‹ La concurrence étrangèreChapitre 12 sur 119 · LES COMORES EN · texte numérisé non relu

LES COMORES EN

Voici ce que j'écrivais dans mon volume de La Concurrence E'fran^èrc publié en 1887 sur les Comores et si je le reproduis ici, c'est que la comparaison à vingt ans de date me paraît toujomrs une excellente chose, au point de vue même de la philosophie de la politique coloniale :

Au milieu des inquiétudes patriotiques que nous cause l'inertie gouvernementale à propos de l'occupation des Nouvelles- Hébrides que nous voulons sans doute donner aux Américains comme les Samoa, au moment où nous nous demandons, avec angoisse si le sort même de la Nouvelle-Calédonie, la plus riche colonie minière du monde, n est pas menacé, il nous arrive enfin une nouvelle officielle à propos des Comores, que nous sommes heureux detre des premiers à enregistrer; oui, doublement heureux, car suivant la ligne de politique coloniale que nous avons toujours défendue ici, cette occupation ne coûtera pas une goutte de sang à notre armée et elle pourra dans l'avenir rapportar beaucoup à notre commerce.

Le Gouvernement anglais vient de recevoir du Gouvernement français la notification officielle du protectorat établi sur le groupe des Comores qui nous appartenaient d'ailleurs en

droit, sinon en fait depuis fort longtemps, puisque le traité de Labourdonnais en fait mention, mais comme le dit fort judicieusement le baron de Cambourg, l'apôtre de cette colonisation, «il est temps de rendre effective cette possession nominale, sous peine d'avoir, avec quelque puissance européenne, une aventure du genre de celle que l'Espagne vient d'avoir avec TAUemagne au sujet des Carolines. Déjà le commissaire civil .qui fait fonctions de gouverneur des Seychelles, s'est arrogé le droit d'accorder à des tiers des locations dans ces îles. Si le Gouvernement français ne revendique pas, à bref délai, nos droits sur ces îles, elles seront perdues pour la France, et l'Angleterre s'y créera un poste d'observation à proximité de Madagascar. t>

Sages et patriotiques paroles qui ont enfin trouvé de l'écho au sein du Gouvernement. Cet acharnement des Anglais et des Allemands à s'emparer de toutes les terres possibles devrait cependant bien nous éclairer et tout au moins nous faire garder ce qui est notre bien à nous.

Je ne parlerai pas de Nossy-Bé avec ses îlots, tels que Nossy-Mifciju, Nossy-Lava, Nossy-Faly, Nossy Comba, etc., ni de Mayotte avec ses îlots de Pomauzi, de Rouzy et de Zambourou, ni de Sainte-Marie de Madagascar, parce que ces trois îles étaient occupées, comme l'on sait, effectivement par nous; Hellville à Nossy-Bé, Dzaoudzi à Mayotte sont dçs centres commerciaux assez importants pour la métropole puisqu'à Nossy-Bé, seulement en 1883, le total des importations et des exportations a été de 7.805.986 fr., dont un peu plus de la moitié sous pavillon français.

A Mayotte, les importations ont été en 4883 de 1,400,000 fr. et les exportations de 2,000,000 de fr. Ces résultats ne sont pas â dédaigner et l'on peut dire que Ton en obtiendra rapidement de semblables aux Comores proprement dites dont nous voulons seulement dire un mot aujourd'hui.

Le groupe des îles Comores maintenant sous le protectorat de la France, se trouve à l'entrée du détroit de Mozambique, entre

le nord-ouest de Madagascar et la côte orientale d'Afrique, les quati'e îles principales sont Mayotte ou Mahori, déjà occupée, la grande Comore ou Ngasiya, Njouan, deux fois plus grande que Mayotte, les^Glorieuses, Aldabra, TAssomption, Cosmolédo, Saint-Pierre, Providence, Farquhar, Anjouan ou Johanna, et Mohéli, la plus petite de toutes, etc.

C est grâce au sultan Saïd-Ali, qui règne sur la grande île, qui aime les Français et déteste les Anglais dont il a eu amèrement à se plaindre, grâce à M. Humblot, un négociant patriote, que notre drapeau flotte aujourd'hui paisiblement sur le groupe entier. (1)

Je ne veux pas raconter par le menu toutes les intrigues de l'Angleterre depuis des années, mais alors- qu'il n'y avait dans les îles que des Arabes et des Sakalaves, chassés par les Hovas et dévoués à la France, alors qu'il n'y avait que des négociants et des intérêts français, nos voisins ont été jusqu'à entretenir un consul pour tacher de soulever les petits sultans indépendants contre nous.

Voilà bien la politique anglaise et nous ne bougeons pas pendant que les autres agissent; fort heureusement que des commerçants français ont lutté courageusement et ont jeté le cri d'alarme à temps, fort heureusement aussi que Ton a bien voulu tenir compte de leurs justes avertissements.

