ETATS-UNIS
Les noml)reiises associations ouvrières qui existent en Amérique ont contribué dags une large mesure au drveloppementdes institutionsde conciliation etd'arbitrage. Mais leur action n'est pas la seule qui se soit fait sentir et l'intervention du législateur a donné aussi des résultats que nous aurons à apprécier. Notre étudecomprendra donc deux parties dedéveloppement fort inégald'ailleurs. Nous ne dirons que quekpies mots des efforts dus à l'initiative privée. Le nombre des conseils qu'elle a fondés est fort restreint, de plus ils ont été calqués pour aitisi dire sur ceux qui existenten Angleterre, et ne présentent aucun caractère d'originalité. Par contre nous insisterons davantage sur les lois qui sont venues créer des conseils officiels dans plusieurs des États de la république américaine.
L'Initiative privée. — On ne saurait parler de conciliation ou d'arbitrage sans s'occuper d'abord des unions de métiers (jui sont In base de sendjlables institutions. Ces
unions existent en Amérique depuis |>lns d'nn demisiècle, mais c'est seulement vers 1871 qu'elles ont commencé à prendre un certain développement. M. Finance, dans son rapport si remarquable sur l'exposition de Chicago, évalue à 12.000 environ le nombre des syndicats américains. Mais à côté de ces unions nous allons voir se développer des organismes plus étendus et qui présentent un caractère tout différent de celui des Trades Unions anglaises. En Angleterre les associations n'existent qu'entre hommes appartenant au môme métier. Tantôt elles sont purement locales, tantôt elles s'étendent à un ou plusieurs districts ou même au pays tout entier mais ellesconservent toujours le caractère professionnel. En Amérique on a cherché davantage à fondre lesintérêts individuelsdans l'intérêt général et à réunir tous les ouvriers indistinctement à quelque profession qu'ils puissent appartenir. C'est surcette idée qu'ont été fondées les deux grandes associations que nous allons étudier, les chevaliers du travail et la Fédération américaine du travail.
Les chevaliers du travail. — L'ordre des chevaliers du travail fut fondé en 1869 à Philadelphie par S. Stephens et 6 autres personnes. Il admettait des membres appartenant à toutes les professions honorables. Pendant les dix premières années de son existence la société fut secrète. C'est seulement en 1879, lorsque Powderly succéda comme président nu fondateur de la société, qu'elle abandonna
soncaractère primitif. L r^i;lis(',en effet lui faisait laguerrc à raison du secret exigé et de l'emploi de la Biljle pour prêter serment. La société se débarrassa ainsi des entraves confessionnelles qui gênaient sa marche en avant. Elle ne tarda pas à prendre une importance considérable et en 1886 elle comptait 730.000 membres (1). Mais elle atteignait à ce moment son apogée et sa puissance ne devait pas tarder à décroître.
Aux termes de ses statuts la société se proposait:
1^ « De faire de la valeur morale industrielle et non de la richesse, la vraie mesure de la grandeur nationale et individuelle ;
2o D'obtenir pour les travailleurs la pleine jouissance de la richesse qu'ils créent, des loisirs suffisants pour développer leurs facultés intellectuelles, morales et sociales, tous les heureux effets, récréation et plaisirs de l'association ; en un mot de leur faire partager les gains et les honneurs de la civilisation progressive.
Elle se proposait de remplacer progressivement le système du salariat par un système corporatif et en attendant demandait la réduction à huit heures de la journée de travail. En ce qui concerne l'arbitrage elle réclamait : « L'établissement de lois pour établir l'arbitrage entre les employeurs et les employés et pour faire exécuter la décision des arbitres. » (Art. 10). Enfin elle voulait que le gouvernement « persuadât aux employeurs d'accepter