. Les conquérans guerriers ne sont plus de mode ; ils ont cédé leurplace aux Césars, aux Alexandres, aux Napoléons du commerce. Nous rêvons aujourd'hui la conquête du monde ; nous avons des armées de commis, des cavaleries de chevaux de poste , des escadres de vapeur et une artillerie de lettres de change , tirées sur les quatre points cardinaux. Nous ne voulons pas souffrir que ce globe ait un rocher ou un grain de sable oisif. Tout est bon à quelque chose ; si le désert est paresseux, c'est qu'on lui permet de l'être. Le désert doit travailler comme la ville. Mauvaise excuse de dire , je ne fais rien, parce que je suis un désert. Voilà le Nil; un fleuve fainéant ; un grand diable de fleuve qui reste les bras croisés pour amuser •les crocodiles. Eh bien ! nous exploiterons le Nil. Avant nous, savez-vousce qu'on faisait? On dépensait une séiie de millions pour découvrir les sources du Nil. Mon Dieu ! que nous importe à nous de savoir si le Nil a des
sources, ou s'il n'en a pas ! Il existe comme fleuve , voilà l'essentiel ; il existe comme agent, comme moteur, comme trait d'union; après, qu'il vienne d'où bon lui semble, cela nous est fort égal ! Approuvez-vous ce préambule, monsieur de Céran?
— Vous parlez comme un sage de la vieille Egypte, cher monsieur Dherbier. Cent fois j'ai fait les mêmes réflexions. L'autre jour, même en lisant les Ruines de Volney, je fermai le livre, et je me dis : Pourquoi y a-t-il des ruines? à quoi servent les ruines? à domicilier des lézards, voilà tout. Il faut donc exploiter les ruines. Il ne faut pas que , lorsque tant de monuments travaillent au soleil , il y en ait qui restent oisifs, sous prétexte qu'ils tombent en ruines. J'ai lu dans Hérodote que rÉgyj)te était une longue rue de villes dont le Nil était le ruisseau ; cette rue était fort difflcile à bàlir lorsque les pierres dormaient dans les carrières de la chaine Libycjue; mais aujourd'hui les pierres sont là, sous notre main ; elles sont fjroprcmcnt équarries , elles ont
leurs arêtes vives ei leurs gueurs-d'hironde , elles n'attendent qu'un bras pour les remuer. L'Egypte est un chantier qui ne demande que des manœuvres.
— Les manœuvres viendront, monsieur de Céran. Nous réveillerons tout ce qui dort; nous utiliserons l'inutile. Comprenez- vous qu'on ait laissé dans l'inaction , pendant quarante siècles, les pyramides du Caire, lorsque nous payons en France vingt francs le mètre carré, et dix francs quelques pouces cubes de pierres d'Arles, pour bâtir une usine? Avec Artim-Bey nous avons longuement causé pyramides; nous sommes en marché pour la grande; il nie la cède à un prix raisonnable; ce sera, dans un an, la plus belle raffinerie de sucre du monde entier, et à deux pas des Indes ; Bombay, Madras et Calcutta nous consommeront autant de kilogrammes do raPlinés que ma pyramide leur en donnera. Je vais établir mon comptoir à Suez. La maison Waghorn de Londres m'écrit , par le dernier courrier à'india-mail : Jchetez une pyramide
à tout prix. Artim-Bcy m'a demandé eh échange une machine anglaise de la force de cent chevaux; j'ai demandé le grand Sphinx par-dessus le marché. Vous voyez que l'affaire est en bon train.
— Superbe affaire, monsieur Dherbier!
— Mon excursion au Sinaï a un but beaucoup plus sérieux encore, mon cher monsieur de Cérau. Je vais y fonder de vastes pépinières de nopals pour Texploitation de la cochenille. Cet insecte, vous le savez, a une prédilection marquée pour le nopal égyptien, qu'il préfère au méméla , le nopal de Castille. Le méméla recueille la pouvssière, le nopal la repousse. Cet établissement me permettra d'avoir, dans le voisinage, une belle filature de soie. Les mêmes agens veilleront aux deux choses. La main d'œuvre pour la raffinerie, les pépinières de nopals et la filature , sont payés au taux le plus modique. Le Druse demande vingt-cinq sous par jour, et le Fellah se conleiilede la moitié : je n'emploierai que des Fellahs. Mon iugénieur, que j'amène avec
moi, est chargé d'étudier l'embranchement que je me propose d'étabhr sur le rail-way du Caire à Suez. Le nouveau système de paquebots qu'on doit organiser eu 4845 me permettra de prendre mes produits au Sinaï, ou à Suez, et de les déposer le dixième jour sur le quai de Marseille, et le vingtième à Calcutta. Ce plan se combine admirablement avec une autre opération que j'étudie depuis six mois, et que j'amènerai à bonne fin. Le temps est venu de ressaisir le commerce des pelleteries sur les côtes de la Chine. Vous savez que le vaisseau le Solide au capitaine Marchand avait fait une belle expédition pour ce genre de commerce. A cette époque il y avait des pays lointains; la Chine ou la lune étaient sur la carte aux niémes degrés de longitude. Aujourd'hui la Chine est là, devant moi , sous les sicomores de cette rive du Nil. Derrière ce bouquet de palmiers il y a des Chinois; faites uu pas, vous êtes à Bombay ; encore un pas , vous êtes à Ceylan; encore uu, vous êtes à Siam; encore un, à Canton. Le globe est enjambé eu
quatre pas, et nous travaillons à en supprimer deux. Le temps est précieux; une minute vaut cinq francs; qui perd une heure perd cent écus.
Eu causant ainsi, ils arrivèrent au Caire sans y songer.
Les caravansérails sont supprimés au Caire, il y a des hôtels garnis dans la ville des Pharaons, dans la noble Mcmphis. A la place des jeunes icoglans qui parlaient arabe, il y a des garçons qui [larlent piovençal. M. Coulomb, de Marseille , le premier cuisinier de l'Orient , nourrit les Européens dans les villes d'Alexandre et de Putiphar. M. Coulomb a chassé les ognons d'Egypte et intronisé la cuisine anglofrançaise sur la tombe du maigre pannetier de Pharaon ; il prépare de délicieux rumpsteak avec les bœufs Apis ; il aiguise avec art Vaioli compatriote, aimé de Virgile et d'Alexandre Dumas ; mais voici ce qui met le comble à sa gloire, et ce qui doit lui donner un jour une pyramide pour piédestal ; il a élevé \opilau turc à uu d«'gré inoiiï de succu-
lence et de parfum. Le pilau de Coulomb a cicatrisé les sept plaies d'Egypte. Le riche marchand de la place d'El-Békié et le fellah pauvre de Boulak bénissent Coulomb à chaque grain de riz. Ce n'est plus ce plat stupide inventé à Médine par les sectateurs d'Omar; c'est tout un festin de houris , c'est la joie du voyageur affamé après le jeûne du désert. Coulomb, une main sur les fourneaux d'Alexandrie et l'autre sur ceux du Caire, est destiné à compléter par la table, en Orient, la civilisation que Bonapaj'te y commença par l'épée. Méhémel-Ali , en choisissant Coulomb pour son chef d'office , a compris son siècle et son pays. Les voyageurs , enfin , dégoûtés des auberges de France où l'on mange mal, des auberges d'Angleterre où l'on mange peu, des auberges d'Espagne où l'on ne mange pas , iront retrouver en Orient les tablos pyramidales des festins de Balthasar. L'Orient, ce jardin et ce berceau du monde, a longtemps pleuré dans la solitude et le désçrt, parce qu'il n'offrait à ses amans occideufaux