‹ La conception mécanique de la vieChapitre 10 sur 35 · IX. — Éthique · texte numérisé non relu

IX. — Éthique

Si notre existence est basée sur le jeu de forces aveugles et n'est qu'une question de hasard ; si nous-mêmes ne sommes que des mécanismes chimiques, comment peut-il exister pour nous une éthique ? Il faut répondre que nos instincts sont les racines de notre éthique et que ces instincts sont héréditaires, exactement au même point que la forme de notre corps. Nous mangeons, buvons et nous reproduisons, non parce que 1 humanité est tombée d'accord que c'est là une chose désirable, mais parce que, comme des machines, nous sommes forcés de faire ainsi. Nous sommes actifs, parce que nous sommes forcés de l'être par des processus qui se développent dans notre système nerveux central, et aussi longtemps que les êtres humains ne sont pas économiquement des esclaves, l'instinct d'accomplir une œuvre, l'instinct du travail détermine leur action . La mère aime ses enfants et en prend soin, non parce que les métaphysiciens pensent que cela est désirable, mais parce que l'instinct de prendre soin de son petit est en elle tout aussi exactement héréditaire que les caractères morphologiques du corps féminin. Nous recherchons la société des êtres humains et nous nous y plaisons parce que des conditions héréditaires nous obligent à faire ainsi. Nous luttons pour la justice et la vérité parce qu'instinctivement nous sommes poussés à rendre nos semblables heureux. Des conditions économiques, sociales, politiques, ou encore l'ignorance et la

superstition peuvent refréner les instincts héréditaires ou les faire dévier et créer alors une civilisation où se développe une éthique défectueuse ou restreinte. Il peut se produire des individus à qui une mutation a fait perdre tel ou tel instinct désirable, exactement comme chez les animaux une mutation peut faire perdre à des individus leur pigment, et les descendants de ces mutants peuvent, s'ils sont assez nombreux, abaisser l'état éthique de la communauté. Non seulement une conception mécanique de la vie est compatible avec l'éthique : elle semble être la seule conception de la vie qui puisse amener à comprendre où est la source de Téthique.

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LS ROLE DES TROPISMES EIT PSYCHOLOGIE '

Une conception mécanique de la vie n'est complète que si elle comporte une explication physico-chimique des phénomènes psychiques. Certains auteurs prétendent que même si une anah^se physico-chimique complète de ces phénomènes était aujourd'hui possible, elle laisserait inexpliqués les phénomènes « vraiment psychiques. » Nous sommes trop loin de ce but pour désirer entrer en discussion sur un tel objet. Nous pouvons tout au moins montrer pour un groupe limité de réactions animales qu'elles peuvent être expliquées rigoureusement d'un point de vue purement physico-chimique, je veux parler de phénomènes que les métaphysiciens classeraient sous la rubrique de « volonté » chez les animaux.

Les ouvrages de Schopenhauer et de E. von Hartmann m'ont intéressé au problème de la

I. Lecture faite au sixième congrès international de psychologie à Genève, 1909. {Trzàmt dans Popular Science Month/y par Miss Grâce B. Watkinson.) Reproduit avec l'autorisatioa du professeur James McKeen Cattell.

volonté. Au temps où, étudiant, j'ai lu les recherches de Munk sur Técorce cérébrale, j'ai pensé qu'elles pourraient servir de point de départ pour une analyse expérimentale de la volonté. Munk prétend avoir réussi à montrer que chaque impression mnémonique est localisée dans le cerveau du chien dans une cellule ou dans un groupe particulier de cellules, et qu'on peut, à volonté, extirper telle de ces impressions mnémoniques. Cinq années d'expérimentation sur les extirpations dans l'écorce cérébrale m'ont prouvé sans aucun doute que Munk a été victime d'une erreur et que la méthode des opérations cérébrales peut fournir des données relatives au trajet des nerfs dans le système nerveux central, mais qu'elle nous apprend peu de choses sur les processus dynamiques du cerveau.

