RÉFORMES URGENTES
Voici, d'après la West African Maily quelques détails intéressants sur le voyage du célèbre major Ronald Ross, de l'Ecole de médecine tropicale de Liverpool que nos lecteurs sui\Tont avec intérêt :
Il doit se rendre d'abord à l'Exposition de Saint-Louis, où il lira des rapports sur la question dont il peut parler avec tant d'autorité. Puis, il visitera le canal de Panama, où il sera reçu par la commission du canal.
Nous savons que des mesures sanitaires, conçues sur une grande échelle et basées principalement, sinon entèrement, sur les propres méthodes du major, ont été entreprises à cet endroit par un nombreux élat-major médical envoyé par la commission pour préparer le terrain à l'armée des travailleurs à venir.
Tout le monde sait que les échecs passés de Panama — échecs faits pour intimider les nations — ont été surtout imputables au chiffre terrible des décès parmi les ouvriers. Ce que la science peut offrir de niieux est maintenant utilisé dans l'effort produit pour préserver ces ouvriers, en éloignant d'eux les causes de la maladie qui les abattait. Nous ne pouvons que souhaiter ardemment voir les résultats approcher de ceux vraiment magnifiques qui ont couronné l'œuvre semblable du major, pour la Compagnie de Suez, à Ismaïlia en 1902-1903, œuvre dont jamais on ne pourra trop parler ; les chiffres des cas de malaria: 1.990 en 1901, 1,551 en 1902, et seulement 209 en 1903 — ont leur éloquence.
Avec le major Ross en Amérique et six savants experts engagés dans l'expédition du Congo — deux ont quitté Borna et Léopoldville après neuf mois de travail, pour lé haut fleuve et la brousse ; quatre continuent leurs recherches en Angleterre à Taide des éléments qu'ils ont recueillis —, Fécole peut considérer qu'elle accomplit une grande tâche.
De son côté, le D»" L. Vincent, médecin inspecteur des troupes coloniales et correspondant de l'Académie de Médecine et du Muséum, nous fournit les plus intéressants renseignements sur la prophylaxie de la fièvre jaune ou vomito negro aux Antilles.
J'ai déjà consacré de longs chapitres ici même sur cette question ; je n'y reviendrai donc pas en détail. Cependant il est vraiment intéressant de rappeler ces chiffres. Le 27 mars 1901, on commença à Cuba à appliquer les mesures prophylactiques imposées par les Américains ; à la suite de ces mesures, il y eut un décès par fièvre jaune en juillet, deux en août et deux en septembre, soit cinq en tout et depuis le mois d octobre i90i à aujourd'hui — octobre i904 — il n'y eut plus un seul décès.
Voilà qui est concluant, surtout si l'on pense qu'il y avait comme décès causés par la fièvre jaune : 308, en 1890, 356 en m, 357 en 92, 496 en 93, 382 en 94, 353 en 95, 1,282 en 96, 858 en 97, 136 en 98, 103 en 99, 310 en 1900 et seulement 18 en 1901, dont cinq seulement à partir du 27 mars, comme nous venons de le voir.
Maintenant la démonstration est complète et l'on sait qu'avec les mesures prophylactiques énergiques et intelligentes desAméricains — mise en vase clos des liquides, destruction des moustiques par le formol, etc.,— on est absolument maître, à l'heure actuelle, d'empêcher le retour de la fièvre jaune.
Non seulement au point de vue prémonitoire, mais au point de vue de la mise en valeur de nos colonies,..c'est certainement là un résultat de tout premier ordre.
On annonce de toutes parts que le docteur Laveran, de
rinstitut, a découvert, après de longues expériences faites sur des animaux à l'Institut Pasteur, la méthode curative de la maladie du sommeil. Il a déjà réussi à guérir des animaux. La découverte fera l'objet d'une communication à l'Académie de médecine.
Si la nouvelle est vraie, comme nous avons tout lieu de le croire, ce sera aussi un événement considérable pour la conservation de cette pauvre race noire qui a été si cruellement frappée par la terrible maladie du sommeil dans ces dernières années.
Et pour finir, je veux insister sur ce point \Taiment fantastique ; tout le monde sait que, dans tous les pays du monde, on ne peut bien, se porter qu'avec une hygiène sérieuse ; or, à notre école militaire de Saint-Cyr, non seulement les élèves ne prennent pas de bains, mais il n'y a dans les dortoirs que quelques rares robinets qui laissent tomber quelques gouttes d'eau, avec lesquelles gouttes il est matériellement impossible de se laver ni la figure, ni les mains, encore plus impossible de faire sa toilette intime ! ! !
La vérité, c'est qu'il est impossible, pendant deux ans de séjour à Saint-Cyr, de se laver.
C'est simplement scandaleux et monstrueux et comment voulez-vous que ces pauvres jeunes gens, que l'on enverra ensuite dans les régiments, aux colonies, ne soient pas voués d'avance à la tuberculose, à toutes les maladies, à la mort? (1)
Il serait vraiment temps que les Français apprennent à se laver un peu plus que du temps de Madame de Sévigné et que les grandes écoles du Gouvernement commencent par en donner l'exemple, car, en vérité, il faut bien le dire, il y a là une question de vie ou de mort pour notre race, et toutes les admirables découvertes de nos médecins et de nos savants par
(1) Lire ma brochure sur les causes de la dépopulation m France et la mortalité dans l'armée.
rapport à la prophylaxie des maladies intertropicales ne serviront à rien et resteront lettre morte, si nous nous entêtons ainsi à demeurer dans notre saleté ancestrale !
Tenez pour certain que celui qui apprendra à nos concitoyens à se servir tous les matins d'un bidet, au point de vue de la santé et de Thygiène publiques, aura bien mérité de la Patrie reconnaissante !