INSTRUMENTATION
Cours de chirurgie 1633.
(Parchemin, Hanse 266.)
Élection o’un professeur par les étudiants.
L’an de grâce mil six cents trente trois le mardi 9° jour d’août de matin en la chambre de conseil du bailliage de Rouen, devant nous Arthur Godard sieur du Becquet, conseiller du Roy en ses conseils d’Etat et privé, lieutenant général au bailliage et siège présidial de Rouen, sur la requête présentée par Claude Boualles, maître chirurgien en cette ville, narrative que les docteurs en médecine de cette ville portés à l’érudition des étudiants en la chirurgie auraient de coutume tous les ans de faire élection d’un chef des compagnons chirurgiens, afin de convoquer tous ses confrères pour être instruits en l’art et science de la chirurgie et d’autant que telle science n’étant qu’une disposition, voie et moyen qui conduit le chirurgien à une plus entière et exacte connaissance de son sujet ne se peut exécuter que par l’expérience des opérations et bandages, lesquelles étant en grand nombre ne peuvent être pratiquées que par le moyen de quelque maître chirurgien.
A ces causes est que le sieur De la Loy docteur en médecine aurait fait faire assemblée en son logis pour être procédé à l’élection d’un chef des dits compagnons qui auraient élu et nommé le dit Bouafiles pour leur maître ès dites opérations et bandages. Et ne désirant le dit Bouafiles y procéder que par notre permission il requérait ce être authorisé à faire les dites instructions aux compagnons chirurgiens présence du dit sieur De la Loy médecin et de telles autres personnes qui en auront la curiosité. Et cependant qu’il fut enjoint aux dits compagnons se comporter dans le respect et ne se provoquer à querelle, ainsi qu’il est porté par leurs ordonnances. Vu par nous la dite requête l’ordonnance intervenue sur icelle d’être communiquée au procureur du Roy, la conclusion sur ce baillée par le dit procureur du Roy de ce dit bailliage; il est dit du consentement du dit procureur du Roy que le dit Bouafiles a été et est permis de faire les dites instructions aux compagnons chirurgiens présence du dit sieur De la Loy médecin et
de telles autres personnes qu’il appartiendra, et enjoint aux dits compagnons chirurgiens de tenir le silence et se comporter dans le respect d’en suivant qu’il est porté par les ordonnances du dit état, ce qui leur sera signifié à ce qu’ils n’en prétendent cause d’ignorance. Et est mandé au premier huissier ou sergent royal sur ce requis les présentes mettre à exécution. Fait comme dessus.
— 4693. •— Assignation de Houppeville médecin, docteur de Montpellier, à Nicolas de Grouchy pour le cours normal d’anatomie. (Arch., liasse 2.7 3.)
Requête pour les dissections.
- 1697. — Le dix septième jour d’octobre 1697 à la requête de Me Jean Defontaines, conseiller médecin du Roy, demeurant rue de la Chaîne paroisse Saint-Lo, tant pour lui que pour le collège des médecins de Rouen, j’ai sommé maître de Grouchy, chirurgien royal demeurant rue du Gros Horloge, paroisse de Saint-Michel, parlant au sieur Lemoine son garçon, tant pour lui que pour sa communauté, de demander et obtenir en justice le cadavre d’une femme qui fui hier exécutée à la place patibulaire et qui est encore à présent exposée pour, en exécution de l’édit du Roy, faire la démonstration en public des opérations de chirurgie dont le dit sieur Defontaines ofïre de faire les discours nécessaires pour l’intelligence et la manière de bien pratiquer les dites opérations, leur déclarant que faute par eux de ce faire, de les faire répondre de tous les intérêts, dommages et dépends, vu le temps propre et la bonté du sujet. A laquelle fin, j’ai délivré le présent exploit par moi Julien Crespin sergent royal héréditaire au bailliage de Rouen, demeurant au Neufmarché soussigné.
Des [a n taine s , C res j> in.
A quoi de Grouchy répond :
Proteste de nullité, attendu que le temps propre à la dissection, porté par la sentence, est depuis la Toussaint jusqu’en avril. De plus le temps chaud et humide qu’il fait depuis huit
jours et qui continue est le principe de corruption qui ne donnerait pas le temps de faire les opérations en leur totalité, outre que les sieurs médecins étant appelants de la dite senlence on ne peut peut pas savoir en quoi consistent leurs prétendus griefs, ne pouvant pas exécuter la dite sentence que l’appel ne soit vidé ou que les sieurs médecins ne veuillent ne s’en départir dès à présent, auquel cas les chirurgiens requérants sont tout prêts d’exécuter la dite sentence en le chef pour l’année 1898. (Avch., liasse 2.) I.)
