‹ La concierge de la rue du bacChapitre 2 sur 4 · MADEMOISELLE IPHIGÉNIE. «J · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE IPHIGÉNIE. «J

MAOCMOISELLE IPHIGÉNIE

Droguin est en train de regarder travailler son froUeur, qui cire et embellit sa loge.

Tout en frottant, celui-ci lui dit :

— Mademoiselle votre fille s'est levée plus tôt aujourd'hui, et nous avons pu finir sa chambre de bonne heure... c'est plus commode.

— Ma fille ne pouvait pas vous gêner, répond le suisse, en examinant son habit neuf, pour s'assurer si Pigeonnier ne l'a pas taché quelque part ; Iphigénie n'a pas couché ici.

— Ah! bah I... mademoiselle votre fille a découché'.'... Elle a donc passé toute la nuit au bal?

— Ce n'est pas cela. Iphigénie a maintenant

Iti.

ir4 LE CONCIERGE DE LA HUE DU BAC

une élève à Argenteuil, dans une superbe maison de campagne, où l'on est heureux de la posséder ; si heureux qu'on la garde quelquefois pendant huit jours de suite... d'autant plus que son élève prend le lait d'ânesse, et ma fille, dont la poitrine est fort délicate, prend du même lait à la même ânesse... C'est une maison riche, où l'on ne se refuse rien... on y a des ânes toute la journée, si on veut, et on va à cheval dessus, se promener dans les environs.

« Iphigénie doit y aller souvent : elle adore le cheval,

— Mais, puisque c'est un âne?

— Ça ne fait rien, c'est toujours comme si l'on allaita cheval.

— C'est bien agréable... ma femme aime mieux une chèvre...

— Pourquoi faire?

— Pour prendre de son lait.

— Ah! fi !... le lait de chèvre a un goût sauvage très-prononcé.

— Mais ma femme ne le boit pas!

— Qu'en fait-elle donc?

— Du fromage à la crème.

— Cela doit faire de tristes fromages.^

— Ça fait du gèromé.

MADEMOISELLE IPHIGENIE. 175

— Pour en revenir à ma fille, elle m'avait prévenu cette fois qu'elle passerait plusieurs jours à la campagne... Elle a emporté toutes ses plus belles toilettes et ses bijoux... parce que c'est une campagne où l'on reçoit beaucoup de monde, oîi l'on donne des fêtes...

«Tiens, voilà le facteur.

— Une lettre pour vous, monsieur Droguinl...

— Pour quel locataire?

— Je vous dis qu'elle est pour vous.

— Pour moi?... Ah I vous m'étoimez... Qui donc peut m'écrire?

— Donnez-moi trente centimes, ou six sous, que je me sauve...

— Comment! six sous?... on n'a pas adranchi?

— Non, rien du tout.

— Voilà un procédé bien malpropre !... six sous? et c'est pour moi? D'où vient-elle?

— De Boulogne.

— Du bois de Boulogne, et vous voulez me faire payer six sous?

— Je vous dis de Boulogne-sur -Mer.

— Sur mer!... voilà qui est singulier!... Mais je ne connais personne, sur mer, moi, je relusc...

— Comme vous voudrez I Le trotteur dit :

i76 LE CONCIERGE DE LA RUE DTI BAC.

—• On a quelquefois eu tort de refuser une lettre qui viei?' le loin... Cela peut vous annoncer une nouvelle- importante, comme un héritage qu'on n'attend pas. On n'a pas de parents, mais il y a des amis qui vous lèguent leur bien.

— Au fait, vous avez raison, frotteur, et pour six sous, il ne faut pas refuser sa fortune.

-7- Holà! eh! là-bas!... facteurl... N'allez pas si vite !

— Que me voulez-vous ?

— Décidément, je prends la lettre.

— ^ Il faudrait tâcher de vous décider.. . Vous voulez, vous ne voulez pas...

— Je vous dis que jela prends. Tenez, voilà vos six sous.

«Font-ils de l'embarras, ces facteurs! Parce que ce sont des gens de lettres!... »

Droguin ouvre la lettre, regarde la signature et s'écrie :

— Tiens! c'est de ma fille I... Comme c'est heu- •"^w.i que je n'aie pas refusé la lettre!

— J)") votre fille ! et la lettre vient de Boulognestir-Mer !... Elle n'est donc plus àArgenteuil,votre (ille?

— En effet, ceci est singulier. Est-ce que les

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