‹ La Comtesse Pauline de BeaumontChapitre 78 sur 97 · Lettre à M. delà Luzerne · texte numérisé non relu

Lettre à M. delà Luzerne

torches et au milieu d'une grande foule, passa madame de Beaumont parle chemin où nous passerons tous. i>

Les cérémonies religieuses eurent Jeu le lendemain dimanche, à l'église Saint-Louis, en présence de tous les Français qui se trouvaient à Rome. Chaleauhriand présidait, et, en rendant compte de cette cérémonie à M. de la Luzerne, il ajoutait ces paroles louchantes : « Je vous prie d'observer que M. de Montmorin, madame de Monlmorin, leurs deux fils et madame votre épouse, ayant pour ainsi dire été privés de sépulture, j'ai désiré que le dernier rejeton d'une famille illustre et malheureuse trouvât du moins quelque appui dans rattachement d'un homme obscur, et que l'amitié ne lui manquât pas comme la fortune. »

Il ne sollicita que deux faveurs et toutes les deux doivent être comptées à son cœur. Il demandait à prendre pour serviteurs madame Saint-Germain et son mari, parce qu'ils avaient aimé leur attachante maîtresse, et à élever à ses frais un monument à Pauline de Monlmorin. Ces désirs furent exaucés. Un marbre devait être placé sur )a tombe, avec l'inscription du verset de Job que madame de Beaumont répétait souvent : Quare misero data estluxet

v i la his qui in amarilud i ne animœsunll (Pourquoi la lumière a-t-elle été donnée au misérable et la vie à ceux qui sont dans l'amertume du cœur.) L'autre marbre devait être debout à la tête du cercueil el appliqué contre le mur de la chapelle. Ce fut M. Bertin, avec son goût éclairé, qui fournit le sujet du bas-relief. La jeune femme est couchée sur son lit el elle montre d'une main les portraits de sa famille; elle va elle-même exhaler son dernier soupir. Sous les médaillons est gravé le mot de Rachel : Quia non sunt.

Chateaubriand connaissait un jeune sculpteur français, M. Marin, célèbre par la belle esquisse qui remporta le grand prix en l'an ix, Gracchus parlant pour le conseil des conjurés1. Il lui confia l'exécution du monument et donna à l'artiste une idée générale de la figure de Pauline.

« On n'a pas senti la désolation du cœur, quand on n'est point demeuré seul à errer dans les lieux naguère habités d'une personne qui avait agréé votre vie. » Ainsi s'exprime René parlant des semaines flqui suivirent la cruelle séparation. Les aspects lui semblaient changés; il se croyait abandonné sur

1. Journal de Paris, 7 pluviôse, an xn. Extrait d'une lettre de «ne.

38i LA COMTESSE PAULINE DE BEAU MONT.

les ruines de Rome, Essayait-il de se livrer au travail? une figure venait se placer devant lui et il ne pouvait plus la chasser. Les consolations lui arrivèrent d'abord de la petite société dissoute. C'était à qui relirait la copie de la relation faite pour M. de la Luzerne l, et en saurait des phrases par cœur. Chateaubriand a cru devoir reproduire dans ses Mémoires quelques lettres de condoléance, comme autant de couronnes destinées à être déposées sur un tombeau.

De tous ces témoignages de regret, nous ne citerons pas ceux de Chênedollé et de Fontanes. On n'y sent pas suffisamment le cri de l'âme en deuil. Une seule lettre est émouvante ; elle est de madame de Staël. Exilée de Paris, et loin aussi de Coppet, elle n'avait lu que tardivement la narration qui lui avait été envoyée. Son admiration pour le caractère de madame de Beaumont s'était réveillée. - « Depuis que je suis entrée dans le monde, je n'avais jamais cessé d'avoir des rapports avec elle, et je sentais toujours qu'au milieu même de quelques diversités, je tenais à elle par toutes les racines. » La femme de génie demandait à Chateau-

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