Lettres de madame de Beaumont, août
l2r,6 LA COMTESSE PAULINE DE BEALMoNT.
pour Paris, et, à peine arrivée, éclatait le coup d'état du 48 fructidor.
Elle l'apprit par madame de Staël. La veille du jour funeste, elle avait été prévenue; un de ses amis lui avait même fait trouver un asile dans une chambre dont la vue donnait sur le pont Louis XVI; elle passa la nuit à regarder les préparatifs et vit la liberté s'enfuir avec l'aube. Madame de Beaumont put craindre que cette violation de la justice ne l'atteignît encore. <l Tout le monde était dans Fincertitude, se préparant à faire son paquet, et courbé sous le joug de la déportation, comme autrefois sous le joug de la guillotine l, » Elle attendait sa destinée avec fermeté; elle se croyait invulnérable. Y avant plus aucune illusion, elle était assez bien préparée pour tous les voyages (c'était son mot), et le voyage dont on ne revient pas n'était pas celui qu'elle eût fait avec le moins de plaisir. Si elle échappa aux nouvelles proscriptions, le plus ancien ami de Joubert, et déjà le sien, ne fut pas épargné ; Fontanes put néanmoins gagner l'Andeterre par l'Allemagne. Madame de Staël avait été arrêtée à Versoix, sur les frontières de la Suisse, près de Coppet, où elle se rendait. Elle était accusée d'atta-