ACTE ItEUXIKME
tesse vient de me faire entendre qu'un soldat do salon pout être facilement pris pour un soldat d'antichambre, et qu'eiitro mon uniforme et une livrée, elle voyait à peine de différence. Voilà tout.
UE COMTi;.
Ce que vous me racontez là est invraisemblable. Si une pareille injure vous avait été faite, vous savez que je no suis pas de caractère à la tolérer... Mais non, la comtesse, elle-même, affirme qu'il n'y a rien de sérieux... Vous avez mal compris ce qu'elle vous a dit...
SÉVEllAG, froidement.
Cela doit être, en effet, puisque madame de Canalheilles l'assure... Je suis donc un sot de l'avoir si mal comprise... Mais comme il est à craindre que mon intelligence ne se développe pas, pareille confusion peut se reproduire. Je serais désolé d'être ici une cause de trouble. Il convient donc que je m'éloigne, et j'ai le regret, mon général de vous demander mon congé.
LE COMTE
Votre congé ? Vous voulez vous séparer de moi ?
SÉVF.IIAG.
Ce sera avec un grand chngiin, mon général, car j'ai pour vous une profonde alfoction et une vive reconnaissance. Mais il faut faire passer le respect de soi-même avant tout.
LE COMTE
i\Iou cher, voilà de bien grands mots pour une fort petite affaire !... Je ne vous trouve pas tel que je voudrais vous voir, Séverac. Vous êtes âpre, cassant... Il y a du parti pris dans votre résolution. Ce n'est pas pour un mot dit en l'air par la comtesse que vous partez ainsi à fond.
SÉVERAC
Depuis quelque temps déjà, en effet, mon général, je pensais que j'ai assez mené la vie douce dans la
sinécure que vous m'avez faite, et qu'il vaudrait mieux pour moi rentrer dans le rang... Madame la comtesse s'est chargée de m'éclairer complètement sur ce pointlà...
LE COMTE
Vous êtes absurde !,.. Vous cédez à un mouvement d'humeur : je ne le souffrirai pas... J'ai quelque autorité sur vous, je suppose. Où iriez-vous d'abord, si vous me quittiez ?... Dans un état-major en province ?
SÉVEUAG.
Non, mon général. Si je m'éloigne de vous, ce sera pour faire campagne. Je demanderai à partir pour l'Afrique !
LE COMTE
Eh ! sacrebleu I je ne dis pas que vous auriez tort!.. L'Afrique a été notre grande école de guerre. C'est là que votre père et moi avons conquis nos premiers grades... Il faut que les jeunes gens aillent se faire tanner le cuir au soleil... Mais à la condition que ce soit pour quelque chose... Si l'on se battait, je ne me reconnaîtrais par le droit de vous retenir... Mais l'Algérie est tranquille, pour le moment. Qu'est-ce que vous y feriez ?
SKVERAG.
Mon général, ce que je ne fais pas ici : mon métier.
LE COMTE
Allons, Pierre, pour un très léger motif, ne me faites pas une sérieuse peine. Faudra-t-il que j'aie le regret de penser que la comtesse m'a privé de la joie de vous garder près de moi ? Elle est pourtant la meilleure des femmes... Et vous, vous êtes un brave enfant. Mais vous ne vous donnez vraiment pas assez la peine d'être aimable... Ici, on est très gai, on danse, on joue la comédie. C'est une fête perpétuelle, dont vous vous écartez d'un air de blâme... C'est très déso-