‹ La Comtesse Pauline de BeaumontChapitre 74 sur 97 · Lettre de madame de Beaumont du lor octobre · texte numérisé non relu

Lettre de madame de Beaumont du lor octobre

dant quelque temps à l'île d'Elbe, M. Berlin s'était évadé, emmenant avec lui son geôlier. Il séjournait à Florence lorsqu'il rencontra pour la première fois Chateaubriand aux funérailles d'Alficri. De retour à Rome, ils se lièrent si promptement et si étroitement que, retenu par un devoir officiel auprès du cardinal Fescli, René confia à son nouvel ami la mission d'aller chercher à Milan la fille du comte de Montmorin.

C'est à Florence qu'il la rejoignit lui-même. Il fut terrifié à sa vue; elle n'avait plus que la force de lui sourire. La voilure cheminait au pas. L'automne, en Italie, est la plus délicieuse des saisons. La nature se repose dans l'harmonie des couleurs et. dans la douceur du ciel. Touty apaise le regard. Pauline attachait moins ses yeux sur le beau pays qu'elle traversait que sur l'homme qu'elle aimait et admirait tant! Ils avaient pris la route de Pérouse. « Que m'importait l'Italie? J'en trouvais encore le climat trop rude, et, si le vent soufflait un peu, les brises me semblaient des tempêtes. » Ainsi parlait |en 1837, après plus de trente ans, René vieilli, écrivant ses Mémoires. Le cœur lui battait en remuant les cendres des tendresses de sa jeunesse. Terni, madame de Beaumont parla d'aller visiter

la cascade. « Ayant fait un effort pour s'appuyer sur mon bras, elle se rassit et me dil : « Il faut lais- » ser tomber les flots! » C'étaient des paroles comme seule, dans sa mélancolie, elle savait les prononcer. Ils descendirent par la voie Appienne, entre cette allée de tombeaux en ruine, longeant cette campagne dont « le silence était aussi vaste que le tumulte des hommes qui l'avaient foulée », et contemplant cet horizon qui n'est comparable à aucun autre pour la beauté des lignes. Pauline ne pouvait que serrer la main à Chateaubriand lorsqu'elle l'entendait lui décrire les grandeurs des paysages où elle venait demander le repos. C'est ainsi que, bouleversés par les plus fortes émotions, ils entrèrent dans la ville éternelle. Ceux qui ont vu Rome connaissent la place d'Espagne. Il y a quatre-vingts ans, dans la portion la plus rapprochée de la Trinilé-du-Mont, et qui touche à la rue Saint-Sébastien, existait une petite maison, avec un jardin d'orangers, s'étendantjusqu'au-dessous du Pincio, et une cour plantée d'un figuier. Ce fut dans celte retraite abritée que Chateaubriand installa son amie malade. C'est là qu'elle s'éteignait vingt, jours à peine après avoir retrouvé celui qu'elle avait à tout prix voulu Rejoindre.

Mort de la comtesse de Beaumont

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