Archives nationales, papiers séquestrés, cote 27 T
installé à Paris, il fut appelé à commander en chef en Bretagne, en remplacement de son compatriote le marquis d'Aubeterre. Les têtes y étaient alors fort montées; mille incidents graves ou futiles étaient l'objet de controverses, depuis les édits de Turgot et l'affaire du Collier jusqu'à Mesmer et Gagliostro. Les états de Bretagne, avec leurs privilèges particuliers, représentaient dans l'ancienne monarchie l'indépendant esprit provincial. Très jaloux de ses droits, chacun des ordres luttait pour leur défense, et ils se réunissaient ensuite pour les revendications communes contre la royauté. Une déclaration du 1er juin 1781 sur les octrois des villes était, aux yeux des Bretons, une violation du pacte fondamental de 1532, qui, en réunissant à la couronne de France le duché de Bretagne, lui avait garanti ses antiques libertés. On exigeait le consentement formel des états pour toute levée de taxes. Le droit de fouage, espèce de taille réclamée par chaque feu sur les biens roturiers, excitait encore plus d'animosités intestines. On avait conçu le projet de créer avec des deniers du fouage un capital et de le convertir en rentes. L'injustice était de faire porter l'impôt sur la seule propriété roturière. Les communes ne cessaient de protes-
ter. La noblesse bretonne, qui tenait moins à son argent qu'à ses privilèges, ne voulait pas entendre parler de redevances qui l'auraient rendue taillable. Le comte de Montmoiïn, sur la question des octrois, trouva le moyen de s'arranger avec la commission permanente chargée par les trois ordres de faire parvenir au roi leurs doléances. L'affaire du fouage ne fut réglée que quelques mois avant 1789 et amena des luttes sanglantes dans les rues de Rennes. Le comte de Thiars commandait alors la province.
Montmorin, si bien instruit par la cour de Charles III du respect des formes, avait plu aux Bretons par sa réserve hautaine ; et la comtesse de Montmorin, par son savoir-faire, n'avait pas été inutile dans cette œuvre de conciliation entre tant de susceptibilités; aussi la reconnaissance publique entoura-t-elle le mari et la femme. Une promenade fut appelée le Champ-Montmorin et la Gazette de France du 4 février 1785 mande « que la comtesse de Trémargat, épouse du comte de Trémargat, Jambe-de-Bois, président de l'ordre de la noblesse, étant accouchée d'un fils, les états ont arrêté de donner à cet enfant le nom de Bretagne et d'envoyer à la comtesse de Montmorin une députation pour la
prier de Je présenter au baptême ». Ils décidèrent par acclamation d'offrir à la comtesse de Montmorin un diamant de dix mille écus; elle ne voulut pas l'accepter, et elle pria les députés de permettre que cette somme fût destinée à fonder une place au couvent de la Présentation pour les jeunes demoiselles nobles, une autre à l'école des cadetsgentilshommes et une bourse dans un collège pour le tiers état.
Sa haute charge n'obligeait pas Montmorin à résider constamment à Rennes; un intérêt de famille l'appelait d'ailleurs à Paris au mois de septembre 1786; il s'agissait du mariage de sa seconde fille.
Jeunesse de Pauline de Montmorin, son éducation, son mariage avec le comte de Beaumont.
Pauline avait été élevée par ses tantes. Les premières années de sa vie, elle les avait passées à Chadieu, à mi pente des coteaux qui bordent l'Allier, dans un encadrement de verdure, ayant pour horizon les monts Dore. A huit ans, elle était entrée au couvent de Fontevrault, la maison ordinaire des filles de France; de treize à seize ans, ses parents, pour achever son éducation, l'avaient placée à Paris, au couvent princier de Panthémont, rue de Grenelle, la maison préférée de la haute noblesse, où chaque jeune fille, ayant une gouvernante et une femme de chambre, apprenait les leçons de maintien, de danse et de musique, et
recevait au parloir les visites les plus mondaines. L'éducation était ainsi résumée par ce mot de la marquise de Créquy à Sénac de Meilhan : « De l'instruction religieuse et des talents analogues à l'état de femme qui doit être dans le monde, y tenir un état, fût-ce môme un ménage. » Généralement le mariage de la jeune fille se faisait presque immédiatement au sortir du couvent, avec un mari choisi et agréé d'avance par la famille, qui décidait souverainement des convenances de rang et de fortune.
11 n'en fut pas autrement pour mademoiselle de Montmorin ; elle ne connaissait pas son futur époux, lorsqu'on lui annonça qu'elle allait se marier. Elle écrivait plus tard qu'elle regrettait ses journées de couvent, dont tant de fêtes abrégeaient la monotonie et dont toutes les sévérités étaient adoucies par l'affection de ses tantes. On l'appelait en ce temps-là mademoiselle de Saint-Hérem pour la distinguer des abbesses, mesdames de Montmorin, et elle aima ce nom de Saint-Hérem jusqu'à la fin de sa vie. Le mari qui lui était donné était le fils d'un ami de son père, Christophe, marquis de Beaumont, premier baron de Périgord, brigadier des armées du roi, colonel du régiment d'infanterie de la Fère. Nous
savons qu'avec M. de Montmorin il avait été l'un des menins de Louis XVI. Deux enfants étaient nés de son union avec Marie-Claude de Baynac : l'une, Marie-Elisabeth, qui mourut célibataire; l'autre Christophe-Arnaud-Paul-Àlexandre, marquis d'Auty, enseigne aux gardes françaises.
Ce second enfant *, celui qui épousait Pauline de Montmorin, était né le 25 décembre 1770; il avait été tenu sur les fonts de baptême à Saint-Sulpice par Arnaud-Louis-Simon de Lostanges, sénéchal du Quercy, et par Marie-Élisabeth-Charlotte Galuci de l'Hôpital, dame d'honneur de madame Adélaïde de France. Sans instruction et sans goût d'esprit, d'un caractère faible et violent, il eût peut-être, dans des temps calmes, fait une carrière dans l'armée, grâce à son nom et à ses alliances ; appelé à vivre dans les temps d'orage à côté d'une femme supérieure et vaillante de cœur, il ne pouvait la comprendre, et il ne l'aima pas. C'était un enfant, et elle ne put l'élever. Le 27 septembre 1786, la Gazette de France annonce que Leurs Majestés et la famille royale ont signé le contrat de mariage du comte Christophe-François de Beaumont avec de-