L'étude de la psychologie comparée des animaux inférieurs chez lesquels le mécanisme de la mémoire est peu ou pas développé, paraît nous ouvrir une meilleure voie. Il m'a semblé qu'il serait un jour possible de découvrir les lois physico-chimiques qui régissent les mouvements en apparence irréguliers de ces animaux, et que les mots « volonté animale » n'expriment que notre ignorance des forces qui imposent aux animaux la direction de leurs mouvements en apparence spontanés d'une manière aussi rigoureuse que la gravité impose aux planètes leur mouvement. Si un sauvage en effet pouvait observer directement les mouvements des planètes et commençait à méditer sur ce sujet, il en viendrait probablement à cette conclusion qu'une « volonté

LIE ROLE DES TROPISMES EN PSYCHOLOGIE

active » guide les mouvements des planètes, juste comme un observateur de hasard tend aujourd hui à supposer qu'une « volonté » fait mouvoir les animaux dans une direction donnée.

La solution scientifique du problème de la volonté semble ainsi consister à trouver les forces qui déterminent les mouvements des animaux et à découvrir les lois selon lesquelles ces forces agissent. Expérimentalement, la solution du problème de la volonté peut prendre cette forme : obliger^ sous linfluence d'agents externes, un certain nombre d'individus d'une espèce animale donnée à se mouvoir avec leur appareil locomoteur dans une direction déterminée. Ce n'est qu'après y avoir réussi que nous aurons le droit d'adm.ettre que nous connaissons les forces qui» dans certaines conditions, semblent être pour le spectateur non prévenu la volonté de l'animal. Mais s'il n'y a qu'une partie des animaux qui se meuve dans la direction donnée, nous n'aurons pas réussi à trouver la force qui détermine avec précision la direction de leur mouvement.

Il y a lieu de faire une autre remarque. Lorsqu'un moineau vient se poser auprès d'une graine placée sur le sol, nous parlons d'un acte volontaire, miais si un moineau mort vient à tomber auprès de cette graine, cela nousparaît tout à fait différent. Dans ce dernier cas n'entrent en jeu que des forces purement physiques, tandis que dans le premier, se passent dans les organes des sens, les nerfs et les muscles de l'animal des réactions chimiques. Nous ne parlons d'acte

LA CONCrpTION MÉCANIQUE DE LA VIE

volontaire que lorsque ce dernier complexe, le mouvement naturel de locomotion, joue un rôle et ce n'est qu'à cette espèce de réaction que nous avons affaire dans la psychologie de la volonté.

Quelques expériences sur les pucerons ailés serviront d'introduction aux méthodes employées pour imposer aux animaux leurs mouvements de progression.

Pour obtenir le matériel nécessaire, des rosiers ou des cinéraires plantés en pot et couverts de pucerons sont introduits dans une chambre et placés devant la fenêtre fermée. En laissant les plantes se dessécher, les pucerons d'abord aptères deviennent des pucerons ailés. Après cette métamorphose les animaux quittent les plantes, s'envolent vers la fenêtre et restent là à se traîner sur le verre. On peut les y recueillir facilement en mettant un tube à essais au-dessous et en touchant par en dessus chaque insecte à son tour avec une plume ou un scalpel pour le faire tomber dans le tube. On peut obtenir de cette manière un nombre assez grand (vingt-cinq ou cinquante par exemple) de sujets convenables pour les expériences. On peut démontrer que le mouvement de ces animaux est rigoureusement dirigé vers la lumière pourvu que les animaux soient en bonne santé et que la lumière ne soit pas trop faible. On dispose les expériences de manière à n'avoir qu'une seule source de lumière, une source artificielle.

Les insectes s'orientent, la tête vers la source

LE ROLE DES TROPISMES EN PSYCHOLOGIE

de lumière et se dirigent vers elle en une ligne aussi droite que le leur permet l'imperfection de leur appareil locomoteur, s'approchant de cette source aussi près qu'ils le peuvent dans leur prison (le tube à essais). Quand ils atteignent l'extrémité du tube à essais placée vers la source de lumière, ils restent stationnaires en une masse étroitement serrée. Si l'on retourne le tube de iSo"*, les animaux se dirigent denouveau vers la source de lumière jusqu'à ce que le verre arrête leur mouvement dans ce sens ^ Chez ces animaux, la direction du mouvement de progression est juste aussi rigoureusement imposée par la source de lumière que la direction du mouvement des planètes est déterminée par la gravitation.