Cours d’anatomie, dépenses pour les dissections.
— IliO'J. — Le budget annuel comporte un chapitre des dépenses pour l’anatomie, le transport du cadavre, l’inhumation des débris, la bougie et la chandelle nécessaires.
— 1702. — Dépenses faites pour la dissection à la lin de février, louage d’un chandelier à plusieurs branches. 1 1.5 s.
Pour six attaches de fer blanc dont il en a eu une de prise dans l’escalier 1 1. 5 s.
De la (icelle pour attacher les candélabres une poulie et du clou 7 s. G d.
Plus le blanchissage de 4 draps, dix serviettes et une nappe 10 s.
— Demande sur papier à formule du cadavre de Nicolas
Montaville exécuté. Le faire décrocher et porter à la chambre commune 3 1. 10 s.
Une livre de chandelle 8 s. et 16 sous payés au maître clerc de la communauté pour faire enterrer les chairs disséquées, puis 12 sous pour le squelette.
Enfin, payé au sieur Lhonoré la somme de 50 livres pour ses discours anatomiques qu’il avait faits au mois de février.
— Même chose en 1703, dissections annoncées par des billets dont on a fait imprimer un cent pour 1 1. 10 s.
Pour le louage de deux fauteuils pendant les opérations, 2 livres ; mais le fauteuil est disputé avec le médecin et on con-
sulle M. Bressot et on plaide à la Cour(l). Il faut ensuite remplacer la clef de la petile chambre et celles du cofïre perdues pendant ce temps.
— En 1704 la chaudière fut fondue pendant queLemaistre faisait fondre la graisse du cadavre des opérations, et Jean Veayres demande 25 livres pour l’avoir fait réparer; on lui accorde 10 livres (2).
En 1705 les médecins touchent 100 livres pour les discours fails aux opérations par MM. Desfontaines et Néel à l’anatomie.
— Mêmes dépenses en 1706.
— En 1708 on ne trouve pas notée de redevance aux médecins, bien qu’il y ait eu dissection avec les frais habituels; mais on la retrouve en 1709 : 50 livres à M. Lhonoré. (Arc.h., reg. 241.)
— 1707. — Reçu signé Lhonoré médecin, de 50 livres pour les discours anatomiques. [Voir tlélib. 1720, 1721, 1722.)
Conservation des cadavres pour la justice.
Robert Marette. 1702.
( A rchives , registre 241.)
Pour avoir tiré les parties corruptibles et avoir mis du tan, du piastre et des herbes aromatiques pour le conserver jusqu’à ce que son procès lui fut fait. Le tout par ordonnance du lieutenant criminel, 18 sous.
Cours d’anatomie et d’opérations.
Extrait des registres de la Cour de Parlement.
22 mars 1720. (Parchemin, liasse 202.)
Sur la requête présentée à la Cour parles chirurgiens royaux, syndics, prévosts et maîtres delà communauté des maîtres chi-
(1) Voir sur ce curieux différend l’ouvrage de M. Ch. de Beau repaire dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie, vol. XXY et suivants.
(2) La graisse humaine avait un large débouché dans la pharmacie du temps.
rurgiens jurés de la ville de Rouen, expositive «pie par édit du du mois de février 1692 enregistré en la Cour le I I mars ensuivant le Roy créa deux chirurgiens royaux dans chacune des villes principales du royaume, auxquels il ordonna, entre autres choses, de faire tous les ans des cours publics d’anatomie et d’opérations de chirurgie sur le cadavre humain, pour formelles jeunes chirurgiens qui se proposaient dans la suite de se faire recevoir maîtres dans les dites villes capitales.