La population totale de l'archipel est d'environ 65,000 habitants, absolument douce et tranquille ; elle est composée de noirs d'Afrique, pujis d'Arabes venus au xvii« siècle de la mer Rouge, puis de Sakalaves et Malgaches et naturellement des métis de ces trois races ; il y aurait là bien des observations curieuses à faire au point de vue des langues et des origines, mais cela me ferait sortir de mon cadre restreint.

Le protectorat sur les Comores s'étend naturellement sur les îles Aldabrah et îles Glorieuses, ce que j'appelle nos colonies

(1) Malheureusement, comme je l'ai dit,.nous en avons abandonné quelquesunes à l'Angleterre, comme Farquhar et Cosmolédo, et sans motif.

ignorées, comme Cheick-Saïd par exemple, ce qui ne veut pas dire qu'elles soient sans importance ; aussi, rapidement, en terminant, je veux m'y arrêter une minute.

Le groupe des îles Aldabrah se trouve au nord de Madagascar, entre les Seychelles et le Cap d'Ambre, Aldabrah, la plus importante est aussi étendue que Mahé (Seychelles) elle est presque circulaire, elle est couverte de forêts superbfes qui couvrent des collines ne dépassant pas 60 mètres d'altitude ; on y trouve beaucoup de chèvres sauvages et la grande tortue de terre qui porte son nom.

Les autres îles principales sont Cosmolédo ou Cosmo4édo, on y trouve une eau excellente, le cabri et la poule sauvage.

Assomption et Astove olTrent infiniment moins de ressources.

Enfin entre les îles Aldabrah et Nossi-Bé, on rencontre le groupe des îles Glorieuses, concédé à un Français, M. Calteau^ il y a quelques années, par le commandant de Nossi-Bé.

A l'heure, présente notre protectorat est officiellement reconnu sur les satellites de Madagascar; au point de vue militaire comme au point de vue commercial, c'est d'une impoilance capitale pour la métropole. Il faut penser à l'organisation de la grande terre de Madagascar à Vohémar, à Diégo- Suarez ; a la Réunion si riche et qui a besoin de débouchés nouveaux, aux points stratégiques de la mer Rouge dont j'aurai peut-être un jour l'occasion de parler ici même, à nos possessions d'Extrême-Orient, à la libre circulation de l'océan Indien.

Je ne cesse de le dire, je supplie les négociants qui me font l'honneur de me lire, de prendre une carte, de suivre la politique envieuse de l'Angleterre et de l'Allemagne sur le terrain colonial et alors ils comprendront que j'ai raison de voir là une question de vie ou de mort pour le commerce delà métropole.

Je ne veux pas terminer ces courtes notes sans rendre hommage au courage, au patriotisme d'hommes tels que le baron de Cambourg, M. Calteau,"iVf ;î;ambert, duc d'Emyrne, qui

créa une grande sucrerie à Mohéli, avec le fils de l'amiral Fleuriot de Langle, M. Humblot, etc., qui tout en faisant du commerce français daqs ces îles, savaient les soustraire à la rapacité anglaise, savaient dicter son devoir à notre gouverneur et savaient tenir haut et ferme le drapeau de la mère-patrie. Que Ton ne s'y trompe pas, tout est là aujourd'hui, les pionniers du commerce sont les pionniers de la France, leur mission est glorieuse entre toutes et nous sommes fiers de les saluer ici même en leur criant : courage, il y a encore ici des cœurs qui battent en approuvant ce que vous faites chaque jour, ce que la métropole vous doit.

La petite-fille de Radama, premier roi de Madagascar, régnait à Mohéli au moment où le duc d'Emyrne y est mort; elle est morte elle-même depuis et a laissé un fils, né d'une union avec un Français. Les hommes qui s'occupent de colonisation, se souviennent parfaitement de l'avoir vue à Paris en 1869.

Elle avait l'esprit fort ouvert, savait parfaitement ce que valait un Anglais et ne savait comment témoigner son sincère attachement pour la France, sa patrie d'adoption.

Aujourd'hui tous ces braves gens viennent à nous avec confiance, montrons-nous dignes de cette amitié, portons-leur les bienfaits de la civilisation moderne, faisons avec eux surtout des affaires honnêtement^ loyalement. Ils seront dévoués corps et âme aux trois couleurs et la mêre-patrie n'aura pas à se plaindre d'avoir quelques milliers d'enfants de plus. Toute la politique coloniale est là, voyez- vous; de la décision contre les criaiUeries de l'Angleterre ou de l'Allemagne, mais après du commerce honnête et franc, c'est à la démocratie fi^ançaise à donner ce grand exemple, ce sera plus que sage, ce sera pratique, car les peuples primitifs ne sont pas ingrats et leur intérêt, comme disait l'un de ces petits sultans, leur fait préférer vivre sous la loi française, qu'être mangés à la sauce anglaise !

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