La théorie des mouvements que les aphides exécutent obligatoirement sous Tinfluence de la lumière est la suivante : deux facteurs gouvernent le mouvement de progression des animaux dans ces conditions, Tun est la structure symétrique de l'animal, l'autre l'action photochimique de la lumière. Nous les considérerons tous deux séparément. En ce qui concerne l'action photochimique delà lumière, nous savons aujourd'hui qu'un grand nombre de réactions chimiques de corps organiques sont accélérées par la lumière. Cela est vrai spécialement pour les oxydations ^

I. Lœb, Der Heliotropismus der Tiere und seùie Uebereiti' sttmmung mit dem Heliotropismus der Pflan\en, Wûrzbourg, 1889. Traduit dans Studies in General Physiology, 1906.

1. Luther, Die Aufgaben der Photochemie, Leipzig, 1905 ; C. Neuberg, Bioch. Zeitsck., XIII, 30^, 1908; Lœb, Tke Dynamics of Living Matter, New-York, 1906. Voir de plus le travail de Cia- MTCiAN, ainsi q^ue celui de Wo. Ostwald [Bioch. Zeitsch., 1907)'

Une masse de faits dès maintenant considérable nous donne le droit d'admettre que l'action directrice exercée par la lumière sur les animaux et sur les plantes est, en dernière analyse, due au fait que la vitesse de certaines réactions chimiques dans les cellules de la rétine ou dans d'autres régions photosensibles des organismes est modifiée par la lumière. En faisant croître l'intensité de la lumière, la vitesse de certaines réactions chimiques, par exemple des oxydations, s'accroît.

Le second facteur est la structure symétrique de l'animal. L'anatomie grossière de l'animal nous révèle sa symétrie morphologique. Mais mon opinion est que cette symétrie existe au sens chimique aussi bien qu'au sens anatomique, c'est-à-dire que les régions symétriques du corps sont chimiquement identiques et ont le même métabolisme tandis que les régions non sym.étriques sont chimiquement différentes et ont en général un métabolisme quantitativement ou qualitativement différent. Pour donnerun exemple de cette différence, il suffit dé faire remarquer que les deux rétines, qui sont certainement symétriques, ont un métabolisme identique, tandis qu'une région de la peau qui n'est pas symétrique de la rétine a un métabolisme différent. Les divers points de la rétine sont aussi chimiquement dissemblables. Les observations sur le pourpre rétinien, les différences entre la sensibilité à la couleur de la /ozj^ a centralis, et des parties périphériques de la rétine indiquent que les points symétriques des deux rétines sont chimiquement

LE ROLE DES TROPISMES EN PSYCIlOLOGfE

semblables, les points non symétriques chimiquement différents.

Si maintenant une quantité inégale de lumière tombe sur les deux rétines, les réactions photoschimiques dans celle qui reçoit leplus de lumière sont plus rapides que dans l'autre. Il en est naturellement de même pour chaque paire d'éléments S3^métriques des surfaces photosensibles. Il faut ici se rappeler que ce n'est pas seulement dans les yeux, mais aussi dans diverses parties de la surface d'un grand nombre d'animaux qu'on a trouvé des substances photochimiques. Chez les Planaires, comme l'ont montré mes expériences ainsi que celles de Parker, ce ne sont pas seulement les yeux, mais aussi la peau qui est en certains points sensible à la lumière. S'il tombe alors plus de lumière sur une rétine que sur l'autre, les réactions chimiques seront aussi plus rapides dans l'une que dans l'autre, et par suite des modifications chimiques plus intenses se produiront dans l'un des deux nerfs optiques. S. S. Maxwell et C. D. Snyder ont démontré, indépendamment l'un de l'autre, que la vitesse tie l'impulsion nerveuse a un coefficient de températur<^ 4e l'ordre de grandeur de celui qui caractérise les réactions chimiques. Nous pouvons en conclure que, lorsque les deux rétines (ou d'autres parties symétriques) sont éclairées avec une intensité inégale, des processus chimiques d'intensité pareillement inégale se produisent dans les deux nerfs optiques (ou dans les nerfs sensoriels des deux parties éclairées). Cette inégalité des processus chimiques se transmet

