V. — Nature de la vie et de la mort
La nature de la vie et de la mort est une question qui intéresse le public plus peut-être qu'aucun autre problème purement théorique, et nous pouvons facilement comprendre que l'humanité n'a pas attendu la biologie expérimentale pour y trouver une solution. Cette solution revêtit la forme anthropomorphique qui caractérise toutes les explications de la nature dans la période préscientifique. On admit que la vie commence avec l'entrée dans le corps d'un « principe
vital » : que la vie de l'individu commence avec l'œuf, c'était naturellement chose inconnue à l'homme primitif ou préscientifique. On admit aussi que la mort était le résultat de la sortie du corps du « principe vital ».
Mais, scientifiquement, la vie commence (dans l'œuf d'oursin et peut-être dans tous les autresi avec l'accélération de la vitesse d'oxydation, et cette accélération a pour point de départ la destruction de la couche corticale de l'œuf. La vie des animaux à sang chaud — y compris l'homme — se termine quand les oxydations cessent dans l'organisme. Dès que les oxydations ont cessé quelques instants, les membranes superficielles des cellules, si elles sont assez riches en eau et de température assez élevée, deviennent perméables aux bactéries, et le corps est détruit par les microorganismes. Le problème du début et de la fin de la vie de l'individu est, du point de vue physico-chimique, clairement résolu. On n'est donc pas autorisé à prétendre qu'en plus de l'accélération des oxydations, le début de la vie de l'individu est déterminé par l'entrée dans l'œuf d'un « principe vital » métaphysique, et que la mort est déterminée, non seulement par la cessation des oxydations, mais parla sortie hors du corps de ce « principe ». Lorsque de Teau s'évapore, nous trouvons suffisante l'explication que nous en donne la théorie cinétique des gaz, et — pour répéter une plaisanterie bien connue de Huxley — nous ne demandons pas qu'on invoque la disparition de 1' « aquosité ».
^ 17 ^ I-GEB. — a
L i CONCEPTION MÉCANIQUE DE LA VIE