Lettre de Fonlanes à Chateaubriand
3. La lettre à M. de la Luzerne ne contient que ces mots : Ses conseils ne sortiront jamais de ma mémoire.
380 LA COMTESSE PAULINE DE BliAUMONT.
trois heures, madame de Beaumont lui dit qu'elle sentait l'approche des convulsions. Elle rejeta tout à coup sa couverture, lui tendit une main ; ses yeux s'égarèrent : « Je lui demandai si elle me reconnaissait; l'ébauche d'un sourire parut au milieu de son égarement ; elle me fit une légère affirmation de tête. » La lettre à M. de la Luzerne s'exprime ensuite en ces termes : « Les convulsions ne durèrent guère plus de dix à douze minutes; après <[uoi, elle ferma les yeux et s'affaissa sur son oreiller. Je portai la main à son cœur, il nebattaitplus. » Les Mémoires ont un langage moins vrai et moins simple.
« Nous la soutenions dans nos bras, moi, le médecin et la garde. Une de mes mains se trouvait appuyée sur son cœur qui touchait à ses légers ossements; il palpitait avec rapidité, comme une montre qui dévide sa chaîne brisée. 0 moment d'horreur et d'efïroiîJe le sentis s'arrêter. Nous inclinâmes sur son oreiller la femme inclinée au repos; elle pencha la tête. Quelques boucles de ses cheveux déroulés tombaient sur son front, ses yeux étaient fermés, la nuit éternelle était descendue. Le médecin présenta un miroir et une lumière à la bouche de l'étrangère; le miroir ne fut pas terni
du souffle de ia vie et la lumière resta immobile. Tout était fini ». Combien malgré la magnificence de ce langage, nous préférons en ce moment-là la courte phrase du premier récit !
Ce ne lurent pas les obsèques de Pauline; ce furent les obsèques de la fille du comte de Montmorin que Chateaubriand célébra ; il représenta et le cardinal ministre et la famille : mais que d'amertumes au milieu de cette pompe officielle! « Si vous saviez ce qu'on entend et dans quels détails il faut entrer! » Il fallut qu'il s'occupât de la longueur de la fosse, qu'il délivrât le linceul et donnât les dimensions du cercueil au menuisier. Il fallut faire plus! Madame de Beaumont avait désiré d'être ensevelie dans une pièce d'étoffe que son frère Auguste lui avait envoyée de l'île de France. Cette étoffe n'était pas à Rome; on n'en trouva qu'un morceau qu'elle portait partout avec elle. Chateaubriand écarta les mains mercenaires. Il aida la pauvre Saint-Germain à attacher ce morceau autour du corps avec une cornaline qui renfermait des cheveux de M. de Montmorin. « Le samedi 5 novembre à sept heures du soir, à la lueur des