des nerfs sensitifs aux nerfs moteurs, et éventuellement aux muscles qui en dépendent. Nous en concluons qu'avec une illumination égale des deux rétines, les groupes symétriques de muscles des deux moitiés du corps doivent recevoir des excitations chimiques égales et par suite atteindre un égal degré de contraction, tandis que, quand la vitesse de réaction est inégale, les muscles symétriques d'un côté du corps sont mis en action plus fortement que du côté opposé. Le résultat d'une telle inéo-alité d'action de muscles symétriques des deux côtés du corps est un chan- Qfement dans la direction des mouvements de la part de Tanimal.

Le chanoement de direction du mouvement

peut être le résultat soit de ce que la tète et par suite tout l'animal se tourne vers la lumière, soit de ce que tout ce mouvement s'effectue en sens opposé. La structure du système nerveux central est segmentaire et les segments céphaliques déterminent^ généralement la manière dont se comportent les autres segments avec leurs parties accessoires.

Chez les pucerons ailés, les choses se passeront ainsi : supposons qu'il n'y ait qu'une source de lumière et que la lumière vienne frapper l'animal de côté. Naturellement, l'activité des muscles qui font tourner la tête ou le corps de l'animal vers la lumière s'accroîtra ^ Il en résultera que la

1. Lœb, Comparative Physiology of the Brain and Comparative Psychology, New-York et Londres, 1900.

2. Si deux sources de lumière d'égale intensité sont à distance égale de l'animal, il se déplacera dans une direction perpendiculaire

LE ROLE DES TROPISMES EN PSYCHOLOGIE

tête, et avec elle tout le corps de l'animal se tournera vers la source de lumière. Dès que cela sera réalisé, les deux rétines seront également éclairées. Il n'y a donc plus à partir de ce moment aucun motif pour que l'animal tourne dans un sens ou dans l'autre. Il est ainsi guidé automatiquement vers la source de lumière. La lumière est dans ce cas la « volonté » de Tanimal, et détermine la direction de son mouvement aussi exactement que la gravitation dans le cas d'une pierre qui tombe ou d'une planète qui se meut. L'action de la gravitation sur le mouvement d'une pierre qui tombe est directe, celle de la lumière sur la direction du mouvement des pucerons est indirecte, Tanimal étant obligé à se mouvoir dans une certaine direction par l'intermédiaire d'une accélération de réactions photochimiques.

Nous désignerons maintenant comme positivement héliotropiques les animaux qui sont obligés de tourner la tête vers la source de lumière ou de se mouvoir vers elle, comme négativement héliotropiques ceux qui sont orientés ou dirigés dans leur mouvement à l'opposé de cette direction \

à la ligne qui joint les deux sources lumineuses, puisque sur cette ligne les deux yeux sont également influencés par la lumière. Sur ce point, comme l'a dit justement Bohn, la réaction héliotropique automatique des animaux diffère du mouvement d'un être humain qui va vers l'une des sources de lumière, le mouvement n'étant pas, dans ce cas, déterminé par l'héliotropisme.

1. Qu'un animal soit positivement ou négativement héliotropique, cela dépend du fait que la lumière amène une augmentation ou une diminution de tension des muscles. Pourquoi la lumière peut produire ces deux effets opposés, nous ne le savons pas encore.

Les pucerons ne sont ici qu'à titre d'exemple. On peut montrer les mêmes phénomènes d héliotropisme positif avec une égale précision en se servant d'un grand nombre d'animaux, tant vertébrés qu'invertébrés. Nous ne pouvons naturellement énumérer ici tous ces cas. Le lecteur qui s'y intéresserait devrait consulter l'ensemble volumineux des travaux parus sur ce sujet. L'héliotropisme est extrêmement fréquent chez les larves d'animaux marins et d'insectes, mais on le rencontre aussi chez des animaux adultes.

