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LE ROLE DES TROPISMES EN rSYCHOLOGIE
de substance photochimique soumise à l'action de la lumière est souvent relativement petite, si bien que quand la lumière touche un crustacé (copépode) d'un côté seulement, la différence entre les modifications chimiques sur les deux côtés du corps reste encore trop faible pour provoquer entre les muscles de l'un et de l'autre côté une différence de tension ou d'activité suffisante pour faire tourner l'animal vers la source de lumière. Mais, si nous ajoutons un acide, il pourra agir comme un catalyseur, de la même manière, par exemple, que dans la catalyse des éthers. Dans cette dernière catalyse, les acides n'agissent, d'après Stieglitz, qu'en augmentant la masse active de substance soumise à la modification chimique. Pour fixer provisoirement nos idées, nous admettrons que l'acide rend l'animal beaucoup plus positivement héliotropique en augmentant la masse active de substance photosensible. De cette manière, la même intensité de lumière qui auparavant ne produisait pas de réaction héliotropique peut maintenant en produire une qui soit positive et très forte, pour la raison que si l'animal n'est maintenant frappé que d'un seul côté par la lumière, la différence entre les produits de la réaction d^ns les deux rétines devient rapidement assez grande pour provoquer automatiquement une différence dans l'action des muscles des deux côtés du corps et une rotation de la tète vers la source de lumière.
Dans certaines formes, par exemple, dans Daphnia et chez certains copépodes marins, un
abaissement de température accroît aussi la tendance à l'héliotropisme positif. Si une simple addition d'acide est insuffisante pour rendre les Daphnies positivement héliotropiques, on peut souvent y arriver en abaissant en même temps la température.
Les animaux qui présentent un fort héliotropisme positif et ceux qui ne réagissent pas -du tout à la lumière n'offrent pas de difficultés à l'observateur. Au contraire, certains zoologistes ont trouvé difficile à expliquer la manière dont se comportent les animaux qui sont entre ces deux cas extrêmes. Par exemple, un auteur a écrit que pour une grande intensité lumineuse, les lois de l'orientation héliotropique se vérifient, mais que si la lumière diminue, Tanimal réagit à la lumière par la méthode « d'essai et d'erreur ». Du point de vue chimique, la manière dont les animaux se comportent pour une faible intensité de lumière est aisée à comprendre. Si un animal positivement héliotropique est éclairé d'un seul côté, une rotation de la tête vers la source lumineuse ne se produira inévitablement que si la différence de vitesse do certaines réactions photochimiques atteint pour les deux yeux une certaine valeur. Si l'intensité de la lumière est suffisante et que la masse active de substance photochimique soit assez grande dans l'animal, il ne faut que peu de temps, par exemple une fraction de seconde, pour que la diiférence entre
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les masses de produits de réaction formés des deux côtés de Tanimal atteigne une valeur suffisante pour rendre inévitable la rotation de la tète vers la source de lumière. L'animal devient alors esclave de la lumière ; autrement dit, il peut à peine dévier de la direction des rayons lumineux, car s'il écarte la tête même pour une fraction de seconde de cette direction, la différence dans les produits des réactions photochimiques dans les deux rétines devient si grande que la tête revient automatiquement dans la direction de la source. Mais si l'intensité de la lumière ou la sensibilité de l'animal est plus petite, l'animal peut se détourner pendant une période plus longue de la direction des rayons. Il peut alors arriver que les animaux atteignent le côté éclairé du vase qui les renferme, mais ils n'y vont pas directement en ligne droite, et suivent, au contraire, une route en zigzag ou tout à fait irrégi^ lière. Il n'y a donc pas une différence qualitative, mais quantitative dans la manière dont réagissent à une lumière forte ou faible les animaux héliotropiques, et il est par suite inexact de dire que le mouvement des animaux est dirigé vers la source lumineuse quand l'éclairage est intense, mais que pour un éclairage plus faible, ce qui se produit est essentiellement différent.
Il y a encore un autre point à considérer. Nous avons vu que l'acide augmente la sensibilité de certains animaux à la lumière, peut-être en augmentant la masse active de substance photochimique. Tout animal produit constamment des acides dans ses cellules, en particulier,
des acides carbonique et lactique, et ces acides auofmentent la tendance des animaux aux réactions héliotropiques. Il est probable qu'il y a aussi production de substances d'effet opposé, qui diminuent la sensibilité héliotropique des animaux. Des fluctuations dans la vitesse de production de ces substances produiraient aussi des variations de sensibilité héliotropique des animaux. Si, par exemple, la masse active de substance photosensible dans un copépode est relativement petite, une augmentation temporaire de la production de gaz carbonique pourrait augmenter assez la sensibilité de Tanimal à la lumière pour le déterminer à se mouvoir pendant une période de quelques secondes droit vers la source. Puis, la production d'acide carbonique décroissant, l'animal redeviendrait indifférent à la lumière et se déplacerait dans une direction (Quelconque. Alors, la quantité d'acide carbonique venant à croître de nouveau, Tanimal se dirigerait de nouveau pendant peu de temps vers la lumière. Des animaux ainsi faits se rassemblent finalement du côté éclairé du vase qui les contient, la somme alg'ébrique des mouvements accomplis dans les autres directions tendant vers zéro d'après la loi du hasard. Mais il est bien évident que ces animaux ne viendront pas en liofne droite vers la source lumineuse. Un auteur qui n'a pas une tendance à interpréter chimiquement et physiologiquement les variations dans la manière dont se comportent de semblables animaux, ne peut naturellement expliquer comment elles se produisent. S'il est forcé de trouver une
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explication, il conclura en proposant qu'il s'agit « d'essais et d'erreurs » ce qui n'est pas plus chimique ou scientifique que les explications des métaphysiciens en général.
Il y a des auteurs qui n'ont, semble-t-il, travaillé qu'avec des animaux qui n'étaient pas très fortement héliotropiques et dont la sensibilité à la lumière oscillait autour d'un seuil d'excitation, comme on l'a décrit plus haut. Ces animaux n'étaient pas un bon matériel pour des expériences d'héliotropisme et il est nécessaire d'accroître d'abord leur sensibilité à la lumière si l'on veut étudier sur eux les lois d'action de la lumière.
Je pense également que ce sont des observations faites sur des animaux insuffisamment sensibles à la lumière qui ont amené de nombreux auteurs à affirmer que les animaux héliotropiques ne se placent pas d'eux-mêmes dans la direction des rayons lumineux^, mais qu'ils doivent d'abord apprendre à connaître la bonne orientation. Une expérience très décisive contredit cette assertion : les larves de Balanns perforatus se développent entièrement dans l'obscurité. Si l'on met un ovaire contenant des larves mûres dans un verre de montre contenant de l'eau de mer et placé dans l'obscurité, les larves se mettent en liberté, et si l'on vient ensuite à donner de la lumière, elles vont toutes aussitôt du côté du verre tourné vers la fenêtre. Elles possèdent donc un héliotropisme très nettement positif, avant d'avoir subi l'influence de la lumière.