Lettres du 1er octobre 1707, avril
chemenl pour les proscrits. Barras la défendit avec chaleur, et elle obtint la permission de rentrer en France quelques jours après. Mais un nuage avait passé sur l'amitié de deuxfemmes faites pour s'estimer et se comprendre. Rappelée en Bourgogne par la mort de M. de Montesquiou, madame de Beaumont était un peu moins abattue, moins pressée de se rejeter dans le tourbillon. Elle feuilletait ses livres préférés; sa pensée aimante était plus complètement avec ses amis disparus. Elle ne savait pourquoi leur souvenir avait quelque chose de plus doux, de plus tendre, de plus aimable. Elle vivait pour ainsi dire avec eux, et tous les rêves d'Ossian lui paraissaient réels. Elle avait relu d'anciennes lettres de Joubert, qui lui recommandait l'amour du repos et de la solitude; elle commençait à sentir le mérite de cette existence nouvelle ; elle végétait un peu, acceptant même les visites d'un insupportable voisin, M. Tron; enfin, elle se donnait pour règle de se promener avec l'honnête mais ennuyeux M. Perron. N'allons pas cependant la croire trop changée ; la Correspondance de Voltaire et la Jérusalem délivrée étaient sur la table, et Joubert avec sa causerie toujours féconde, avec son amitié toujours vigilante, n'était pas loin. Sans
doute, celte trop grande vivacité, cette mauvaise tète, n'étaient pas calmées au gré de son ami; il y avait cependant du mieux, lorsqu'en pleine jouissance du soleil et de la belle lumière de Theil, elle fut invitée, en mai 1798, au château d'Ormesson, où se trouvait madame de Staël.
La curieuse lettre de madame de Beaumont à Joubert dénote tout un changement et consacre cette fois définitivement l'ascendant qu'il avait su prendre. a Je veux vous écrire, dit-elle, tandis que je ressemble encore à la personne pour qui vous avez une bienveillance si aimable ; c'est celle-là dont je désire que vous conserviez le souvenir, en vous demandant pour l'autre intérêt et indulgence l. » Elle explique qu'elle ne se plaît pas dans le monde et qu'elle en redoute l'influence. Elle y éprouve une sécheresse de cœur, tandis qu'elle a éprouvé jadis un état plus doux; et la charmante femme, intérieurement froissée, déclare qu'elle est prête quelquefois à douter des instants de bienêtre dont elle a joui; elle les placerait peut-être au rang des chimères qui avaient abusé sa vie, si le souvenir de Joubert ne s'y mêlait. Arrive alors cet aveu qui est toute la lettre : « Je ne conviens pas