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LA FIEVRE JAUNE AU BRESIL

L'ignorance du peuple, de tous les peuples, partout, en fait d'hygiène, est absolument effrayante et ils aiment mieux se laisser lentement mourir, tués en masse par les épidémies, que de prendre les précautions les plus élémentaires qui leur sont indiquées par les médecins, se basant sur les découvertes de la science et l'expérience la plus indiscutable.

C'est ainsi qu'à Cuba, les gens du pays, avec leur criminelle apathie, laissent revenir la fièvre jaune que les Américains avaient victorieusement chassée, comme je l'ai expliqué ici même. Non, ils aiment mieux se laisser mourir que de prendre les mesures les plus simples. C'est absolument fou et au Brésil ça ne marche pas mieux puisque l'émeute, l'émeute sanglante, a éclaté dans les rues de Rio-de-Janiero pour protester contre la vaccination obligatoire.

Cette ignorance et cet entêtement des masses tiennent vraiment de l'état d'animalité ancestrale et dépassent tout ce que l'imagination peut concevoir. Et notez bien que les gens qui s'insurgent ainsi contre la science et les médecins sont les premiers à porter leur argent à des sorciers aussi ignorants qu'eux et à se livrer à toutes les maquaqueries des féticheurs ! En vérité, ça fait pitié.

A ce propos, le D»* Adrien Loir, professeur d'hygiène à l'Ecole supérieure d'agriculture coloniale, vient de publier la note suivante que je me fais un devoir de placer sous les yeux de mes lecteurs :

Le président de la République du Brésil a chargé, il y a dix-huit mois, des ionctions de directeur général de la santé publique, un jeune homme de trente-deux ans, le docteur Oswaldo Cruz, qui revenait de passer trois années à Paris, à Fins-

titut Pasteur, en lui donnant un budget d'un million pour organiser la lutte contre la fièvre jaune. Immédiatement il se mit à l'œuvre. Le 20 avril 1903, il mit en marche une armée de . désinfecteurs, au nombre de 4,200 personnes, qu'il avait éduqués lui-même à faire la chasse aux moustiques, c'est-à-dire à pénétrer dans les maisons, supprimer les vases, les bouteilles, les vieux pots dans' lesquels de l'eau de pluie peut séjourner et empêcher ainsi les moustiques de faire leurs œufs à la surface de cette eau dormante, ou encore à mettre du pétrole à la surface de l'eau contaminée dans les réservoirs de façon à empêcher les larves de moustiques de venir respirer à la surface de l'eau et par conséquent détruire les larves de ces animaux aquatiques dans cette période de leur existence.

Une mission française avait été instituée en 1901, sur la proposition du ministre des colonies, pour étudier la fièvre jaune et vérifier les résultats des expériences de la mission américaine à La Havane, car si elles étaient confirmées, la défense contre la fièvre jaune devait être oiientée autrement 'j qu'on ne l'avait fait jusqu'à présent. >

Le docteur Roux, directeur de l'institut Pasteur, fut char- 1

gé d'organiser la mission et d'en désigner les membres. Les :;

docteurs Marchoux, Simon et Salembeni furent proposés et "j

partirent de suite pour Rio-de-Janeiro qui était considéré comme ,;^

un foyer de fièvre jaune. ^

Rs confirmèrent les travaux de la mission américaine à La j

Havane, montrèrent que les moustiques du genre Stegomia ^

sont les véhicules de la fièvre jaune, que, sans eux, cette mala- *i

die n'existe pas et qu'eux seuls en transportent le germe du '

malade au bien portant. Rs démontrèrent que la fièvre jaune j

ne peut être transmise sans ces intermédiaires et qu'elle est .'

toujours inoculée par les moustiques. '■

Ces travaux venaient d'être publiés au moment où le nouveau directeur général de la santé au Rrésil prit possession de son poste.

Depuis dix ans, la moyenne de la moiialité par la fièvre

jaune avait été à Rio-de-Janeiro de 129 morts en janvier, 272 morts en février.

Voici la mortalité en 1903 :

Janvier 133 morts

Février 142 —

Mars 151 —

Avril 19 —

Mai 14 —

Juin.... 10 —

Total 469 morts dans

les six premiers mois de 1903.

Mortalité en 1904 :

Janvier 33 morts

Février 7 —

Mars 7 —

Avril 8 —

Mai 10 —

Juin 4 —

Total 69 morts dans

les six premiers mois de 1904.

Devant ces résultats remarquables, le budget du département de rhygiène a été porté, il y a six mois, à 7,500,000 francs par année, pendant trois ans, pour permettre de compléter Torganisation actuelle et d'engager la lutte contre la peste et la variole.

Je voudrais voir cette note imprimée à des milliers d'exemplaires et distribuée à tous les habitants de rAmérique du Sud et des Antilles qui savent lire ; cela finirait peut-être par les éclairer et par leur faire comprendre l'intérêt capital qu'il y a à observer méticuleusement les règles de l'hygiène qui leur sont enseignées par les médecins en pays intertropicaux. Et

naturellement ce que je dis là, je le -dis aussi pour le Sénégal, pour toutes nos colonies de la Côte Occidentale d'Afrique où toutes ces mesures de sage et indispensable prophylaxie sont tout aussi nécessaires.

Quand arriverons-nous enfin, par nos campagnes de vulgarisation, à triompher de Tignorance parfois systématique des foules ?

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