Les animaux héliotropiques sont donc en réalité des machines photométriques. D'après les lois photométriques, l'intensité de la lumière varie comme le sinus de l'angle sous lequel la lumière frappe l'élément de surface de l'animal (ou comme le cosinus de l'angle d'incidence). La lumière oriente l'animal de telle manière que des éléments symétriques de sa surface photosensible soient frappés à peu près sous le même angle. En présence d'une seule source de lumière, cette condition se trouve remplie si l'axe de symétrie de l'animal se déplace dans la direction des rayons lumineux. Dans ce cas, la vitesse des réactions photochimiques est la même des deux côtés de l'animal et il n'y a pas de raison pour qu'il soit dévié de sa direction dans son mouvement de progression.

Des expériences sur l'héliotropisme des plantes ainsi que sur la perception de la lumière par notre rétine ont fait voir que l'effet de la lumière est proportionnel au produit de l'intensité par la durée d'illumination. Cette loi est identique

LE ROLE DES TROPISMES EN PSYCHOLOGIE

à la loi générale de Bunsen et Roscoë qui dit que l'effet chimique de la lumière est dans de larges limites proportionnel à ce produit. Nous ne savons pas encore si la loi de Bunsen est valable pour les animaux héliotropiques. S'il en était ainsi, nous devrions substituer cette loi à ce que les ph^^siciens appellent la volonté chez ces animaux.

Les pucerons ailés servent d'exemple ^^srce qu'ils remplissent la condition indiquée plus haut, c'est-à-dire que tous les individus sans exception vont vers la lumière. C'est pour une science mécanique un postulat de méthode \ne la loi ne comporte pas d'exception, ou que toute exception doit comporter une explication satisfaisante. On a bientôt vu que, comme on pouvait s'y attendre, tous les organismes dans leurs conditions normales d'existence ne sont pas également de bons sujets pour ces expériences. Beaucoup d 'animaux ne sont pas du tout héliotropiques ; beaucoup montrent une réaction faible, d'autres une aussi nette que les pucerons ailés. C'est par suite un problème qui se pose de lui-même d'arriver à produire artificiellement l'héliotropisme chez des animaux qui, dans les conditions ordinaires, n'en présentent pas. Si dans un étang ou un lac d'eau douce, on récolte à midi ou dans l'après-midi avec un filet à plankton de petits crustacés, et qu'on les mette dans un aquarium éclairé d'un seul côté, on trouvera souvent que ces animaux

se déplacent dans le vase tout à fait au hasard et se distribuent irrégulièrement. Il y en a qui vont vers la source de lumière, d'autres dans la direction opposée, et la majorité peut-être ne se soucie pas de la lumière.

Le tableau change aussitôt si nous ajoutons à Veau un peu d'acide, de préférence de l'acide carbonique qui pénètre facilement les cellules de l'animal. Ajoutons lentement à notre eau de l'eau chargée d'acide carbonique à raison de quelques centimètres cubes pour 50 centimètres cubes. Si la quantité ajoutée est convenable, tous les individus manifestent un héliotropisme positif très net, vont en ligne droite, autant que le permet Timperfection de leurs mouvements de natation, vers la source de lumière et restent étroitement amassés sur la paroi éclairée du vase. Si l'on retourne celui-ci de 180"^, les animaux reprennent leur route vers la nouvelle paroi éclairée. N'importe quel acide, et aussi l'alcool, agirait comme l'acide carbonique, mais moins énergiquement et beaucoup plus lentement. Les animaux qui étaient auparavant entièrement indifférents à la lumière, en deviennent esclaves sous l'action de l'acide carbonique*.

Comment l'acide peut-il produire un tel résultat? Nous admettrons qu'il agit comme un sensibilisateur. La lumière produit des modifications chimiques, par exemple des oxydations, à la surface de l'animal, spécialement dans l'œil, comme on l'a indiqué dans le cas des pucerons. La masse

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