Mercure, germirral au ik
la seule qu'elle pût accepter; qu'on pouvait parler de la beauté de la religion chrétienne à ceux qui ne voulaient pas encore entendre parler de ses dogmes.
Il a raconté bien avant l'apparition de ses Mémoires, dans une curieuse préface1, que ses sentiments religieux n'avaient pas toujours été ce qu'ils étaient : « Je pourrais en rejeter la faute sur ma jeunesse, sur le délire des temps, sur les sociétés que je fréquentais ; mais j'aime mieux me condamner. Je dirai seulement les moyens dont la Providence s'est servie pour me rappeler à mes devoirs. » Sa mère, jetée à soixante-douze ans dans les cachots, avait vu périr une moitié de ses enfants. Elle expirait sur un grabat où ses malheurs l'avaient reléguée. Elle avait, en mourant, chargé une de ses tilles, madame de Farcy, de rappeler son frère à la religion dans laquelle il avait été élevé. Sa sœur lui manda le dernier vœu de leur mère. Quand cette lettre lui parvint à Londres, madame de Farcy ellemême n'existait plus ; elle était morte des suites de son emprisonnement. « Ces deux voix sorties du tombeau m'ont frappé. Je suis devenu chrétien. Je
i. Première édition du Génie du christianisme; Migneret, 1802.
n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles : ma conversion est sortie du cœur; j'ai pleuré et j'ai cru. » Tel était l'état d'esprit dans lequel il se trouvait en Angleterre lorsqu'il composa le Génie du christianisme; il avait livré à l'impression le premier volume. Mais Fontanes et Joubert le déterminèrent, rentré de l'émigration, à refondre le sujet en entier; c'était aussi l'opinion de madame de Beaumont. Si elle était trop française pour être mystique, elle était trop intelligente pour ne pas comprendre l'importance sociale d'un pareil ouvrage. Son changement de position, plus de bonheur, et le spectacle de la société française renaissante , avaient d'ailleurs fait naître chez Chatenubriand des idées nouvelles. Enfin (et le mot est de lui) on ne peut écrire avec mesure que dans sa patrie.
Il était en veine de travail; les événements conspiraient pour donner de l'actualité à son œuvre. Les astres étaient favorables. Mais il fallait près de Paris un abri paisible, loin des importuns; il fallait le silence et la fidélité de l'ombre. Alors l'inspination, après la lecture des livres essentiels à consulter, reviendrait vite. Cette solitude, madame de Beaumont la trouva, et elle la partagea avec René.
Elle loua à Savigny, pour sept mois, une maison appartenant à M. Pigeau. Cette maison a passé ensuite entre les mains de M. Roret, l'éditeur des Manuels. Située à l'entrée du village du côté de Paris, près d'un vieux chemin, elle était adossée à un coteau de vignes. En face s'ouvrait le parc de Savigny, terminé par un rideau de bois et traversé par la petite rivière de l'Orge. Sur la gauche s'étendait la plaine de Viry jusqu'aux fontaines de Juvisy. La joie que madame de Beaumont éprouva d'aller s'enfermer dans celte retraite n'avait d'égale que la crainte qu'elle avait eue de ne pas réaliser ce rêve. c J'entendrai le son de sa voix, chaque matin, disaitelle à madame de Vintimille, et je le verrai travailler. » Son enthousiasme n'avait pas plus de bornes que sa tendresse l.
Quel départ jeune et plein d'entrain! Jamais Chateaubriand n'avait été*plus gai, plus enfant. C'étaient deux écoliers qui s'évadaient. Ils redoutaient, à leur arrivée, la figure du propriétaire sur le seuil de la porte. Heureusement il était absent. Tous ces