Michel Leçon rlois, procureur, enjoignit en même temps à toutes les communautés de chirurgiens qui n’auraient point de règlements de faire de nouveaux statuts pour assujettir les récipiendaires à la môme loi, qu’il imposait aux chirurgiens royaux, comme il est énoncé aux articles 9 et 10 du dit édit : Dans cette vue les chirurgiens de Rouen ont fait depuis plus de vingt-cinq ans tout autant de cours publics d’anatomie et d’opérations qu’il leur a été possible dans l’espérance de rendre les étudiants en chirurgie capables de faire les dits exercices et, par là, faire succéder dans cet emploi les jeunes maîtres aux anciens; mais soit que le travail ait rebuté les jeunes étudiants, ou que le défaut de récompense les ait découragés, cette compagnie a eu le chagrin de n’en voir qu’un petit nombre s’occuper à cet exercice qui doit intéresser un chacun. Pour à quoi remédier, les exposants, après avoir délibéré sur ce sujet, ils ont arrêté dans une assemblée extraordinaire faite le quatorze de ce mois, que les récipiendiaires à la maîtrise de chirurgie pour cette ville seront tenus à l’avenir de faire pendant leurs chefs-d’œuvre l’anatomie et les principales opérations de chirurgie sur le cadavre humain, en autant de cours ou d’actes qu’il se pratique dans l’ecole de Saint-Côme de Paris; et, afin de faciliter cet utile et nécessaire établissement, les exposants ont consenti et s’obligent de faire tous les ans gratis, en public, les cours d’anatomie et opérations, et d’autant qu’ils désireraient (pie leur délibération fût homologuée, c’est ce qui les oblige à avoir recours à l’autorité de la Cour, à ce qu’il lui plaise ordonner que l’édit du mois de février 1692 sera exécuté en tout son contenu à cet égard, ce faisant que l’acte de délibération par eux fait le 14 de ce mois sera tenu pour homologué, etc pour que l’arrêt soit notoire, ordonner qu'il sera enre-
gislré tant au greffe de police de Rouen qu'exposé dans un tableau à l’endroit le plus apparent de la chambre de communauté.
{La délibération des chirurgiens est signée : Helye, Itouvcrel, De Henault, bepicard, Dam brin, avec quelques paraphes.) Auza.net.
Frais ‘.'■29 1. 11 s. \ <1 .
( A rch ., liasse 262. )
Cours d’Anatomie. — Procès entre les médecins
et les chirurgiens.
L’édit du roy de février 1692, articles 9 et 10, et la sentence du siège présidial de Rouen de juillet 1697 ainsi que le règlement fait en conséquence ordonne que la communauté des chirurgiens doit se faire délivrer les cadavres des suppliciés annuellement et clans les temps convenables aux fins de faire des anatomies et les discours être faits par le médecin du Roy auquel il est dù aux dépends de la dite communauté la somme de cinquante livres. Souvent ces choses n’ont pas été exécutées par les chirurgiens qui, malgré les sollicitations des médecins, prétendaient qu’on ne donnait pas suite à leur demande des cadavres. De là une action intentée parles médecins contre les chirurgiens pour les obligera faire ces anatomies et à payer les cinquante livres des années en retard. Pendant que celte action en justice traîne en longueur, les chirurgiens ont enlevé un cadavre et fait des dissections dans une chambre particulière sans y appeler les médecins pour y présider et faire le discours, ce qui est une contravention et tend à entretenir dans l’ignorance les aspirants et les chirurgiens eux-mêmes.
Les chirurgiens répliquent qu’ils n’ont pas d’argent pour payer les médecins et que ceux-ci peuvent bien faire leurs discours gratis comme eux font gratis les dissections.
— Les chirurgiens en 1722 font imprimer cent placards d’anatomie.
— Le 4 mars, requête convoquant Reu (1) à 2 heures à la
(1) lieu demeurait au bas de la rue Malpalu, paroisse Saint-Maclou.
chambre commune des chirurgiens pour un cours qui commence par l’organe de la vue.
— Les dissections n’avaient pas eu lieu en 1719 et 1720.
(Arc h., liasse 253.)
Ecole de Chirurgie.
1736. ( Liasse 257.)
A Messieurs les Conseillers, Maire et Echevins de la ville de Rouen.
Supplient très humblement les lieutenant, prévosts et communauté des chirurgiens jurés de cette ville et vous remontrent qu’ayant appris que le Roy était dans la volonté d’établir pour le bien de ses sujets, dans les villes capitales de son royaume, des écoles publiques en chirurgie pour y faire démontrer et enseigner tant les principes du dit art que l’ostéologie, et les maladies des os, l’anatomie, les opérations et les bandages qui se pratiquent sur le corps humain ; et d’accorder en conséquence des sommes en forme de pension pour ceux qui s’appliqueraient à faire ces sortes de démonstrations.
Et comme vous êtes nés les conservateurs et les protecteurs de la santé des citoyens et des droits qui peuvent contribuer à leur avantage, les suppliants espèrent de vos attentions que vous ne laisserez pas échapper une occasion aussi favorable sans demander à Sa Majesté un pareil établissement pour celte ville qui tient un premier rang parmi les capitales.
