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LES CONCESSIONS FRANÇAISES EN CHINE

Lorsque nous avons fait le tour de l'Océan Indien, j ai parlé de nos établissements . dans l'Inde. Aujourd'hui nous voici arrivés à nos colonies d'Extrême-Orient, à notre Indo- Chine Française comprenant la Cochinchine, le Cambodge, le Tonkin, TAnnam et le Laos, mais dont je ne dirai rien, fidèle à ma méthode de ne m'occuper absolument ici que de nos petites colonies. C'est pourquoi je vais me contenter de vous promener modestement dans nos concessions de Chine.

Les chinois sont intelligents, sobres, ingénieux, travailleurs et très commerçants et si, comme ils disaient souvent à mon vieux et exc'illoiit cimirab Ernest Millot, le second de Jean Dupuis, nous avions été assez sages et honnêtes pour leur envoyer des balles de coton au lieu de balles de j)lonib, nous n aurions jamais eu l'ombre d'une dilliculté avec ce grand peuple, si intéressant par tant de côtés.

Cependant, à diverses ru»pi i >es, des traités ont accordé à la France des avantages séi ioux, soit au point de vue de notre influence politique, ce qui est peu de chose, soit au point de vue de notre influence économique, ce qui serait infiniment plus intéressant, surtout si nous sa\i )ns en tirer tous les avantages pratiques qu'ils comportent.

Et enfin la Chine nous a cédé d3s possessions territoriales dont nous allons dire un mot aujourd'hui.

D'abord dans les ports ouverts au commerce européen, les traités signés avec la Chine ont prévu la concession au profit de chaque nation européenne d'un terrain sur lequel pourront s'élever tous les établissements commerciaux de ses nationaux.

Et c'est en vertu de ces traités que la France possède à

Havg-tchéov, Changhaï, Canton^ Fou-lchéou et Tien-tsin des concessions jouissant de certains droits d'exterritorialité et sur lesquels nos 25 établissements et près de 500 de nos nationaux sont groupés autour des consuls.

Enfin, par la convention du 10 avril 1898 la Chine a concédé à la France : 1^ l'exploitation du chemin de fer du Tonkin, à Yun-nan-sen ; 2» l'inaliénabilité des provinces chinoises limitrophes du Tonkin, tels que le Yun-nan, le Kouangsi, le Kouang-tong et fîle d'Haï-nan ; 3° et enfin la direction et l'organisation des Postes chinoises et, en même temps, certains postes officiels étaient attribués à des français, tels que la direction de TEcole de Médecine de Tien-tsin et de l'arsenal de Foutchéou.

C'est par cette même coxivention du 10 avril 1898 que la Chine a fini par consentir à la cession à bail à la France de la baie de Kouavg-lchéouvan, dont nous allons nous occuper ; mais auparavant je veux faire remarquer combien sont importantes au point de vue commercial les concessions dont je viens de citer les noms et combien cependant nous semblons nous en désintéresser, en vertu de je ne sais quelle coupable indifférence.

Ainsi mon ami Ernest Millot a été, si je ne m'abuse pas, 14 ou 17 ans maire de la concession française de Changhaï et comme son esprit de justice et d'équité lui avait valu une énorme popularité parmi les chinois et les ouvriers du port, ça mai'chaittrès bien. Mais pourrait-on en dire autant de toutes nos concessions, pourrait-on affirmer, par exemple, qu'une partie de celle de Canton n'est pas abandoniïée bénévolement, sans que l'on sache pourquoi, sans excuse ? Et ce qu il y a d'effrayant dans cette conduite, dont l'ignorance et l'insouciance deviennent vraiment criminelles, c'est qu'au fur et à mesure que nous perdonï5 pied, par notre unique faufe, les anglais et les allemands sont là qui nous guettent pour nous remplacer sur le terrain économique et commercial et sur tous les terrains, si possible.

Ah ! si au lieu de perdre notre temps à des choses inutiles j nous nous efforcions de rendre florissantes nos concessions, nous ne tarderions pas à avoir une situation autrement prépondérante sur ce vaste empire du Milieu, où Ton ne demande pas mieux que de nous aimer, à condition que nous venions y faire simplement du commerce et pas du tout de prosélytisme confessionneL

Ceci dit sans passion, mais très nettement, revenons à la baie de Kou(tng'lchéo%i''Van qui est située à peu près à égale distance entre Hong-kong, la si fameuse et si riche colonie anglaise et notre port d'Haïphong, et qui commande la passe d'Haï-nan.

Cette baie est limitée par les préfectures : de Laï-tchéou qui forme une presqu'île, de Lien-tchéou et de Ka-tchéou. Elle possède un port sûr et facile de plus de 27 kilomètres de long et dans lequel on peut pénétrer par deux bonnes passes qui laissent entrer les plus grands vaisseaux.

Au fond dé la baie se trouve le port de Chekhom qui constitue pour nous un très important marché de tissus, de cotons filés, de schirting, d'arachides, de voiles de jonques dont on fait une grande consommation dans le pays et, hélas, encore d'opium, le poison national de ces pauvres Chinois et aussi quelquefois des Européens, ce qui est bien fait, puisque ce sont €ux les vrais coupables, avec leur esprit de bas mercantilisme qui n'a rien à voir avec le commerce honnête !

Les mines de charbon sont riches et nombreuses dans la presqu'île de Laï-tchéou et peuvent ainsi fournir des approvisionnements précieux à notre marine de guerre aussi bien qu a notre marine de commerce; du reste la baie de Kouang-tchéou a été occupée militairement par nous au lendemain du traité de 1898 et nous y avons toujours une garnison.

Elle est reliée au Tonkin par les paquebots des Messagerias maritimes ou par ceux de la Compagnie fluviale et là encore on pourrait désirer plus de régularité et un plus gros effort, car si nous l'avions bien voulu, depuis cinq ans passés que la con-

vention est signée, nous aurions pu détourner vers Tlndo-Chine la majeure partie du grand mouvement commercial que les Japonais s'elTorcent de faire déverser sur Formose, poussés tout naturellement par les Anglais.

Il est évident que Tacquisition de la baie de Kouang-tchéouvan est de première importance pour nous, puisqu'elle place directement tout le golfe du Tonkin sous Finfluence de la France, Il ny a qu'à jeter les yeux sur une carte pour en être immédiatement convaincu. Si nous le voulons bien, tous les ports chinois, tels que Pak-hoî, Lien-tcliéou, Haï-hong, Tchitoung et tous ceux de la grande ile d'Haî-nan, comme Kioungtchéou, Loh-œi, Kom-yan, etc., doivent dépendre commercialement et à tous les points de vues économiques de rindo-Chine Française.

Mais depuis cinq ans avons-nous fait tout ce que nous aurions dû faire dans cet ordre d'idées, à Chek-bom, dans le port de l'admirable baie de Kouang-tchébu-van ? Je n'oserais l'affirmer, et cependant il y a là pour nous un problème économique colonial de premier ordre, où nous avons tout à gagner et rien à dépenser, pour ainsi dire.

Il ne faut pas oublier qu'avec la cession à bail, nous avons sauvé la face des Chinois, comme ils disent, et que nous n'aurions pas de meilleurs collaborateurs plus intelligents et plus dévoués, si nous le voulons pratiquement. Hong-kong à l'Angleterre, Formose au Japon sont là pour tâcher de nous concurrencer et de nous ruiner, si faire se peut.

C'eet à nous de lutter sérieusement et de ne pas oublier que nous possédons là une des premières places stratégiques du commerce en Extrême-Orient.

La chose en vaut la peine !

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