II. — Polarisation
En poursuivant les expériences précédentes, j'ai observé que, chez beaucoup d'animaux, je ne pouvais arriver à produire aucune sorte d'hétéromorphose. Ces animaux montraient, en ce qui concerne la formation des organes, un phénomène avec lequel nous sommes familiarisés pour l'aimant. Si nous brisons un aimant en morceaux, chaque morceau a un pôle nord du côté où l'aimant complet en possédait un. Il y a de même des animaux dont chaque morceau produit à chaque extrémité l'organe vers lequel elle était dirigée dans les conditions normales. Nous pouvons dans ces cas parler de polarisation. L'exemple le plus net nous en est fourni par une actinie, Cerianthus membranaceus.
1. Depuis que ceci a été écrit, des phénomènes d'hétéromorphose ont été obtenus chez beaucoup d'animaux. Herbst a trouvé que chez les crustacés une antenne peut être amenée à se former à la place d'un œil enlevé ; Van Duyne, Bardeen et Morgan ont observé des phénomènes d'hétéromorphose chez des Planaires, et ainsi de suite (191a).
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PRINCIPES DE MORPHOLOGIE PHÏSIOLOGIQUB
Si nous découpons un morceau rectangulaire, c d ef^ de la paroi du corps de Cerianthîis, de nouveaux tentacules commencent aussitôt à croître sur ce morceau, mais seulement du côté ef{ûg. 2g), qui était tourné du côté oral de l'animal. Rien de pareil ne se produit sur les côtés ce^ d c ou f d. La production de tentacules se fait
Fig. 29. — Schématique. Lorsqu'un morceau c d e f est découpé de la paroi du corps de Cerianthus, anémone de mer, de nouveaux tentacules se forment seulement au côté supérieur e f à\x morceau découpé.
Fig. 30. — Schématique. Lorsqu'une incision a c b est faite dans le corps de Cerianthiis, de nouveaux tentacules se développent seulement sur la lèvre inférieure c b.
avant le début de toute autre régénération. On observe la même polarisation dans la modification suivante de l'expérience précédente. Si nous faisons une incision, acb (fig. 30) sur la paroi du corps de l'actinie, il n'y a que la lèvre infé-
rieure c b qui produise des tentacules, tandis que la lèvre supérieure ac n^en produit aucun. Les deux parties se cicatrisent de telle manière qu'il se forme seulement la moitié d'une bouche entourée de ses tentacules b (fig. 31). Il est curieux de voir comment se comportent ces tentacules si nous leur offrons des parcelles de viande. Ils s'efforcent alors d'introduire ces parcelles dans le nouveau disque oral où devrait être la bouche, et ce n'est qu'après un effort de plusieurs minutes qu'ils s'arrêtent dans cette vaine tentative. J'ai cherché, mais sans succès, s'il serait de quelque manière possible de produire des tentacules à l'extrémité aborale d'un morceau découpé de l'animal.
Hydra se comporte en ce qui concerne la polarisation un peu autrement que Cerianthiis. Si nous faisons une incision dans le tronc, il se forme un nouveau pôle oral tout entier, mais ce n'est là qu'une autre forme sous laquelle se manifeste la polarisation.
Un bon nombre d'animaux reproduisent "seulement, pour autant que nous savons, les organes perdus, mais ne montrent aucune espèce d hétéromorphose. Nous voyons donc que, tandis que chez certains animaux nous pouvons produire une hétéromorphose, dans d'autres il existe une polarisation absolument établie qui nous permet de produire seulement la régénération des parties perdues avec la disposition qui existe chez l'animal normal. Dans ce cas, nous devons admettre que des conditions internes inconnues déterminent l'arrangement des membres.
PRINCIPES DE MORPHOLOGIE PHYSIOLOGIQUE
En outre des exemples d'hétéromorphose ou de polarisation qui se présentent séparément, nous trouvons des cas dans lesquels les deux phé-
Fig. 31. — D'après nature, ronratiin dune seconde tête dans Cerianthus après incision latérale en. b. Il n'y a qu'une fraction du nombre normal de tentacules qui se forment. Cette fraction correspond à la fraction de la périphérie atteinte par Tincision. Il ne se forme pas de nouvelle bouclie, mais si l'on présente au groupe de tentacules en h un morceau de viande, ils s'en saisissent et le pressent contre la place où devrait être la bouche, montrant ainsi le caractère purement mécanique de toutes ces réactions.
nomènes s'observent chez le même animal. Si nous découpons un morceau suffisamment large d'une tige de Tnbnlaria friesembryanthemunif
LA CONCEPTlOiy MÉCANIQUE DE LA VIE
et si nous le plaçons sur le fond d'un vase plein d'eau soigneusement protégé contre les vibrations, l'extrémité antérieure du morceau donne naissance à un nouveau polype, l'extrémité postérieure à une racine ; mais si nous suspendons la tige de telle manière que l'extrémité postérieure ne touche pas la surface du verre et soit suffisamment pourvue d'ox5^gène, cette extrémité produit alors un polype et nous avons un vrai casd'hétéromorphose (fig.32).
Dans tous les cas, le polype de l'extrémité orale se forme le premier, et un temps relativement long (une ou plusieurs semaines) s'écoule avant que se forme le poh^pe aboral.
Dans un cas toutefois, j'ai pu amener la tige à former un pol5^pe à l'extrémité aborale aussi rapidement qu'à l'extrémité orale, et cela en empêchant ou en retardant la formation du polype oral. C'est ce qu'on peut réaliser en dimi-
et ^se forme à chaque
bout. Nous pouvons ainsi produire un animal qui se termine par une tête aux deux extrémités du corps, tandis que l'animal représenté dans H figure 28 se termine aux deux bouts par ua stolon ou pied.
l'ig, ^7. — Hétéromorpliose chez Tubiilaria.
D'après nature. La Tubularia normale se termine à une extrémité par un stolon, à l'autre par une tête ou polype. Si l'on découpe un morceau a b et qu'on le suspende dans l'eau, une nou« velle tête ou polype c
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nuant la quantité d'oxygène à Textrémité orale. Dans ces conditions, les polypes aboraux étaient produits aussi rapidement que les polypes