Ces écoles sont d’autant plus nécessaires qu'elles doivent faire la perfection du dit art, et contribuer à la sûreté de la vie des peuples. Pourquoi elles doivent être établies avec une forme stable et immuable, ainsi que l'est celle de Saint-Cosme, à Paris; où par le travail et l’étude de différents démonstrateurs on parvient à remplir les diverses parties que ces sortes d’exercices renferment.
Pour cet efïet, les uns sont établis pour enseigner aux élèves premièrement les principes du dit art par un cours particulier. C'est ce qu’exécute très savamment le célèbre M. Petit.
Un autre démontre l’ostéologie et enseigne à connaître et guérir les maladies des os. C’est l'emploi de M. Andouillet.
Un autre démontre l’anatomie et enseigne la connaissance de toutes les parties nobles qui composent le corps humain. C’est l’ouvrage de M. Verdier.
Un autre démontre et apprend à faire toutes les opérations qui se pratiquent sur icelui. C’est l’exercice de.M. Morand.
Un autre enfin démontre tous les bandages qui s’appliquent sur le corps humain, les médicaments chirurgicaux et les plantes qui entrent en leur composition. C’est l’étude de M. Garengeot.
Ces différents démonstrateurs n’ont été certainement établis dans cette capitale du royaume que dans la vue de mieux approfondir et traiter plus amplement chaque matière dont ils sont séparément chargés d’endoctriner les élèves; parce qu’il n’est pas présumable qu’un seul homme puisse suivre ses pratiques journalières et se charger du total de ces démonstrations, s’il les veut faire dignement.
Il y a plus, c’est que les exercices ainsi partagés à différents membres du corps excitent parmi eux une vive émulation et forment de nouveaux sujets capables de les entretenir et perpétuer. Au lieu qu’ils tomberaient en peu de temps dans l’imperfection et l’anéantissement s’ils étaient attachés sur la tête d’un seul homme et dépendaient de sa seule étude et de son travail particulier.
Ce considéré les suppliants espèrent, Messieurs, que vos pénétrantes lumières et vos vigilances ordinaires jointes à votre zèle infatigable pour le bon ordre et le bien public vous porteront à demander à Sa Majesté la grâce de fonder et d’attacher sous votre protection celle école de chirurgie dans le corps el communauté des chirurgiens de cette ville qui vous présenteraient différents maîtres dont vous feriez choix et élection des plus capables pour enseigner, et faire chacun en leur particulier, dans leur chambre commune ou tels autres lieux qu’il vous plairait leur accorder, les différents cours ci-devant énoncés, qui, étant pratiqués sous votre direction avec exactitude et régularité, rempliraient les glorieuses intentions de notre sage et illustre monarque et seconderaient les ardents désirs où
vous avez toujours été de voir tleurir dans notre ville un art si utile à la conservation de tous ses habitants.
Une autre supplique du môme genre était adressée à un liant personnage qualifié de Monseigneur et de « Votre Grandeur», où les chirurgiens assurent qu’ils se contenteraient du traitement que Sa Majesté destinait à chaque école, c’est-à-dire de deux cents livres pour chacun des cinq démonstrateurs (sur 1,200 livres, 200 devant servir aux frais et appareils des démonstrations).
Mémoire présenté à Monseigneur le Chancelier par le sieur Lecat,
pour l'établissement dV.ne école d'anatomie et de chirurgie à Rouen.
(Bibliothèque de l’ Hôtel-de-Ville, liasse 109.)
Monseigneur,
11 y a longtemps que les beaux arts aspiraient après leschangements judicieux qu’on voit aujourd’hui dans le gouvernement. La chirurgie, Monseigneur, est le premier de ces arts qui s’en soit ressenti. On ne vous a pas eu plutôt rendu justice que vous la lui avez rendue à votre tour. Convaincu de sa nécessité pour le bien de l’Estat, vous avez d’abord songé à la faire fleurir dans les lieux mômes où il paraît le moins cultivé. Nos provinces ont retenti de celte heureuse nouvelle et s’en sont réjouies. Notre zèle pour les progrès du même art avaitdéjà prévenu cet événement. Nous avions élevé sous la protection de notre premier président, et de la ville, un amphithéâtre anatomique proportionné aux circonstances du temps et des lieux, et vous n’avez pas dédaigné, Monseigneur, de vous faire lire le petit
Sous l’influence de Maréchal, le roi avait fondé 5 places de démonstrateurs à Paris en septembre 1724. ( Ykrdikh. tome II, page 139.) Cela servit de modèle pour des institutions analogues en province. Nom nation par lettres patentes du 5 novembre 1738. (Ykkdier, tome 11. page 130.)
discours que nous prononçeàmes à l’ouverture de celle espèce d’école.
