‹ La Comtesse Pauline de BeaumontChapitre 42 sur 97 · Œuvres de Rœderer, t. IV et V, et Paris en · texte numérisé non relu

Œuvres de Rœderer, t. IV et V, et Paris en

Madame de Staël et madame de Beaumont.

La Suède ayant reconnu la République, l'ambassadeur était rentré à Paris et avait rouvert sa maison. C'était un spectacle étonnant que celui delà société bigarrée de 1795 ; madame de Staël l'a très exactement décrite dans ses Considérations. Comme la vie, à ses yeux, consistait à causer, elle trouvait moven , à défaut d'autres auditeurs , de déployer les richesses de son im gination, même devant les conventionnels, de qui son cœur sollicitait sans relâche le retour de quelques émigrés.

Madame de Beaumont fut heureuse de la retrouver : « J'ai été bien touchée de la voir après deux

2ii LA COMTESSE PAULINE DE BEAU-MONT.

années d'absence et des siècles de malheur. Quand elle ne serait pas aussi remarquable qu'elle l'est par son esprit, il faudrait encore l'adorer pour sa bonté, pour son âme si élevée, si noble, si capable de tout ce qui est grand et généreux. » Telles sont les premières impressions qu'elle confie à Joubert, et, comme le nom de madame Roland était alors dans toutes les bouches, madame de B.eaumont, quoique bien meurtrie, rapproche dans une comparaison celle qu'elle appelle la Providence du 10 août et madame de Slaël : a Elle est ce que madame Roland se croit, mais elle ne songe point à en tirer vanité ; elle croit tout le monde aussi bon et aussi généreux qu'elle. Combien cette simplicité est aimable et ajoute encore à son mérite! Tandis que l'orgueil de madame Roland m'a presque rendue injuste, j'ai besoin de me rappeler sans cesse qu'elle est tombée sous le glaive pour lui pardonner. Elle m'a rappelé des intrigues qui ont réveillé en moi bien des ressentiments. J'espère cependant que je rends justice à son caractère, et je suis sûre de sentir toute la beauté de sa mort *. » Pendant ces années du Directoire, où la sensibilité ardente de madame de Staël se donna carrière,

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