D'après la publication de l'Office du travail, p. 3G
A la (in do raiiiK'c 188S. le oon<:;r(!S votait, conformonierit au vœu expi-iiiK', uik; loi {'(''dôi-ale aiiloi'i.saiil la création de conseils d'arbitrage pour régler les différends entre les compagnies et leurs employés, (^ettc loi, assez défectueuse, se borne, d'unepai't, à autoriser des conseils d'arbitrage facultatifs, de l'autre, à décider que des enquêtes pourraient être faites par un conseil ofticiel spécialement créé pour la circonstance. On ne voit pas cpiel effet utile une semblableloi pourraitproduire. Nous avons signalé déjà (pie dans le Maryland le conseil des travaux publics pouvait intervenir dans les conflits lorsqu'ils s'élèvent entre une compagnie privilégiée par l'Etat etsesemployés. Ainsi, en Amérique, comme dans beaucoup d'autres pays, une législation spéciale sur l'arbitrage est réclamée ou appliquée déjà dans les services publics.
o. Caractère de certaines revendications ouvrières. — Nous voulons aussi noter, en terminant cette étude, le caractère de certaines revendications ouvrières en Amérique. Nous allons retrouver, mais avec un caractère de gravité extrême, les mômes errements qu'en Angleterre. Il faut signaler d'abord la guerre acharnée que les associations font aux ouvriers libres.
C'est ainsi que sur 425 grèves qui ont eu lieu en 1894 dans l'Etat de New-York. 148 se sont produites à raison de l'emploi par les patrons d'ouvriers non syndiqués ou appartenant à des syndicats dissidents. Voici, d'après M. Finance, comment les ouvriers américains justifient
l'exclusion des ouvriers non unionistes qu'ils appellent a scab » ou galeux : « L'ouvrier, disent-ils, n'est pas seulement une machine à produire, c'est aussi uu être moral ; pourquoi vouloir lui iuiposer le supplice de travail 1er côte à côte avec des individus qu'il méprise et qui, sous prétexte d'indépendance, ne démontrent que leur égoïsme et leur insociabilité. La liberté du travail, tout autant invoquée aux Etats-Unis qu"en France, n'est pas violée à l'égard desscabs, puisqu'ils ont la ressource de travailler chez les patrons qui ne sont pas syndiqués ou qui ne font pas de conventions avec les Unions ; et de ces patrons, il y en a dans tous les métiers. Seulement, le scab ou non syndiqué paie cette liberté qu'il invoque parce que généralement ces patrons le font travailler plus longtemps et pour un moindre salaire que dans les ate^ liers unionistes. La liberté absolue ne saurait se payer trop cher. »
Ces excès ne sont pas les seuls qui soient commis. Nous ne saurions donner une idée plus complète de ce que sont quelquefois les exigences des ouvriers aux Etats-Unis qu'en citant un contrat imposé par les chevaliers du travail à la maison Buckley et C'^ de Pont-Jervis, Elat de New-York. Cette maison avait proposé des prix qui n'avaient pas été admis par ses ouvriers affdiés à l'ordre des chevaliers du travail. Des délégations des chevaliers demandèrent à plusieurs reprises des entrevues aux pa-
1. Rapport sur les syndicats ouvriers aux Etats-Unis, par M. Isidore Finance, p. 768.
irons qui ne voiiliiroiit pas entrer on poiirpnilers avec elles. Le conseil executif de l'ordre décréta alors le boycottage des produits de cette maison cpii éprouva de ce chef un préjudice énorme. Elle dut alors consentir à traiter et voici les clauses de la convention intervenue :
1" La maison n'emploiera quedes chevaliers du travail ;
!2° Elle traitera en toute occasion avec les comités ouvriers ;
3° Tous les ouvriers occupés avant la grève seront repris de préférence aux autres ;
4° La maison paiera les pi'ix du tarif de l'Union ;
0° On y appliquera les règles établies par l'Union pour l'apprentissage. En cas de contestation pouvant dégénérer en grève, les ouvriers s'engagent à empêcher, autant que possible, les apprentis de cesser le travail ;
6*^ Le tarif sera affiché dans la fabrique, bien en vue ;
7° Ce tarif ne sera pas changé sans un avertissement préalablede trente jours donné par l'une ou l'autre partie ;
8° Les ouvriers reconnaissent aux patrons le droit de renvoyer tout employé coupable d'escroquerie, de négligence ou de toute autre faute ;
9° La maison consent à fournir au comité ouvrier les motifs du renvoi ;
10" Tous les différends seront jugés par un conseil d'arbitrage de trois membres : un patron, un ouvrier et le troisième nommé par les deux autres ;
Ll*^ Cette convention est faite pour une année ;
l^** Trente jours avant l'expiration de la convention,
une commission mixte sera cliargée d'en opérer le renouvellement, avec les modifications qu'elle jugera nécessaires ;
13" La maison pourra, si elle le désire, apposer sur tous ses produits le sceau de l'Union (1).
Ainsi, le patron ne peut embaucher librement ses ouvriers, il n"a pour ainsi direplus le droit de les renvoyer, le nombre des apprentis est limité, etc. Tout ce qu'on peut dire de semblables clauses c'est qu'elles sont impatiemment supportées par ceux à qui on les impose et que ces abus de force entraînent fatalement des représailles de la part des patrons. Quant à leur légitimité, nous l'examinerons par la suite. Une disposition de ce contrat draconien est à retenir, c'est celle qui autorise la maison qui emploie des syndiqués à apposer sur tousses produits le sceau de lUnion. Cette mesure est excellente en ce qu'elle peut amener les patrons, par l'appât de l'intérêt personnel, à admettre plus facilement les syndicats. 11 serait fort à désirer qu'elle se répandît en France.
Doit-on s'inquiéter outre mesure du caractère excessif de certaines revendications ouvrières en Amérique, nous ne le croyons pas. Les associations sont des organismes vivants : elles ont leur période de jeunesse et d'exubérance. Mais à mesure qu'elles prolongent leur existence et qu'elles deviennent |)lus fortes, elles s'assagissent. Elles hésitent davantage à risquer les capitaux recueillis