La nouvelle dont nous venons de parler nous fil espérer que les fondements que nous avions jetés serviraient à un établissement plus solide que celui que nous étions en état d’y faire. M. delà Peyronie eut la bonté de nous en assurer. Ces heureux commencements, ces assurances, Monseigneur, me donnent la confiance de m’adresser à vous, protecteur né des beaux arts, pour vous supplier d’elïectuer un projet tout à la fois, et si utile à l’Estat, et si glorieux à ses auteurs.
Les lettres dont je suis chargé, de la part des principales personnes de notre ville, vous prouvent, Monseigneur, que la requêste que j’ai l’honneur de vous présenter est en quelque sorte au nom de toute la ville cl e Rouen. Ces lettres me dispensent, Monseigneur, du pénible et délicat emploi de me recommander moi-même à Votre Grandeur, et je n'ai heureusement à l'entretenir que du plan de l’Ecole dont il est question.
J’ai observé, Monseigneur, et j’ai eu l'honneur de faire observer à M. de la Peyronie, que quelque louables que soient les cours publics de chirurgie tels qu’on les fait ordinairement, leur utilité ne répond pas encore au bien qu’on en espère. Les leçons qu’on y fait sont trop passagères. Le peu qu’on y dit ou qu’on y montre n’est encore vu et entendu que d’un petit nombre et le reste n’emporte de là que des idées confuses et mal digérées. Le moindre inconvénient qui puisse résulter de ce cahos, c’est l’ignorance; mais pour l’ordinaire il donne occasion à de faux plans de science, à l’erreur, à la présomption, à l'entêtement, suites naturelles du défaut de principes. Cette méthode d’enseigner nous expose donc pour l’ordinaire à ne faire ou que de timides ignorants inutiles, tout au moins à la République, ou de faux savants propres à déshonorer la chirurgie par leurs productions ridicules, et plus encore par des opérations présomptueuses et bazardées, et l’on ne sait que trop qu’il n’y a point d'art où l’ignorance et la méprise soit plus dangereuse que dans celui-ci.
Le but du Prince et de Votre Grandeur, Monseigneur, est de donnerai! royaume de véritables chirurgiens, des gens instruits à fond des principes de cette profession, et il n’y a qu’une voie
pour cela, Monseigneur, voie que suivent les physiciens, les mathématiciens et généralement tous ceux qui enseignent les beaux arts; ce serait. Monseigneur, de dicter des cahiers, de les expliquer, d’exercer les écoliers sur le pour et le contre, d’accompagner cette théorie des pièces anatomiques, des expériences, des opérations qui y ont rapport, et cela durant le cours de toute l’année, excepté le temps des vacances ordinaires. C’est un abus atïreux qu’on enseigne aussi superficiellement, qu’on le fait, un art aussi profond, aussi étendu et aussi essentiel que le nôtre. Il n’y a que des exercices suivis, comme je viens de le dire, Monseigneur, qui puissent former de vrais chirurgiens, et la chirurgie ne mérite pas moins cette attention du Prince que les mathématiques, la marine et les autres sciences, dont on entretient des écoles publiques avec tant de soin.
Toute frappante que soit cette vérité, Monseigneur, elle a été jusqu’à ce jour sans produire aucun elïet. On sait il y a longtemps que le nombre des sujets fait la première grandeur des Roys; l’art de les conserver, le premier des arts, est le premier soin du ministère; cependant il fallait qu’il se trouvât dans ce ministère un magistrat aussi éclairé et aussi amateur du bien public que vous l’ètes, Monseigneur, pour que cette visite ne demeurât point stérile.
