Lettre de madame <'e Beaumont (septembre
n'y a plus de remède. Ce qui me rend timide dans mes observations, c'est qu'il est réellement important pour lui que son ouvrage paraisse promptement; sans cela, j'aurais bien plus de courage, et je ne serais effrayée que de son extrême docilité. »
Cette docilité, Chateaubriand l'eut toujours ; même dans tout l'éclat de sa gloire, quand il écrivait aux Débats, Bertin l'aîné, sans le consulter et sans avoir jamais à redouter des reproches, raturait, corrigeait ses articles. Mais pourquoi donc cette hâte? pourquoi donc ce désespoir à l'idée d'un retard dans la publication de son livre?
Le Concordat était promulgué, et les cultes chrétiens rétablis dans toute l'étendue de la république française. Un Te Deum solennel avait été chanté à Notre-Dame. Bonaparte, en grand appareil, revêtu de l'habit rouge des consuls, entouré de ses généraux et commandant du regard la soumission, — suivant la parole de M. Thiers, — assistait à la cérémonie. Il avait trouvé un rapporteur comme Portalis pour rendre sa pensée politique avec la formule gouvernementale la plus achevée. Dans le parti libéral, l'opinion se bornait à désirer qu'on cessât toute persécution à l'égard des prêtres et qu'on abolît le serment civique; l'école de ma-
dame de Staël se fût contentée de la tolérance loyale et absolue * ; mais le premier consul n'avait pas souci seulement des sentiments religieux, la police des cultes le préoccupait à un plus haut degré. Il avait fort approuvé ces paroles de son éminent conseiller d'Étal: « La multitude est plus frappée de ce qu'on lui ordonne que de ce qu'on lui prouve; » et il faisait contracter un mariage de raison entre la Révolution et l'ancienne France, représentée par le catholicisme. Chateaubriand avairf, le tact de l'à-propos. Il sentait qu'après Forage qui avait emporté non seulement le culte, mais encore le sens des choses chrétiennes, la foule promettait un succès à celui qui se présenterait pour satisfaire le besoin de croire. A côté des rapports de Portalis, il fallait, pour les imaginations désaccoutumées des impressions religieuses, un peintre, un poète épris des beautés extérieures et morales du christianisme, plus qu'un théologien. Et voilà pourquoi « il travaillait comme un nègre2 ».
Joubert le poussait aussi. « Achevez, vous corrigerez à la fin. » C'est la conclusion de sa très
1. Considérations sur la révolution française, par madame de Staël.