LA VIE N'EXISTE PAS
COMMK QUOI, SEULES LES TRANSFORMATIONS CHIMIQUES SONT RÉELLES. — NOUVELLES PREUVES
Voilà plus d'un tiers de siècle que j'écris un peu partout, au jour le jour, que la vie n'existe pas, que seules les combinaisons chimiques des corps existent et, voilà qu'enfin mes efforts sont récompensés, tout le monde savant veut bien reconnaître la véracité de cette théorie, chaque jour démontrée, d'ailleurs, par des faits nouveaux.
A ce propos, mon confrère Souvarine vient de consacrer quatre articles à l'origine de la vie et je tiens à mettre ici, sous les yeux de mes lecteurs, quelques lignes bien topiques de sa conclusion :
« A quoi attribuer ces réactions chimiques. La science a découvert que ce sont les fertnenls qui les produisent. Que sont les ferments? Deux opinions ont longtemps divisé le monde scientifique : les uns, avec Pasteur, soutenaient que la fermentation était un acte vital ; les autres, Traube, Frémy, Berthelot, prétendaient que la fermentation alcoolique, l'intervention du sucre n'étiiient que des actes chimiques. De nombreuses expériences venaient appuyer chacune de ces opinions, mais aucune n'était décisive. C'est un chimiste allemand, Edouard Buchner, qui trancha la question : il broya un grand nombre de cellules de levure de bière, les soumit à une grande pression, parvint ainsi à les écmser et à mettre leur contenu en liberté. Celui-ci, mis en contact avec du sucre, produisit rapidement la fermentiition. Pasteur avait tort, Berthelot avait raison.
<r Nous avons dit au début de cette étude : la vie est un ensemble d'échanges. Précisons cette définition : puisque la
vie est l'ensemble des fonctions de la cellule et que cbacune.de ces fonctions est dévolue à un ferment, la vie n'est qu'une vaste fennentation. Car ce qui se passe dans le foie se passe dans tous les autres organes sous l'action d autres ferments, c'est ainsi que le ferment hémoglobine est cause que l'oxygène se combine avec le sang dans nos poumons et que la respiration n'est que le résultat de l'action du ferment hémoglobine, etc.
Disons avec M. Maquenne, professeur au Muséum de Paris — Revue des Sciences — : « Il nous est démontré que ce sont les lerments qui règlent les équilibres caractéristiques de la vie, et l'origine causale de la vie cellulaire se trouve du même coup reculée vers une limite dont nous connaissons maintenant la véritable nature. » Et plus loin : « Les ferments ne sont plus que de simples réactifs, leur étude retombe dans le domaine de la chimie qui ne saurait tarder à les soumettre à ses méthodes d'investigation ni à découvrir le secret de leur activité qui est l'un des secrets de la vie. »
Voilà qui est parfaitement dit et je n'aurais rien a ajouter si je ne croyais pas indispensable de compléter cet exposé en parlant de l'électricité qu'il a laissée dans l'ombre : en effet, à l'heure actuelle, deux points semblent bien définitivement acquis à la science :
40 C'est qu'à la base, en bas de l'échelle dea êtres, la vie, telle que nous la concevons, n'existe pas et n'est simplement que le résultat d'une suite de réactions, de combinaisons chimiques :
2o C'est que d'une manière générale l'ensemble de l'univers est mû par une force, par une cause initiale qui s'appelle l'électricité ou fluide impondérable et qui se manifeste à nous sous cette forme, puis sous celle de chaleur chaude et de Zumière visible au contact de notre atmosphère, car dans l'infini de l'espace, il est démontré que le fluide électrique circule sous ses trois formes de lumière noire ou invisible^ de chaleur froide et de fluide impondérable. Les rayons Rœntgen pour la
lumière obscure ou invisible et les ballons sondes qui constatent déjà 70 ou 80 degrés au-dessous de zéro, à moins de 45.000 mètres en sont la démonstration irréfutable.
Dans ces conditions-là, on est en droit de conclure que désormais l'étude de la chimie et de 1 électricité — deux choses identiques, car toute combinaison chimique peut produire de la chaleur, c'est-à-dire une des trois formes de l'électricité — doit être la base même de toutes les sciences physiques et naturelles.
Et l'on est en droit de conclure aussi que l'étude de la chimie et de l'électricité est appelée à jouer un rôle bienfaisant en médecine.
C'est la voie que, le premiei, je crois bien, j'ai indiquée et suivie résolument lors de ma mission en Amérique, dès 4893, pour la recherche des maladies contagieuses données par les moustiques; depuis, j'ai eu la joie de voir que j'étais enfui écouté et suivi partout, et c'est pourquoi je suis heureux de saluer la chimie d'aujourd'hui non seulement comme origine de vie au point de vue purement scientifique, mais encore comme adjuvant précieux de la médecine de demain.
J'ai eu l'occassion d exposer souvent ici comment j'avais été, lors de mes missions aux Antilles, en 4893-1894, à signaler le premier, vraisemblablement, le rôle des moustiques comme agents transmetteurs de la malaria, de la fièvre jaune et de la plupart des maladies intertropicales.
Vers la même époque, le docteur brésilien, Domingo Freire, à Rio-de-Janiero, arrivait exactement à la même conclusion, après de nombreuses expériences et bientôt nos idées étaient reprises et popularisées en France par le docteur Laveran, et en Angleterre, par le major Ronald Ross, avec toute l'autorité de leur grand talent.
La cause paraissait bien entendue, lorsque tout à coup voilà le monde savant stupéfait à la lecture d'un télégramme de Colombo, qui annonce que sir IL A. Blake, gouverneur de Ceylan, vient de signaler dans une réunion de la Société Asiatique (jue des livres de médecine Cingalais, remontant au VI*-* siècle,
c'est-à-dire à treize ou quatorze cents ans, décrivent 67 variétés de moxisliques et 424 espèces de fièvres malariqties provoquées par les moustiques.
Décidément, il n'y a rien de nouveau sous le soleil des
tropiques et voilà qui est bien fait pour inspirer un peu de modestie aux plus grands savants !