L’exécution d’un si louable projet n’est point dillicile, Monseigneur, ou ne manquera point de sujets pour remplir ces places, quand on le voudra et un seul mot peut leur assigner les fonds nécessaires à leur subsistance et au salaire de leurs travaux. Monseigneur sait, sans doute, que toutes les marchandises qui entrent dans Rouen paient un droit qu’on nomme l’octroy. Ce droit fait tous les ans une somme considérable qui, par la bonté du Roy est employée aux besoins publics de la ville. Tantôt c’est l’indigence des pauvres de l’Hôtel-Dieu qu’on en soulage, une autre fois c'est un collège qu’on bâtit aux Jésuites, tout récemment c’est un palais qu’on a construit pour les consuls des marchands. Est-il, Monseigneur, un besoin plus pressant et plus public pour la ville de Rouen que ce qui fait le sujet de ma requête? Notre hôtel de ville, qui n’est arrêté dans sa bonne volonté pour moi que par le peu de fonds qu'il possède, satisferait par là à ce besoin, sans altérer ses propres fonds. Tout
le peuple y contribuerait sans s’en apercevoir ; d’autant moins, Monseigneur, que la pension d’un professeur démonstrateur est un très petit objet comparé aux sommes dont je viens de parler. On assignait d’abord, suivant les nouvelles, 150 livres de pension, mais on a arrêté que cette dépense serait proportionnée à la grandeur des villes où se ferait l’établissement, par exemple celui d’Amiens à 120 livres. Toute utile, toute nécessaire que soit celte dépense, elle est si peu considérable qu’elle mérite à peine d’être comptée comme une charge sur un revenu comme celui de l’octroi. Fdle n’empêcherait ni de subvenir aux autres besoins de la ville, ni d’amasser ces revenus, si on le jugeait à propos. Que la chirurgie, Monseigneur, ne voie plus avec douleur l’embellissement de la ville, les concerts, les spectacles, etc., ne lui laisser aucune part aux grâces publiques; qu’au moins l’art de vivre ait un petit tribut des grandes sommes qu’on emploie à vivre agréablement.
Au reste, Monseigneur, l’étendue de vos lumières et de vos connaissances vous met à portée de voir les choses autrement que nous. J’ai pris la liberté de vous présenter les objets tels que je les vois, et j’attends avec respect, Monseigneur, le jugement que vous dictera l’équité (1).
— La pétition de la communauté demandant 5 places de professeurs, jointe au dossier, est signée de Moyeucourt lieutenant et Thibaut 2e prévost receveur.
— Réponse de Lecat au projet de la communauté, mémoire où il explique ses débuts d’enseignement chez lui avec des cadavres dérobés avec péril.
— 1730. Il janvier. — Délibération du conseil de ville par laquelle il est arrêté de rejeter la proposition d’établir un chirurgien accoucheur auquel la ville donnerait des appointements, en réponse à la demande de Mareschal premier chirurgien du Roy.
(I) L’édit do 1723 rétablissant les lieutenants du premier clÿrurgien avait supprimé les fonds octroyés par le boy pour les frais des cours de chirurgie; aussi ces cours avaient-ils été interrompus à Rouen de ce fait.
— 1764. 22 mai. — Délibération. La ville donnera 25 livres à Thibaut, démonstrateur royal d'accouchements, pour l’achat de 2 médailles à distribuer aux élèves.
— 1737. 17 janvier. — La ville accorde aux administrateurs de l’Hôlel-Dieu le dessus de la porte Bouvreuil pour !) ans, afin que Lecat y fasse ses démonstrations. L’Hôlel-Dieu fera mettre des croisées (par l’entremise de M. le premier président).
— Plaintes des voisins 12 décembre 1739.
— 1746. 26 avril. — Arrêt du Conseil d’Etat accordant à Lecat 600 livres par an à prendre sur l’octroi des bœufs, vaches, porcs et moutons, vin, cidre et poiré.
— Id. — Le 27 mai 1746. — Ce qui fait 1,200 livres.
— 175'i. 5 septembre. — Augmentation de 600 livres.
— 1755. — Arrêt donnant à Lecat comme I i thotom iste 2,000 livres sur l’octroi.
— 1765. 5 août. — David adjoint à son beau-père.
— 1734. — La porte Bouvreuil reste l’endroit où se font les cours d’anatomie.
— 1734. — A la mort de David, arrivée le 21 août, le collège de chirurgie revient à la charge et adresse au conseil de ville une supplique demandant les 5 démonstrateurs.
— Voir la supplique de la fille de Lecat, veuve de David, restée sans ressources avec 5 enfants.
— I7S3. — Lettre de Lauinonier demandant le logis de M Lecat pour y transporter l’amphithéâtre de la porte Bouvreuil.
— Contre-lettre du collège demandant une vraie école. — Refus.
(Voir liasse 109., Bibl. île l’ Hôtel-de-Ville.)
Projet pour l'établissement d'une académie de chirurgie à Rouen.
( Arc h. dcp., liasse 265. )