IV. -- Eifets de la lumière
Personne aujourd'hui ne met sérieusement en question que l'action de la lumière sur les organismes soit avant tout de nature chimique. Tandis que cette action chimique est de la plus haute
DE L'r\FLVE.\CE DU MILIEU SUR LES ANIMAUX
importance pour les organismes dont la nutrition dépend de l'action de la chlorophylle, elle présente moins d'importance pour les organismes privés de cette substance. Néanmoins nous trouvons des animaux dans lesquels la formation des organes par régénération n'est possible que s'ils sont exposés à la lumière. Une observation faite par l'auteur sur la régénération des polypes d'un hydroïde, Eudendriurn raceniosuni^ à Woods Hole, peut être indiquée ici à titre d'exemple. Si Ton place des tiges de cet hydroïde, ordinairement couvertes de polypes, dans un aquarium, les polypes en tombent rapidement; mais si dans l'aquarium la lumière du jour vient les éclairer, de nombreux polypes se régénèrent en quelques jours. Au contraire, si les tiges diEudenâriuni sont conservées constamment à l'obscurité, il ne se reforme pas de polypes, même après un intervalle de plusieurs semaines; maïs ils se produisent en quelques jours si on porte ces mêmes tiges de l'obscurité à la lumière. La lumière diffuse du jour suffit pour cela. Goldfarb, qui a répété ces expériences, dit qu'une exposition de durée relativement courte suffit pour obtenir ce résultat. Il est possible que la lumière favorise la formation de substances qui sont nécessaires à la formation et à la croissance des poh^pes.
D'importance beaucoup plus considérable que cette observation sont les faits qui montrent qu'un grand nombre d'animaux prennent, dans une certaine mesure, la couleur du fond sur lequel ils sont placés. Pouchet a vu par des expériences sur les crustacés et les poissons que cette
LA CONCEPilON MÉCANIQUE DE LA VIE
influence du fond sur la couleur des animaux est produite par l'intermédiaire des 3^eux. Si l'on enlève les yeux à l'animal ou si on l'aveugle par tout autre moyen, le phénomène disparaît. Le second fait général trouvé par Pouchet est que la variation de couleur d'un animal est réalisée par l'action des nerfs sur les cellules pigmentaires de la peau, l'action nerveuse étant soumise à l'influence de l'œil.
Le méca iisme et les conditions du changement de couleur sont éclairés par les belles recherches de Keeble et Gamble sur le changement de couleur des crustacés. D'après ces auteurs, les cellules pigmentaires peuvent, en général, être considérées comme formées d'un corps central d'où part dans toutes les directions un S5^stème de ramifications plus ou moins compliquées. Généralement, le centre de la cellule contient un ou plusieurs pigments différents qui, sous l'influence des nerfs, peuvent ensemble ou séparément se répandre dans ses ramifications. Ces phénomènes d'extension et de rétraction des pigments vers les ramifications ou inversement forment dans l'ensemble la base des changements de couleur sous l'influence du milieu. Ainsi Keeble et Gamble observent que Macromysis flexuosa paraît transparent et incolore ou gris sur fond de sable. Sur fond sombre, sa couleur s'assombrit. Cet animal a dans ses chromatophores deux pigments, l'un brun et l'autre blanchâtre ou jaune. Le premier est beaucoup plus abondant que le second. Quand l'animal paraît transparent, tout le pigment est contenu au centre de la cellule et
DE VINFLUENCE DU MILIEU SUR LES AXIMAUX
les ramifications n'en ont pas. Quand l'animal paraît brun, les deux pigments sont distribués dans les ramifications. Lorsque cette extension des pigments est la plus grande, les animaux paraissent noirs.
C'est là un cas relativement simple. Dans d'autres crustacés, Keeble et Gamble ont trouvé des conditions beaucoup plus compliquées, par exemple dans Hippolyte cranchii ; cependant l'influence du milieu sur la coloration dans cette forme animale a été également analysée par les auteurs de manière satisfaisante.
Tandis que beaucoup d'animaux montrent sous l'influence du milieu des changements momentanés de couleur, il peut se produire dans quelques cas des changements permanents. Les meilleurs exemples dans ce sens, sont ceux qui ont été observés par Poulton sur les chrysalides de divers papillons, spécialement de la Vanessa urticœ. Ces expériences sont si connues qu'il suffit d'en parler brièvement. Poulton^ a trouvé que dans un milieu doré ou blanc, les chrysalides deviennent de couleur claire et que les taches dorées prennent alors souvent un grand développement « si bien que dans nombre de cas la surface entière des chrysalides brille comme d^un éclat métallique. Cette apparence est si remarquable qu'un physicien auquel on fit voir ces chrysalides pensa que par manière de plaisanterie je les avais couvertes d'une feuille d'or » . Quand
I. Poulton. E.-B., Colours of Animais (International Scientific Séries). Londres, 1890, p. 121.
le milieu est noir, « les chrysalides sont en orénéral extrêmement sombres, avec seulement une trace très faible et souvent pas de trace du toutdes taches dorées si remarquables sur les formes claires ». La sensibilité de l'animal à cette influence de son milieu a été trouvée la plus grande dans la période de temps où la chenille subit sa métamorphose en chrysalide. Autant que Tauteur a pu savoir, aucune explication physico chimique n'a été fournie des résultats du type observé par Poulton, sauf peut-être l'idée émise par Wiener d'une photographie de couleur produisant une adaptation mécanique.